Roman policier
Rita,Jaja,Carla,Fatou
Un Privé parisien nommé Doumè et son ami le commissaire Polo, réussissent à
semer la zizanie dans la Secte Mondiale du Sentier Crépusculaire. Ils vous invitent à
les suivre dans une aventure où Doumè et les nanas ont toujours le dernier mot.
Auteur Arrighi Claude
Première Partie
1..........
L’obésité, la cécité, si je mens ! Quand je l’ai rencontrée une nuit de pleine lune, dans un quartier arabe de Paris, je ne savais pas encore que je m’enchaînerais à cette grande bêtasse mal fringuée. Les pieds sales dans deux souliers dépareillés, sans ceinture ni culotte, elle collectionnait dans le fond de ses poches des mégots ramassés sur les trottoirs. Depuis, savon, douche, shampoing, pince à épiler ont effacé un laisser-aller de six mois au moins. Mon ami Antoine au « Peigne d’Or » a ravivé dans sa tignasse un blond vénitien naturel, vaporeusement nuancé de roux. A la Samaritaine pendant l’essayage dans des dessous de dentelles, quel spectacle !
Là, immédiatement subjugué, abasourdi, bousculé dans mes incertitudes, j’ai illico aimé cette garce du diable qui avait dû oublier en enfer d’être laide.
Déboulonné, déboutonné, je la suis partout, le soir, la nuit jusqu’au petit matin. Rita adore le théâtre, les variétés, Médrano, le cinoche et le jardin des plantes. Je ne sais pas encore avec elle, si c’est bien ça l’amour, mais quand elle va au lit ça dure la nuit entière et même un peu plus. Quelle secousse ! Quelle aventure ! Je vais vous raconter cette galère sans mentir : ……….
Chapitre I
2.........
Ce soir l’orage menace et sous un ciel de charbon, nous sortons du Very-Corse-Saloon, où j’ai éclusé quatre triples whiskys mexicains et cloppé plusieurs joints surdosés. Je me sens bien et Rita est en joie. …..Un clodo passe tout près de nous. À moins de cent pas de là, l’homme hagard, titubant, s’écroule comme une molle cagouille sur le pavé. Rita se cramponne à mon bras. Prise d’un soudain frisson, gazelle effarouchée elle bondit …... Agenouillée, elle répète « mon biquet, mon Lulu, secoue-toi ».
Ce sont des mots qui enragent les machos, les jaloux méchants. La moutarde me grimpe aux narines, me picote, m’asticote m’emberlificote, et puis merde ! Lulu c’est qui ? J’hallucine. Soudain Rita se pend à mon cou, pleurniche, se blottit, ça j’adore ! Mouillée de larmes chaudes, maman, pipi, culotte, elle me crie désespérée :
- Ils m’ont tué mon petit frère chéri, le plus beau, le plus aimable, le plus ….
Elle tremblote, éructe, se met en boule, s’arc-boute et avant de tomber dans les pommes, elle s’agrippe à ma perruque découvrant ainsi ce qui reste d’une opulente chevelure, une mignonne mèche, un chichi usé rabattu sur mon noble et large crane. Je relève la tête, soulève à l’arraché ma Rita râpée à la moulinette, molasse, disloquée, choquée, froide comme grenouille et je la dépose délicatement dans mon coupé découvert garé bien en vue de tous, à dix pas de là.
Quelques minutes après, je me gare dans l’impasse Chaptal ; Dans la pénombre, dansent les fantômes de l’ancien Grand-Guignol. Je m’annonce chez mon collègue et ami de toujours, Polo Diani, le grand, le médiatique, l’incomparable, le surdimensionné commissaire du quai d’ Arcy. Sa maman poule est là. La porte se grand’ouvre sans façon, et je pousse Rita rassurée dans le corridor. Echanges de bises affectueuses, de méli-mélodramatiques phrases traditionnelles, de bienvenues généreuses, de chaleureuses embrassades. La dernière fois, il y a maintenant trois mois, j’étais allé pour lui demander pardon de ne pas être venu plus souvent. Je méaculpe une fois de plus.
Un sourire malicieux fige mes politesses désolées. Polo vit chez sa mère. Lui, je le rencontre très souvent au quai. Il a été marié, dans les premières années de sa fulgurante carrière, à une pétasse du seizième qui a tout fait pour faire capoter l’accouplement, faute à l’argent, faute à qui, faute à quoi ?
3........
C’est ainsi ! Tout le monde s’efforce de suivre la mode du divorce obligatoire, après trois ans maxi de distorsions conjugales. Dans nos sociétés conformistes, il nous faut jouer le jeu du divorce familial, où l’enfant roi, devient le roi des cons, se trimbalant, cartable au cul, de la crèche à papa, au château de sa mère, en passant par l’école de la République.
Ca y est ! Polo rentre enfin, harassé, fourbu. Pantoufles, whisky-coca, grattouillage de crâne ; je commence à douter. A-t-il vraiment l’intention de me renseigner sur ce meurtre récent ? Rita le supplie du regard, puis éclate en sanglots. Du fauteuil à la carpette, il s’accroupit devant la pauvre chérie en pleurs, lui prend délicatement les deux mains et lui parle doucement.
- Rita, il vous faudra beaucoup de courage demain et nous vous consolerons, Doumè et moi.
Car Doumè, c’est mézig. Les présentations faites, à quoi bon parler de mes généreuses qualités, de mes fantasmes, ou de mes espérances. Un détective privé, ça pagaie dans le yaourt, ça rame dans la pagaille, la mouscaille, le négatif de la vie, dans l’argent sale, la drogue, l’adultère, et la mort. Et petit à petit, le poulaga sans se méfier, vire pantin, transformé drague-queen, enfant de pute, ou malaxeur de caca mou dans le caleçon d’une société pourrie, mortifuge, salement hypocrite.
Minuit passé, nous nous retrouvons seuls.
- Méthode originale pour refroidir un promeneur. Il est mort d’une piqûre de curare dans la joue. Sarbacane probablement.
- Ca me rappelle l’affaire sans suite de la gare St Lazare. Le crime parfait.
- Oui, mais cette fois-ci, la victime a une sœur, et ça change la donne. Nous verrons demain. Rita peut rester chez moi en attendant. ….Ciao !
Je pars seul, je virevolte dans le boulevard, pour revenir, c’est classique sur le lieu du crime.
Insomniaque à souhait, je somnole dans ma tire, capote baissée, en tirant sur un mégot éteint. Je vais finir par le mâchouiller tout cru, et le cracher pour me détendre sur le premier somnambule en vadrouille. Soyons sérieux ! Une intuition malsaine me cloue dans ma planque, sans raison valable.
4...........
Trois heures du matin ! Rien. Soudain une forme accroupie, inquiétante se glisse, s’estompe, puis se manifeste encore, vaporeuse, changeante. Serais-je donc envoûté, incapable de distinguer, de recoller les morceaux de pellicules d’un film en noir et gris, qui se tourne en silence, tout près de moi. La scène prend fin. J’écarquille les mirettes, mais la vision disparaît dans les mystères de Paris. Merde ! C’est râpé. Demain il fera beau !
Le petit jour se pointe. Je me dégourdis les baguettes en tirant quelques pas sur le trottoir humide. Une brise glacée suit le cours de la Seine qui turbulèche les quais.
Posée sur le banc public, une cassette vidéo réveille fort mon ardeur policière. Je tiens là un tuyau que j’ai mérité et qui prouve que je suis dans le vent d’une affaire embrouillée ou sordide.
…… Doumè Nico Détective privé. Investigations…….
Je pousse la porte entrebâillée de mes luxueux bureaux. Jacotte est déjà là, café, croissants, sourires et enthousiasme. Voilà présentée, ma Jaja, secrétaire, coco chérie à l’occasion, mal payée, mais pas revendicative pour trois sous, non syndiquée, non conforme, nonchalante et plutôt portée sur la quéquette joyeuse.
- Jaja je n’ai pas dormi de la nuit. Si on se jouait un petit film ?
Je lui balance la vidéo dans les jupes et je m’écroule dans l’unique fauteuil à bascule qui me tend les bras. Là souvent, je médite, tel Sherlock sans pipe mais plein d’idées insolites sous la casquette, tandis que Jaja se recroqueville sur une chaise haute, signe d’une intense réflexion. Révélations filmées ! Sur l’écran les images se bousculent ; ça défile. Des mannequins de très haute couture, tels des porte-manteaux à rallonge, s’efforcent de ne pas marcher comme tout le monde, affublés de lambeaux, de drapés, de chaînettes et de trames transparentes, laissant aux vues de tous, de maigres fesses oblongues et des seins de petites filles tarées. Elles arborent des tronches fardées, repeintes à la balayette. La scène prend fin. Le styliste, génial, entouré de ses créatures de rêve, vient au devant expliquer la portée profonde de sa folle création.
5..........
- Jaja, tu es perplexe, ça se voit.
-Je n’ai rien remarqué de vraiment remarquable. Où as-tu acheté ce chef-d’œuvre ?
Je lui raconte ma folle nuit. Elle s’esclaffe, s’époumone, risque de s’éclater le jabot, en se moquant bruyamment de ma pomme. Rebelote. Ralenti. Fin. Rien n’évoque, rien ne choque, c’est nique mon cul sans équivoque.
- Range ça, on comprendra plus tard.
Jacotte range mais enrage. Elle me regarde, perdue dans une contemplation mystique, me voyant sans doute déguisé en Croisé de St Louis, ou en grand cadi de Tombouctou. Elle pense, réfléchit, secoue sa calebasse ; son chignon se dénoue, elle accouche enfin.
- Vois-tu, celui qui a tué est là, il tient la caméra, il est là au milieu de la foule, mais on ne peut le voir.
- Ou a eu lieu cette mascarade ? Essaye de savoir.
Elle se précipite sur son ordinateur, ça la console. Elle surfe et clique, sur la toile des spectacles. La collection Von-Mastricht a été présentée, hier soir au salon du prêt-à-porter. Je récupère au fond de ma poche mon minuscule portable ; il m’a été offert un jour de générosité promotionnelle par France- Télécom. J’appelle Polo.
- Allô pantin, quelque chose a dû se passer au salon du prêt-à-porter Von-Mastricht.
Je le connais. Il ne se dérange pas avant. Je passe d’abord, j’investigue, je flaire, je dépiste et je trouve. C’est alors que Polo s’annonce gesticulant et futé. Il s’attribue tout le mérite de ma débusque, parle comme un nouveau député aux journalistes, se vante de ci, de ça. Un jour pour briller plus fort il s’accusera du crime. Pauvre con ! Je ne lui dirai pas tout.
En effet, je me glisse dans les ateliers, où règne une fébrile ambiance, « papa pique et maman coud ». C’est l’usine. Les tissus foisonnent, et ça coupe, découpe, effiloche, épincette et dénoue. Les hommes ont des gestes raffinés délicieux de poupées femelles.
6...........
Je demande Von machin. Dans une robe de chambre à galons d’argent, il me reçoit en sautillant galamment, dans ses mignonnes babouches. Oh ! Que tout cela est délicieux. Ca y est, je vire ma cuti. D’une voix en mue chantante, je lui avoue le but et le pourquoi de ma visite et je mens.
- Je bosse pour mon amie Rita de Clairevoie, la fille du grand magnat des tissus déminéralisés.
Von Machose se délecte, croisille ses petits doigts de fée, fait des moues et ça dure …enfin …
- Mon cher monsieur, de quoi-t-est-ce ?
J’explique à ce génial taré, que je suppute une embrouille publicitaire pas possible, pour la renommée de son fin négoce de fripes. La panique l’empare, le désempare, et j’en rajoute en prétendant que le caméraman d’hier soir n’était pas le bon. Donc pas de télé au « vingt heures » et nib sur la pub. Il faudra tout refaire, tout recoudre et rebichonner.
- Oh ! La !la !…
Il s’évapore, s’évanouit devant moi. Je le retiens dans mes bras vigoureux pour qu’il ne tombe. Le petit cochon en profite pour me bisouiller l’oreille. Oh ! Le dégueulasse ! Je sors rougi par l’épreuve. Tout l’atelier me reluque. J’ai l’air d’une tantinette prise en flagrant délit.
J’enfile alors l’escalier et descend je ne sais pourquoi au sous sol et là …révélation ! Dans une profusion de tissus entreposés, ci-git bien raide la très parisienne, la trop connue Véronique de Boivereux, la filmeuse attitrée du tout Paris. Sa caméra grand sport est là au creux de son épaule. Merde alors ! C’est une perte.
Polo s’annonce une demi-heure plus tard, car je l’ai mis au courant. Tout son état major le suit. Les journalistes piaffent à la sortie. La routine quoi ! J’attends les observations ragoûtantes du carabin légiste.
- Piqûre mortelle au spasmo-curare, sur le cou, au niveau de la carotide.
7..........
Saut dans l’éternité, instantané, foudroyant. Je m’en doutais. Jaja m’a mis sur la bonne piste. L’assassin est une femme. Elle a opéré en lieu et place de la Véronique de mes deux, et a tourné le plus beau film de sa brève carrière. Je garde pour moi et pour ma Jaja chérie cette déduction hautement superlative. Quand on pense nous deux, c’est délirant.
La sarbacane ? Pourquoi pas le pistolet à air comprimé, c’est plus pratique.
Mais alors pourquoi la vidéo nocturne déposée à mon intention sur un banc public à quatre heures du mat par une ombre chinoise ?
Je récupère Rita dans l’après midi chez mon pote.
- Parle-moi de ton frangin.
-Lulu c’était l’intello de la tribu. Il avait arraché une agrégation de philosophie. Docteur es truc, versé dans les sciences occultes, diplômé en vrac de ceci, de cela, et décoré de la grosse médaille du mérite socialiste. Avec tout ça il faisait la manche dans le quartier et souvent à la porte du salon Von Machose. Voilà où la drogue l’avait traîné.
Ainsi vient-elle de me révéler la cause de sa mort : Il avait vu et bien vu la guêpe tueuse. Croyez-moi, être témoin n’est pas un métier d’avenir.
Je me pointe, accompagné, au bureau. Jaja nous accueille, l’œil maussade, la mine en berne, vexée de me voir encoucouné avec une Rita canon qui semble lui faire de l’ombre.
- Monsieur s’enfle, se pavane, pendant que je trime dans la paperasse policière et pour une part de misère.
Elle a dit ça en se marrant. Rita fait face.
- Ne joue pas « Aïda jalouse ». Ton mec est bandant mais j’aime ailleurs.
8.........
Je préfère ça. Momentanément elles semblent faites pour s’entendre. Rita ment comme elle aspire. Il va falloir jouer serré-serré.
Présentement, je pense ainsi :
L’assassin est une femme qui se venge.
Elle joue le défi et me nargue.
Elle veut à tout prix que je sache.
Elle est une tueuse en série qui débute. Ca, c’est nouveau, car d’habitude l’enquête révèle à coup sûr, un coupable masculo-psychopathe.
Polo pataugera un certain temps. Mais magnanime, je lui refilerai le paquet bien ficelé pour qu’il puisse affirmer son image de marque. La police nationale tient là, un fonctionnaire d’élite, un véridique officier judicastre, un futur divisionnaire, une sommité mondiale en criminologie sérielle.
Ce qui m’ennuie à présent, c’est que Lulu soit mort pour rien, et ne passe dans mon récit que le temps d’un requiem. Je promets quand même à Rita de traquer sans débander la fille de pute qui a salement buté son frère.
L’équipe à Polo se défonce à la tache. Le juge d’instruction, une délurée, commande les hommes avec une rare autorité. Pourtant c’est un boudin de fort calibre avec en plus une tronche à faire pâlir un albinos. L’équipe quitte les lieux, emporte la dépouille de la victime, vaccinée ad aeternam contre la grippe. La caméra finira de parler au labo. Sa mémoire peut renfermer quelques bribes du mystère.
Le lendemain Polo me révèle un fait troublant. Lulu était membre actif d’une secte mystérieuse et barbare dont la tradition remonte au moyen âge et qui tend sa toile sur l’Europe entière. Elle siège à Sienne, Via San Pietro, près de l’église. Polo sait ce qu’il fait. Il espère ainsi m’envoyer courir pour lui.
9.........
En effet j’offre, en cachette de Jaja, un voyage de noce en Italie à ma délicieuse Rita. Mes deux passions morbides, la traque et le sexe, m’ouvriront un paradis. Nous partirons en catimini, cette nuit, dans ma Maserati sur vitaminée, turbo impulsive, et gonflée à tout rompre. C’est une bouffeuse de kilomètres qui a véhiculé Lady Balltrap dans les années soixante. Elle a quarante ans, l’âge des femmes les plus sexys.
La route nocturne défile. Rita dort du sommeil des bébés repus. Elle soubresaute par moment. La journée a été rude pour elle. Ce matin, elle a du reconnaître son frère à la morgue centrale. Elle a pleuré des bidons ; et comme tu peux le penser, j’ai consolé ma cocotte chérie à grand renfort d’étreintes.
Mais si Lulu évoluait dans une secte, il reprend de l’importance dans mon enquête. Sa philosophie et l’intégrisme ne font pas bon ménage, mais la drogue et l’univers des gourous vont main dans la main. Lui, au moins ne pourra plus participer à un suicide collectif ou à un sacrifice rituel. Il a pour une éternité avalé son extrait d’existence. Mais quel rôle jouait-il parmi ces mages des temps modernes ?
Au point du jour nous passons San Remo. Rita au réveil s’étire, exige un câlin et un casse-croûte. Elle cligne des yeux aux premiers rayons du soleil comme une taupe échappée de son trou. A Gènes nous descendons dans un hôtel style garibaldien, situé dans une ruelle surpeuplée et bruyante. J’ai besoin de dormir.
A midi nous repartons. La Spezia, Livorno, Sienna enfin. Rita me suis comme un caniche de luxe, quand nous nous présentons au portail armorié d’un palais de noble apparence. Le garde guichet perd son self-control, bavafouille dans la langue de Dante et nous prie d’attendre « una stonda ». Il démarre enfin portant dans un plateau ma ridicule carte de visite. La maîtresse de maison Carla di Montefrolo ne connaît les hommes que par leur prénom. Elle dévale l’escalier, froufroutante, s’accroche, m’embrasse, m’embarrasse, me bisouille fougueusement. Je me tourne enfin vers ma Rita, rabougrie, péteuse, et je la rassure en la présentant à la comtesse Carla qui l’accueille en toute amitié.
- Pardonnez, Rita, mais Doumè fut beaucoup pour moi. Ce que je vous dis là, ne doit pas parvenir aux oreilles de mon mari le comte, vieux certes, mais jaloux et hargneux comme un chimpanzé.
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Nous grimpons un escalier Renaissance monumental forcément qui débouche dans un vaste salon lambrissé jusqu’au plafond, grand comme un hall de gare, décoré par le peintre Sidorro l’ancien. Un plat-relief en marbre fut sculpté et offert jadis à l’archevêque Montefrolo, par Nicolas Pisano lui même. Le portrait de Carla, un magnifique Modigliani, illumine le coin intime du boudoir. Rita panique.
Je présente mes respects au comte qui me prenant par l’épaule me glisse à l’oreille, en chevrotant ses mots, qu’il éprouve une douce chaleur en reluquant Rita. Ce qu’il faut endurer pour conserver ses amis !
Le noble décati nous offre l’hospitalité, à l’italienne. Le gîte, le couvert, Barilla, et Panzani, hors taxe ! Tout quoi ! Nous voilà installés dans la suite réservée aux hôtes de marque.
- Doumè, je n’ai pas de robe de soirée ; Avec ma mini jupe froissée, j’ai plutôt l’air d’une sardine au ketchup.
- Ne t’inquiète, Carla est un ange. Elle va t’offrir sa garde robe, dans un instant.
Les voilà toutes deux complices. Je les quitte sur le fait. Je rejoins le vieux grigou au bar du salon. Mes aventures policières le tétanisent.
- Mon cher Doumè, ce poison violent qui tue de si charmantes personnes ne me dit rien qui vaille. Je vais vous recommander à mon ami le professeur Ceccaldi, à l’université de Florence, spécialiste des alcaloïdes tropicaux.
Suivront le dîner aux candélabres, les alcools, les cigares cubains, offerts au comte par le Leader Maximo en personne. Puis la nuit referme son manteau, il se fait tard, les lits sont prêts.
Dans ce décor de rêve, ma douce Rita transforme notre nuit de joie en batifoleuse féerie. Déchaînée, balbutiante, médusée, insatiable, elle me prend tour à tour pour Ali Baba, Don Juan, Le Cid, Mayerling-boy. C’est chaud ! Pendant la nuit entière entrecoupée de roupillons diffus, elle me reprend dare dare en croupe et se goinfre d’amour. Oh, la garce !
Je me réveille pantelant, névrosé, je titube parmi les œuvres d’art accumulées.
11..........
Une douche, un litre de café Lavazza, me requinque le carcasson et je pars pour Florence. Le professeur Ceccaldi me reçoit poliment après son dernier cours.
Il enseigne, mais à ses heures confuses, il étudie dans un labo secret, caché dans les sous-sols de sa villa, les effets pervers des alcaloïdes, sur les musaraignes, les rats, les margouillats africains ou les taupes-grillons. Il inocule, il tue sans remord. Drôle de paroissien !
Il me parle alors d’une drogue nouvelle le spasmo-curare que l’on trouve en vente chez certains dealeurs à Rome ou à Paris. Il m’explique que ce poison foudroyant est extrait d’une plante rare, minuscule, par une peuplade un peu attardée, de l’Amazonie tropicale. Il fait l’objet d’un trafic très juteux, car à dose homéopathique, et monté en neige avec d’autres psychotropes il ouvrirait grandes les portes du paradis chinois ou peut tuer un éléphant. Un village Villaberde détient le secret et le monopole de sa fabrication.
A mon retour, je loue une chambre à l’hôtel San Pietro pour surveiller l’entrée de la secte du sentier bitumeux. Pour donner le change, nous y abritons soit disant nos amours coupables. Le réceptionniste nous a classés dans la catégorie des amants à problèmes. On s’aime cachés mais il faut que ça se sache. Approcher une secte s’avère un sport dangereux.
Trois jours se passent. Rita et moi nous maigrissons à vue d’œil, mais je possède une impressionnante collection de photos à développer en secret à Paris. Les visiteurs de la secte les uns à l’entrée, les autres à la sortie, n’ont pas forcément des mines patibulaires mais tous regardent derrière eux en s’éloignant.
- Ma petite chérie on se tire ! Finie la galante aventure !
Nous prenons congé de Carla. Le comte bafouille et se confond en baisemain, c’est une vrai manie. Rita m’agace…
- Partout où tu vas, tu laisses des regrets. Carla ne cachait pas son trouble en te quittant. Moi aussi plus tard je dirai « pardon, Doumè fut beaucoup pour moi ». Je préfère ne pas y penser. Je t’aime tant et ne voudrais jamais te quitter.
J’esquive l’allusion et je démarre en bombe. La vitesse est une drogue, qui te transforme en compteur kilométrique. Tu deviens le cerveau automate d’une machine bouffe bitume.
12..........
De retour à Paris, Rita rejoint son village en Bretagne, qu’elle avait quitté, adolescente, par esprit d’aventure. Elle y accompagnera son frère adoré au champ des âmes tristes.
J’en profite pour reprendre contact et langue avec ma Jacotte préférée. Les retrouvailles s’amorcent au ras du sol à vingt degrés, mais le thermomètre grimpe et culmine très rapidement. Fin de séquence, elle me regarde dans le brun des yeux, m’avoue qu’ils ont viré au gris, que j’ai maigri outrageusement et que mes élans fléchissent. C’est dur à entendre. Pour toute réponse, je bougonne « Elles veulent toutes ma mort ! »
En fin de soirée mon œuvre photographique de la semaine atterrit sur mon bureau. Jaja observe, elle grimpe de nouveau sur sa chaise haute, réfléchi un instant, puis se précipite sur la télé et repasse la vidéo.
- Je m’en doutais, regarde bien.
Elle immobilise l’image et compare. Parmi les acteurs du défilé de mode, figure, l’un des seuls à ne pas s’agiter en arrière plan, le second ciseau du célèbre Von Mastricht. Sa photo le montre aussi pénétrant à l’aide d’une carte à puce, dans l’antre discrète de la secte de Sienne.
- Tiens, une carte à code, le sésame sans doute des adeptes du Sentier Bitumeux. Bigophone à Polo !
Dans l’inventaire de Lulu, n’y aurait-il pas le même ? La réponse positive du commissariat, déclenche en moi une bouffée d’intime conviction. Du doute je bondis de plein pied dans la pleine certitude, dans l’affirmation raisonnable du réel. Je suis génial. Ce n’est pas Jacotte qui le dit, c’est moi. Retenez moi, le crapaud qui m’habite va enfler, enfler, jusqu’à l’explosion finale. Ma mythomanie me détruira un jour et Polo piétinera une fois de plus devant la plus merdique énigme de sa carrière. Vous commencez sans doute à connaître en filigrane la complexité de ma perso-nullité. Parler de soi, essayez, ça libère, ça purge l’âme. L’essentiel est de ne pas tricher avec les mots.
Revenons à la carte coupe fil. Polo a sans hésitation consenti à me la prêter, mais sous condition. Il m’incite à la plus méticuleuse prudence.
13...........
- Si tu pénètres dans la secte, tache d’en ressortir vivant. N’oublie pas surtout de me restituer le carton passe porte.
- Pour te remercier je te refile un tuyau. D’après moi Lulu était un membre très important de cette association de malfaiteurs. Sa vie de clochard drogué faisait une excellente couverture.
- Eh ! Tu me prends pour une courgette farcie, pauvre con ! Je m’en doutais.
Tu parles ! Quand il lui arrive de penser, si cela tombe en plein jour, quelque part dans la France profonde, il meurt un âne borgne. Une fois de plus, je l’ai remis dans le droit chemin. Polo aussi, chacun sa ruse, me remet sur le droit sentier. Je vais courir me jeter dans la gueule ouverte du loup garou. Par l’entremise de Von Machin, qui en pince pour moi, et a un faible pour mon oreille, je réussis le surlendemain à accrocher son adjoint. Je le félicite pour la collection du premier soir. J’en profite pour venter mes mérites d’agent publicitaire génial. Ma boite à pub fournira le seul caméraman chevronné, digne d’une telle collection, car tout est à refaire. Présentation courtoise ! Pablo Circoncisio, styliste brésilien, coupeur de robe en quatre, semble apprécier ma dégaine d’animiste pratiquant. Le symbole éléphantesque de la croyance africaine, pendouille à mon cou. Jaja a encore eu une idée lumineuse.
- Il va te recruter sans curriculum. Tu peux t’attendre dans les jours qui pointent, à une séance initiatique avec circoncision à la clef, lavage de cerveau, au spasmo-curare hilarant, et baisse sensible et programmée de ton agressive virilité.
- Quel destin je me prépare. Mais il faut ce qu’il faut. Je foncerai tête baissée dans la fourmilière.
Le jour J, à l’heure H, je me rends à la merci du grand rabbin. Ca se passe dans les sous-sols de la rue Coustou. Quelques gestes onctueux, un regard noir anthracite me plongent illico dans une douce somnolence. Je ne me souviendrai alors de rien. Sous hypnose, affublé d’une robe vaporeuse, transparente et chargée de clochettes je déambule nu hébété et je chante dans un bigomicrophone ma dernière improvisation poétique. Je suis à l’Olympia. Le public se déchaîne à ma vue. Oh, paradisiaque apparence ! Une vraie messe païenne. Je délire. Une sirupeuse mélodie harpée par une charmante jeune fille en string, s’élève, pure vers le ciel de la félicité. Le thème imposé par le jury est *Souvenirs perdus *. Je déclame dans un état second.
14...........
Quand je t’ai rencontrée ......Tu n'étais pas frivole..........Je n'ai pas deviné.......que tu étais si folle..
On s’est aimé trois jours....Et tu m'as planté là.....Je te parlais d'amour......Mais tu n'y croyais pas
Et depuis sans espoir.......Pour noyer mon chagrin... Je bois matin et soir.....Et jusqu'au lendemain
Je bois, je bois, je bois.....Je n'ai pas oublié.......t ne sais pas pourquoi.........Tu m'as laissé tomber
Je ne sais plus si ton sourire...............Etait de glace ou malicieux...............Et j'ai le vague souvenir
D’un certain défaut de tes yeux........Je ne sais plus si ta tignasse.......Avait la couleur du vin vieux.
Je me souviens de ta vue basse.......Et de tes deux genoux cagneux....
Je me plie en deux, je salue les nombreux adeptes du Temple. Pas d’applaudissements. Es-ce un rite ? Ai-je donc tant choqué ? Je déraisonne. Puis en un automatisme surprenant, chaque initié avale une pilule rose pale. La clameur immédiate monte, s’amplifie. Un rire fou ronfle, collectif, scandaleux, véhément à souhait, puis s’étrangle dans un gargarisme glouglouteur qui s’étiole enfin. C’est gagné, s’écrie le Gourou.
- Cher disciple vous êtes dorénavant, des nôtres. Gloire à Yomaha le rédempteur ! Il m’embrasse et me pousse dans la foule impudique. Je disparais pendant quelques jours et ma Jaja s’inquiète. Vendredi matin, à l’heure de la prière, je suis convoqué chez le Sancti-paternel prophète Mélodius, gourou du sanctuaire.
- Nous avons fait une enquête. Vous êtes détective privé. Nous avons besoin de vous et vous serez payé en dollars. Vous aurez toute liberté pour agir. La seule contrainte demeure le respect de nos rites et coutumes, ceci afin de ne pas défibriler nos fidèles. Vous êtes en possession du coupe fil de notre regretté révérend Lucien Beauregard, dit Lulu dans le milieu de la cloche. Pas de problème pour entrer ou sortir.
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La proposition m’allèche. Me voilà embarqué, dans une sale galère. On m’explique que depuis quelques temps, un illuminé s’acharne à occire sans forme de procès, les plus éminents notables de la secte du Sentier Bitumeux.
- Vous êtes chargé d’enquêter dans la plus ample discrétion.
- Ok, Monseigneur, j’agirai en coulisse.
Gourouman reste muet, quant aux propriétés neuroleptiques du spasmo lasure. Ils ne savent pas que je sais. Il ne me révèle pas non plus la provenance de cette drogue qu’ils utilisent pour aliéner les adeptes de la secte.
De retour en ville, je me pointe à l’heure du café au commissariat. Je me glisse dans la salle de briefing. Le Polo magnanime, presque royal, pérore et gesticule pour expliquer à ses subordonnés, devant un superbe diagramme à bulles, les conclusions hâtives de l’enquête en cours.
- Deux victimes : Lucien Beauregard et Véronique de Boivéreux évoluent bien souvent dans le job de la haute couture.
Arme utilisée : une flèche empoisonnée minuscule expédiée à distance probablement à l’aide d’une sarbacane de Bornéo. Une des victimes appartient à la secte du sentier que l’on soupçonne de se livrer à un trafic d’armes destinées aux maquis sud-américains.
L’assassin utilise un poison au curare qui paralyse et tue …. Polo me repère.
- Mon vieux copain Doumè va porter sa maigre contribution à notre diligente enquête.
- Eh bien ! Tu peux rajouter dans ta conférence au sommet que Pablo Circoncisio, le styliste brésilien, adhère à la secte du sentier. En outre Véronique était des leurs depuis plusieurs années. Ils ne le cachaient pas à leurs proches.
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- Comment sais-tu cela ?
- Von Machefer, pour une bise sur la nuque et dans un grand frisson m’a confessé la chose. La peur de trop parler l’a empêché d’aller plus loin. Ouf !
Rires étouffés dans l’assistance. Je ne lui révèle pas mon appartenance à cette franc-maffioserie qui à première vue paraît inoffensive.
Pour rencarder Polo, je distille le renseignement goutte à goutte. J’avance à pas feutrés, afin de ne pas vexer ce grand exégète de l’investigation policière. Il pensait bien que je visiterais en catimini et en passe muraille, avec la carte d’entrée qu’il me confia, les locaux de la rue Coustou. Je préfère lui mentir, en lui affirmant que je ne suis pas candidat au suicide. Il n’insiste pas. Les adeptes du Sentier versent une importante cotisation mensuelle, ne subissent pas les exactions psychologiques habituelles des autres sectes, et évoluent avec bonheur dans les salons du vaste local souterrain. Chaque soir une messe rituelle réunit tous les pratiquants nus, en robe rose transparente. Elle s’achève par une euphorique et soupirante orgie sexuelle. La spasmo-biture-délirante est distribuée auparavant à tous les convives consentants.
Chapitre II
L’homme aux ciseaux d’or, le beau ténébreux Pablo, le seul à vivre au masculin singulier dans la cage aux folles du couturier Von Machère, va commettre la première grosse erreur de sa vie aventureuse.
Je l’ai suivi, en caracolant ma magnifique et élégante Harley-Davidson, pure race, silencieuse, recouverte de chromes et d’enjoliveurs rutilants. Au moment de garer à deux cents mètres de là, un énorme camion, immatriculé dans le var, pénètre dans un hangar désaffecté, plutôt croulant, désert depuis belle lurette. Les rideaux métalliques de l’entrée grincent en basse fréquence, à la fermeture. Puis tout se tait. La nuit noire enveloppe le ciel bas, la rue sans réverbères et les trottoirs pleins de trous. Le néant à la sauce charbon ! Pesant silence ! On se les gèle, fripées menues. Je décide de visiter cette caverne à mystères. Je contourne le bloc. Une issue blindée étroite, cadenassée, comme une porte de prison turque, semble me dire que les acteurs ont levé le rideau. Le mur d’un terrain vague attenant m’invite à la varappe. Là j’excelle une fois de plus dans une discipline réservée aux plus audacieux, aux sportifs de haut vol, aux passeurs de murailles à vertige. Après avoir descellé les gonds rouillés d’une grille de ventilation, j’atterris dans un boyau nauséabond, sous-sol désaffecté, infesté de rats, d’araignées aveugles, grouillotant dans les ombres dansantes de ma mini loupiote. Me voilà enfin dans le ventre de la baleine.
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Une vraie cathédrale ! Au bon milieu de la nef, une énorme bâche militaire recouvre le trésor convoité. Le camion fait relâche dans un coin sombre. Personne ! J’attends un moment pour me rassurer. J’ouvre une caisse. Fort Alamo aurait tenu plus d’un an avec tout cet arsenal. Et là me vient l’idée géniale. C’est alors que naît la grosse ruse, que s’élabore la perfide zizanie. Je vide les caisses une à une. Le camion se transforme en vide poubelle et j’y jette pèle mêle toutes les armes d’épaule et de poing. Enfin au bout d’une heure d’intense gesticulation, les caisses refermées sonnent creux. Le grand rideau se lève, la sortie s’offre grande ouverte. Je file au volant, dans la nuit sans étoiles mais aussi sans savoir où je vais. Avant le départ j’ai hissé la moto sur le monte charge du camion pirate.
J’abandonne le paquet cadeau, près du pont de l’Alma, au bout de l’avenue de la Bourdonnaie. La ville dort. Casqué à la façon des cosmonautes russes, je disparais dans les brumes du petit matin.
Ce gênant pavé éclaboussera la fourmilière. Polo et moi nous ramasserons les retombées. Un petit Tchernobyl en jeu d’artifice se prépare. Vive le Zouave du pont !
Je ne raconterai pas ma chevauchée nocturne à ce con de Polo. Ce serait trop risqué pour ma réputation d’enquêteur sérieux, coupeur de cheveux en six, grand protecteur du cocu, de la veuve et de l’orphelin. Par contre le camion abandonné, n’a pas encore fait parler de lui. Les médias se vautreront dans le sensationnel, la véhémence habituelle, et si par hasard le journal de * La France d’abord *, découvre le pot aux roses avant, ça peut chauffer dur aux oreilles de la banlieue toujours coupable, sombre zone de non droit, d’où nous vient tout le mal. Le parisien embourgeoisé, vivant au pied de la tour Eiffel, noyé dans ses certitudes Franco chauvines, ne peut tolérer une telle atteinte à sa dignité. Un camion perdu, bourré d’armes, dans ce quartier chic, ça fait désordre. C’est l’abomination étrangère, une diablerie de sans papier, un lèse majesté venu tout droit des abords populeux de la ville lumière. C’est fou ce que le parisien peut être hypocrite. Devant un micro, pour un sondage ou dans la rue, le bon français fait preuve de beaucoup de tolérance, mais en privé dans la converse de tous les jours, il se révèle plus raciste qu’un crâne rasé.
Le troisième jour, le commissaire a eu vent de la chose. La brigade de déminage mobilisée au grand complet autour du véhicule suspect, n’a rien trouvé d’autre qu’une cargaison d’armes jetées en vrac, spectacle inhabituel dans une avenue parisienne. La presse du lendemain bât le tambour en première page. Le trafic d’armes n’émeut personne, mais le lieu de garage choisi génère le scandale, reste l’outrage ultime, diffuse le mépris du contribuable moyen. Que font donc nos forces de police ?
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Polo commence à tourner en rond et prépare son show télévisé. Il ankylose de la glotte cette fois ci, car une angine a cassé sa mâle voix de baryton. Dur d’être le meilleur flic de France. !
Il n’a pu donner d’explication valable. Bien qu’il eût préféré s’abstenir, sa mythomanie congénitale a repris le dessus et d’une hypothèse à l’autre, il a embobiné une fois de plus son auditoire impatient. Sacré Polo !
Nous nous retrouvons dans une brasserie très fréquentée sur les quais de la Mégisserie.
Polo irrité, sous pression avale sa bière de travers, explose, éruptionne et crache. Du Calme !
- Figure toi, que ce matin même, Pablo a été retrouvé recroquevillé, les mains crispées sur une fine lame empoisonnée négligemment oubliée dans son gras double. Etrange rendez vous avec la mort, dans le coin le plus sombre du Muséum.
- Langue aux chats ! Raisonnons froidement. Les trois victimes empoisonnées appartenaient à la secte du sentier argileux.
Je lui avoue enfin que le professeur florentin m’a appris l’existence de la drogue psychédélique qui génère la joie pure, le nirvana asiatique, la névrose céleste, le baiser divin, la transmutation téléportée, l’élévation vertigineuse de l’âme. Mais autrement dosée elle tue.
- Et quoi encore ? Résume un peu, oh, fada !
- Cette drogue envoûte. Elle unit dans une communion érotico-spirituelle les consentants bienheureux de la secte. J’en sais quelque chose puisque je rame pour le céleste Mélodius. Tu peux aussi t’en procurer dans la banlieue.
- L’assassin s’acharnerait donc sur eux, en utilisant cette mixture diabolique, qui dosée à point tue sans pardon.
- C’est à peu près cela. Ce gros malin veut à mon avis assouvir une vengeance personnelle. Il est bien parti pour dégommer tous les responsables du sentier. Il va probablement continuer son jeu de massacre.
- Doumè, je te mets en garde. Tu me caches des choses. Tu rames pour la rue Coustou. Tu es un vrai fouille merde.
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Je lui cache en effet pour le moment que l’assassin est une femme. J’aime assez que Polo pédale dans le yaourt bulgare. Il saura, mais plus tard.
Le coup du camion fantôme a précipité la mort subite de Pablo. Je me sens responsable en partie de ce gâchis. Mais enfin le couvercle de la marmite commence à se soulever. Attendons la suite.
Je rentre au bureau. Jaja rumine et m’affirme que poinçonner en force un bide ce n’est pas un geste délicat de femme. Le meurtrier avait donné rendez vous à sa victime au Muséum, en heure creuse, dans la galerie déserte du premier étage, pour lui reprocher sans doute la fuite mystérieuse et nocturne du camion. La perte est d’importance.
Le jour suivant Rita revient à Paris. Les dollars de Mélodius, font bouillir la marmite. J’ai loué pour elle un petit studio, Rue St Honoré et nous nous y retrouvons très souvent. C’est con l’amour, obnubilant, maigrifuge, psychotrope, sénescent. L’amour trop intense vous pompe, vous déphase le caractère, dilue votre personnalité, vous piège à la glue, et comme disent les trains du midi : e pericoloso sporgersi.
Accalmie momentanée ! Pourtant la semaine dernière les cadavres sortaient des placards avec une certaine régularité. Deux assassins sont en lice, une femelle qui pique, un mâle qui poinçonne, et qui font la nique à deux policiers d’élite, plus valeureux tu meurs, qui auront n’en doutez pas le dernier mot à la fin du récit.
Mélodius se lamente dans sa tanière dorée. La peur le gagne. Il m’en fait part et prend la sage décision de renvoyer chez eux ses paroissiens, prétextant une remise en état des lieux du culte. Seuls resteront les apôtres et les plus fervents disciples. Autour de lui une dizaine de fidèles de la première heure l’assisteront pour veiller au grain.
Le lundi matin de la semaine suivante à l’heure du berger, une secousse, force sept, ébranle le quartier. Une âcre fumée se dégage de la porte éventrée du sanctuaire. La rue Coustou s’éveille à sa façon. Heureusement les putes du quartier étaient encore au lit ou aux croissants dans la rue Lepic.
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Cette fois Polo m’appelle. Nous irons ensemble à la pêche aux indices. Quelle misère! Dans un foutri-foutra de placo-plâtre, de poutrelles, de tentures effilochées, d’effigies lacérées, gisent les deux révérends sénégalais, Barnabé et Sycomore, un servant de messe, grec, nommé Yanakos et la balayeuse portugaise en service commandé au moment de l’explosion. Mélodius, entouré de ses six apôtres, s’affiche au fond de l’arche sainte, debout, hagard, tétanisé. Son sempiternel Yomaha ne protège que les canailles. Les heureux condisciples rescapés, groupés autour de leur gourou rédempteur s’apprêtent à soutenir le siège. Les journalistes à sensation, flairent, interrogent, gênent, décortiquent l’incompatible et insoutenable fait divers. Moi comme toujours, j’aime les escaliers qui descendent. Je disparais donc dans les sous-sols. Une porte blindée met fin à mes investigations.
Mélodius me révèlera plus tard la nécessité d’avoir une batterie fortifiée de coffres forts. Il ne s’en cache pas. Il sait que les sectes dérangent. La sienne ne dépouille personne, se contente de percevoir des cotisations mensuelles, ne pratique aucune extorsion frauduleuse de fric, et ses adhérents sont membres libres de la congrégation religieuse, selon la loi de 1901.
Moi seul sais, preuves à l’appui que les coffres de Mélodius alimentent un trafic juteux d’armes à feu. Avec Jaja nous avons échafaudé une audacieuse hypothèse. La drogue hilarante part de Villaberde, le petit village amazonien. Livrée à la secte de Sienne, ou directement à Paris, elle finit le voyage dans les coffres du tandem Mélodius-Pablo. Ce dernier s’occupait de l’achat des armes dans les pays de l’est avec les dollars et la bénédiction de l’archange Mélodius. La dernière livraison ayant tourné court, la punition a été brutale. Nettoyage pour Pablo, bombinette pour le temple ? Concluons.
Un brésilien fossoyeur de métier rôde dans Paris et surveille. Pour le retrouver le saint homme double ma prime. Dans la foulée, d’un sacré coup de goupillon, il m’asperge d’eau sanctifiée, me propose un baptême par immersion, avec cérémonie incantatoire, chants d’amour, orgues, spasmo-biture et vielles dentelles. Je ne dis pas non. J’impatiente de connaître le nouvel espace cérémoniel de la secte, qui existe déjà dans un autre quartier de la capitale, avec porte blindée et coffres forts en inox.
De retour au bureau, je fais la bise à Jaja.
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- Que penses-tu de cette guêpe tueuse ?
- Pour le moment elle ne se manifeste plus. Elle connaît les faits et gestes de tous et semble avoir signé une trêve.
C’est une guêpe fine mouche, ajoute ma Jacotte adorée.
- Pourquoi s’en prend-elle exclusivement aux membres de la secte ?
- Je l’ignore.
Mais pour savoir cela j’ai introduit une louve dans la bergerie. Rita a accepté de s’enrôler. La pauvre enfant a subi le flash initiatique, dans la nouvelle succursale. Endiablée, elle s’inscrit pour toutes les messes libidineuses de la semaine sainte. Pour le coït spasmo-collectif elle m’a choisi comme partenaire attitré. Elle compte ainsi atteindre le dix septième ciel. Je n’en dis rien à Jaja, je risquerais mes yeux. Le nouvel espace religieux se nomme *l’Èglise du sentier Montparnasse *.
Rita est vite montée en grade dans la hiérarchie, car elle se passionne pour tout ce qu’elle fait. Chargée de la bibliothèque où voisinent des livres saints de toutes les religions du monde, les missels et catéchismes du culte yomahiste, mais aussi des archives apparemment sans importance. Elle entreprend alors une fouille méticuleuse de cette paperasse oubliée. Pendant quelques jours, ne trouvant rien, elle fait enfin sa petite crise de mysticisme aigu et se plonge dans l’exégèse sacrée de la croyance Yomahiste. Déclic ! C’est son frère Lulu, l’agrégé qui a rédigé le livre saint, porteur de la révélation fondamentale. Elle pleure un bon coup en caressant ces saintes écritures, traduites par le frangin dans un langage séleno-ésotérique, où l’enfer, la lune et son calendrier conditionnent la vie spirituelle.
La découverte me paraît capitale. Heureusement, Mélodius ignore la véritable identité de Rita. Un vrai faux passeport bidon lui sert de parapluie. En lisant entre les lignes jusqu’au dernier verset, elle touche le fond du mystère. Cette secte est une succursale satanique et dans d’autres coins du monde, il s’y pratique probablement des incantations maléfiques, des sacrifices humains, des mutilations collectives, des suicides programmés en chaîne. Tout ceci n’est pas explicitement décrit, mais le dogme en autorise la pratique symbolique. Comme pour le cannibalisme, on ne saura jamais où et quand le virtuel devient réalité.
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Chaque civilisation sécrète ses propres perversions. Les sectes les exploitent pour aliéner, pour berner les plus faibles en déshérence, en leur promettant un hypothétique bonheur dans l’au-delà, après leur avoir confisqué le magot. Sur ce point toutes les églises n’ont pas failli. Elles ont toutes sans exception, fait de l’acte de chair, un péché dégoûtant, mais depuis 68, les femmes surtout, ont remis la liberté sexuelle au goût du jour. Et tant mieux si elles en abusent, s’en amusent et s’éclatent le bignoulec. Ainsi les substantielles cotisations tomberont dans l’escarcelle béante de Melodius, en échange de quelques minutes d’extase rituelle. Gloire à St Mac le proxénète ! Voilà, ce que ce sacré gourou m’a expliqué sans façon.
Dans un classeur, sanglé, refermé comme une huître, Rita parvient à confisquer la liste des temples du Sentier, réparties dans le monde. Les adresses s’écrivent dans toutes les langues possibles. La ville de Tisco attire son attention. Elle semble se cacher loin de la civilisation, si près du village de Villaberde, dans la région du Rio-Branco, au pied de la cordillère.
Seul Polo peut intervenir comme je le lui suggère, auprès de l’ambassade de France au Brésil. Est demandée par ses Messieurs du quai, une discrète enquête sur les faits divers survenus récemment dans cette ville lointaine, reliée au monde par un vieux DC3 de la dernière guerre, qui parvient lorsqu’il ne pleut pas trop fort à se poser sur une piste de latérite, encombrée de pneus crevés, de cactus rampants, de vieux bidons rouillés.
Près d’un hangar désaffecté, l’unique taxi de la région a perdu ses chaussures, et porte les blessures mortelles d’une fusillade fournie. Un rapport de l’ambassade nous parvient enfin. Un botaniste, Giorgio Pini, exécuté sans sommations par des flingueurs de métier, a été assassiné sauvagement pour des raisons inconnues. La police locale, comme de coutume se perd en conjectures. Le consulat réitère ses condoléances attristées à la famille du défunt, et déplore, et se désole. Une belle bande de faux culs trouillards ! Et dire que dans tous les coins du monde la France baisse la culotte, cagamouille son falzar malgré les sommes faramineuses dépensées dans les ambassades en fleurs et en champagne.
Nous imaginons avec ma Jaja futée, une audacieuse théorie. Ce pauvre Giorgio croyant découvrir la plante rare, sujet de sa thèse, s’intéressa de trop près à cette curieuse curarofolia. Toléré au début, puis sommé de déguerpir, il ignora, comme font tous les parisiens débarquant chez les sauvages, les us et costumes du pays. Le matin de son départ, traînant dans sa serviette beaucoup trop de secrets, il fut rattrapé de justesse, et vous connaissez la suite. Enfin je vide en partie mon sac à malices et Polo cueille, comme à l’accoutumée, quelques fruits de mes investigations. Je le mets donc dans la confidence et il apprend un peu de vrai, le pour, le contre et le pourquoi de ce film à épisodes. Je lui cache néanmoins, ma fuite nocturne en camion fantôme.
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- Giorgio avait une sœur, portée disparue depuis la mort atroce de son frangin. Depuis trois mois, Vannia Pini n’a plus donné signe de vie à ses vieux parents.
- A-t-elle fait un voyage au brésil ? Faudrait vérifier.
- Ne t’inquiète, mes mulets sont sur la piste.
- Crois-tu que les deux premiers meurtres de notre enquête soient liés à l’exécution du naïf Giorgio ?
- Je le pense comme toi et on sait maintenant qui tue et pourquoi. Le mobile est la vengeance, et les jours sont comptés pour tes clients de l’église du sentier battu.
Un coup de bigophone confirme le voyage au Brésil d’une certaine demoiselle Pini. Pour le moment le retour n’a pas eu lieu.
Soudain à la saint Barthélemy commence une course poursuite. Un bref appel au bureau précède toujours l’exécution sommaire d’un illuminé de la secte, Nous en sommes à la sixième victime picotée au spasmo-curare.
Inabordable, plein de tics nouveaux, se lavant les mains tous les quarts d’heure Polo à l’aide d’une fourchette à escargot fauchée à la Tour d’Argent se triture le noir des ongles. Il ronge ses doigts, il bafouille en serbo-croate, s’énerve comme une jeune pouliche en chaleur, et je me demande s’il ne va pas s’immoler au kérosène devant la presse réunie, pour exprimer son désarroi profond.
Moi je compte les allongés et laisse mariner Polo, Mélodius and Co et ses saints martyrs, dans le jus épais d’une chaude vengeance. Vannia s’acharne, déboussolée en diable, abusivement mortifère. Elle ne sait plus si sa croisade en terre sainte aura une fin. Je suppute, j’échafaude. Jaja ne dit mot et je soupçonne chez elle une sourde approbation des méfaits et gestes de la guêpe tueuse. Vannia pique et pique et collectionne les allongés sur le trottoir. Tous appartiennent au conseil supérieur de la magistrature du sentier.
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- Jaja, dis-moi ce que tu penses de tout ça.
- Je pense qu’elle a reçu un sacré coup de tarkouk sur la courgette. Même les plus renommés psychomuches ne pourraient expliquer cette folie meurtrière. Elle ira jusqu’au bout de son génocide.
- Eh, bien ! Les fadasses, lorsque vous déjantez, bonjour les dégâts !
Ma Rita un peu triste, ne décolère pas. Je la délaisse ces temps ci. . Ses appétits d’amour s’amenuisent. Elle me reproche mes réponses évasives concernant le meurtre de son frangin Lulu. Je ne sais que dire. Déçue par sa découverte inattendue dans la sainte bibliothèque, elle ne sait plus à quel diablotin se raccrocher. Elle désillusionne à sec, me fait des caprices de jeune fille effarouchée, se refuse puis soudain se vautre, se déchaîne jusqu’au coït bestial, heurté, spasmodique et sur sonorisé.
Ce n’est plus de l’amour mais un concentré de rage, d’acharnement à l’oubli, de désenchantement diffus. J’en ai marre ! Elles veulent ma mort, toutes ces pétasses foireuses. Ciao ! Je lui défends de retourner au temple.
Mélodius me convoque. Quelle engueulade ! Suant la peur, il menace de me circoncire, de me couper les vivres en attendant de me couper le reste. Il prononce, par Yomaha l’excommunication de mon âme, damnée pour une éternité, vouée à l’enfer du troisième niveau, où les femelles offertes en continu et obligatoires sont d’une laideur peu banale. La panique m’empare. Je le quitte après lui avoir promis une protection rapprochée et sans reproche. Une pluie de dollars affermit ma détermination. Il fait quand même partie de ce monde secret et implacable, qui tue, pille, abuse, terrifie les gens de peu, qui tombent par imprudence dans la nasse. Je décide avec Polo de passer à l’attaque.
Nous en savons assez maintenant pour déployer nos géniales stratégies, qui ont souvent stupéfié les médias, les gogos, les hauts grades et tous les enfoirés de la préfecture de police. Polo ne savait pas où allait ce camion volé à un déménageur varois. Je lui révèle l’existence du hangar. Il me fait un caca nerveux et apprenant la chose un peu tard, menace de supprimer ma licence de privé. Il se radoucit bien vite sachant qu’ensemble on pète le feu de Dieu et que par Yomaha ça va saigner.
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- Si on visitait ce coupe-gorge dans la soirée.
- On n’a rien à y perdre en y jetant un coup d’œil.
- Prépare la musette et n’oublie pas les canettes de bière.
Nous y voilà. Le rideau métallique refermé prouve qu’un acolyte villaberdien rôde depuis le dernier épisode, dans les parages, pour essayer de savoir qui a bien pu subtiliser une si alléchante cargaison d’armes, loin de penser qu’un policier trop futé, ait su faire le coup.
Nous empruntons dans l’obscurité, le chemin du soupirail. Approche, attente, conciliabule, minuit, sandwichs, somnolence, tout y passe, même le temps. Deux nuits de patience sans fumer, pour ne pas révéler notre présence à l’ennemi. Un matin, à l’heure du muezzin, un fracassant tapage, accompagne la montée inexorable du rideau de métal. Silence on tourne ! Un gus en salopette descend de son fourgon, et charge toutes les caisses vides. Il sort et repart sans fermer la porte. Nous fonçons à sa poursuite, montés sur mon Harley. Juste devant nous, il ne se doute de rien. Destination le quai Dumesnil, où une superbe péniche engloutit le chauffeur et les caisses. Le bâtiment se nomme * Fleur du Brésil *. On peut danser la carmagnole. Nous tenons le bon bout.
Du coup la saga redémarre, façon roman fleuve. La Seine bringuebalote la péniche amarrée. Elle abrite des marins d’eau douce qui parlent le français sur la rive et le portugo-brésilien sur le pont. A quelques encablures, un vaste atelier de réparation mécanique reste ouvert et ne désemplit pas. Vente directe d’accastillage, de cordes et filins de toutes sortes, de la visserie, des hublots, nettoyage à sec des ponts de milliardaires, pose de tauds, d’éoliennes, d’électrovannes et de cagatoires portatifs. Ce local se situe sous l’escalier monumental qui relie le quai à l’avenue Ducon-Branly, et fut jadis un sas de transit de matériaux lourds pendant la construction du métro parisien. Une galerie souterraine permet d’y accéder par les sous-sols de la station voisine. Nous nous y installons, Polo et moi, en salopette de mécanicien syndiqué. Le patron est dans la connivence.
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Nous tenons l’observatoire idéal, nocturne et permanent à travers une lucarne d’aération bien placée en face de leur passerelle. C’est la planque de rêve avec œil de bœuf, mini caméra, amplificateur de son à distance, visionneuse nocturne à infrarouge, whiskys et sandwichs à gogo. Pendant la journée nous manibranlons la clé anglaise et le visse tampon pour donner le change. Quelques apparitions sur le quai, pour brûler une clope, ajoutent un zest d’authenticité. Voilà, mise en place la parfaite souricière gratinée de génie policier, de mégalo-vision intuitive, et magistralement exploitée par deux maîtres du barreau de prison. Les instants se suivent. Rien ne se passe. Rien n’annonce l’échéance, le coup fourré foireux. On avance en pédalo. L’ennui nous gagne. La déprime provoque chez lui le discours philosophique. Moi la relâche me refile une crise aiguë de Rita-boulomanie. Le soir comme des ouvriers modèles, nous quittons bruyamment l’atelier qui ferme à six heures, pour revenir par les souterrains, occuper nos discrètes lucarnes.
En plein jour, quelque chose enfin se prépare. Quatre individus, genre homo-cactus se présentent à la passerelle, encadrant un Mélodius ratatiné dans son manteau chasuble, tremblotant de peur, muet, sidéré, vrai sac de son à deux pattes. Nos antennes frémissent, la caméra déclenche, l’infrarouge rissole dans l’émetteur, le frisson de la curiosité parcourt nos échines électrisées. Nous connaissons là des minutes d’ivresse intense. J’invite au calme un Polo survolté, qui risque une embolie cataleptique, s’il ne se ressaisit pas. Deux Mercédes, grand large, vitres fumées, claquent leurs portes, et disparaissent emportant six comparses décidés, et une valise certainement bourrée de dollars. D’amples manteaux cachent un arsenal portable, à grand rayon d’action, du type mitraille à gogo sur cibles mourantes. Loin derrière nous suivons à bord d’un camion de déménagement le cortège quittant Paris. Point de chute inattendu, un local industriel en tôle galvanisée avec large entrée véhicule et petite porte bureaux, le tout situé aux abords de la ville d’Estampes, dans un terrain caillouteux ceinturé de grilles métalliques. L’entrée comporte une barrière haute et coulissante, gardée par un patibulo-gorille, boule rasée, qui se terre dans un abri-bus, renforcé blockhaus. Une heure trépasse. La troisième Mercédes, en attente démarre enfin, demande la sortie et s’éloigne sur la R.N. nord-est emportant quatre individus à ne pas rencontrer minuit passé dans une rame de métro vide. Les autres déguerpissent sous peu. Au pied de la cathédrale une modeste brasserie nous permettra de patienter et d’entamer une nuit propice.
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- Le pauvre Mélodius, je crois bien, finance la transaction.
- Les quatre moustachus serbo-croates, repartis vers l’est, livrent les armes, qu’ils entreposent dans un hangar loué pour l’occasion.
- Sage précaution de trafiquants méticuleux !
- Les six aztèques afro-cubains, en Mercédes dernier prix, trimbalent Mélodius, en porte valise, otage d’un instant, mais néanmoins consentant, car en récompense il recevra le lasure bitumo-hilarant importé du Brésil.
Chacun d’entre nous a éclairé votre lanterne à sa façon.
Nous décidons d’utiliser une ruse inédite, diabolique, perfide, qui va pousser tout ce beau monde à la dispute. Cette nuit sera décisive. Un véritable Austerlitz de la truandaille. La tactique du gendarme brûleur de paillote semble dépassée, anachronique, préfectoralement bidon. A la santé de notre ministre de l’intérieur, nous buvons donc un bon Dubonnet.
Minuit, l’heure du crime, sonne au beffroi de la ville endormie. Polo téléphone à Jean Rajoute, le champion toutes catégories, de l’enquête scientifique. Il doit nous envoyer dans l’heure qui pointe, un lance flèches anesthésiantes pour le pit-bull de l’entrée, et une ampoule en silico-styrène bourrée de gaz somnifère capable d’endormir un monstre de jurassique-parc. Phil Entrope, un des plus dégourdis assistants de Polo arrive en catastrophe, dans les temps prédits, porteur d’un étrange matériel.
Nous approchons de l’entrée, à pas de loup constipé. Le chien écrase en rêvant d’un tibia de brontosaure. Une fléchette le cloue sur place. Par la porte entrebâillée la burette gazeuse atterrit au pied d’un lit de camp, véritable couche du soldat militaire. L’ampoule sous le choc doit, s’ouvrir en quatre et diffuser son gazogène dormifuge, puissant, inodore, ne laissant pas de trace, ni aucun souvenir. Le gardien dort enfin. Nous avons trois bons quarts d’heure pour agir. Phil récupère, la fléchette et la bulle à gaz vide. Il crochète ensuite la porte des bureaux. Nous entrons dans la place. Trois caisses de fusils à culasse éjecto-refoulante, avec chacun en plus un viseur à laser, représentent une coquette somme de billets verts. A chacun son lot. Dans chaque canon nous introduisons un tampon spécial micro poreux gavé d’un liquide acide, bouffe métal, sans odeur rémanente. Soudain le chrono à clochette nous invite au repli, à l’escapade tactique. Nous déguerpissons sans laisser de traces. Les caisses sont refermées, le gros chien somnole et son maître joue à guichet fermé la belle au bois dormant, du regretté Rostini. Il faudra attendre patiemment la suite. Le liquide rongeur crevassera l’âme des fusils, va boursoufler les culbuteurs, verrouiller les culasses, et semer une zizanie pas possible dans la traficotière. Bien joué, non ! Le plomb parlera à la prochaine rencontre ! Au cours de leur transport clandestin, un curieux de la bande, titillé par la passion des armes, en caressera une, admiratif, songeur, l’essayant à l’épaule, joue contre crosse et, horreur, fera coulisser la culasse. Mais en vain. La cargaison a quitté Estampes pour bordeaux. A quai le cargo de la Transbrésilienne charge des caisses provenant de plusieurs trous de France. Le trafic se révèle plus important que prévu, et suit des trajets aléatoires. Vogue la galère ! Cette fois-ci Polo ne pourra pas intervenir, mais ses inspecteurs ont pu suivre en traversant le pays en diagonale, les transferts jusqu’au port.
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Pour l’instant le calme règne avant la tempête. Au studio Montparnasse, les adorateurs du Grand Yomaha, reprennent leurs pratiques religieuses. Ils se prosternent devant les idoles, batifolent dans l’irrationnel, se manibranlent la croyance divine, s’empapaoutent gaiement pendant la grand messe crépusculaire.
Les représailles s’annoncent. Pour justifier mon salaire, je pousse le saint homme à blinder ses portes et ses fenestrons. Je lui promets une surveillance tout azimut, et de tous les instants, car l’ennemi est double. La guêpe vengeresse court encore et les fusils défectueux s’oxydent à fond de cale. Mélodius ne se doute de rien. Ces temps ci, il se choute un peu plus fort cafouille dans ses sermons plutôt filandreux, serpente le sentier tel un somnambule téléguidé, confondant l’automne et le printemps. Dans sa dernière homélie dominicale, il recommanda la sodomie délicate, l’auto pardon des péchés véniels, la transpiration des âmes, et, pour couronner ses audaces verbales, il s’offrit en holocauste aux diablotins persécuteurs, de l’enfer Yomahiste. Au sommet du sacrifice, vécue sur l’autel blanc en marbre de Carrare, sa transe infernale, secoua si fort sa carcasse de vieux singe, qu’il manqua de justesse son départ à Ste Anne. Je suis donc, chez les fous. Je vais déjanter sous peu, et Rita, plus vaillante que toujours et plus amoureuse que jamais, m’entraîne malgré moi dans ce mysticisme tourbillonnaire. Oh ! Dieux véritables où êtes vous donc ?……………
La péniche change de quai. Nous abandonnons notre observatoire. Sur la berge un faux pécheur reluquera le nouveau point d’abordage.
Et c’est alors que se produit l’impensable. Mélodius, quoique éternel, dans un geste désespéré, en se dopant, dépasse la dose prescrite, et nous le retrouvons recroquevillé, vidé de son âme, figé dans une étrange grimace, mais en grand apparat saucissonné dans sa chasuble constellée de grigris et d’anges fornicateurs. Il gît. Rien n’indique qu’il ait atteint la sérénité céleste, ou rejoint le paradis réservé aux prophètes.
Rita au comble de l’excitation me prévient et me laisse entendre qu’une révolution de palais se prépare. Polo, que je mets immédiatement dans le coup, escorté du juge, de ses mulets fouineurs, commence dans la foulée, à chauffer les oreilles, à délier les langues fourchues des journaleux présents, qui jettent en vrac, des questions inattendues. Il furette, jauge, relève, demande le photographe, note le moindre détail, fait relever les empreintes et enfin tombe en arrêt devant la seringue mortelle, dissimulée, sous la manche gauche de l’étole sacrée. Polo réfléchit, opine, fronce le sourcil et s’adresse à Mme le juge.
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- Seringue à gauche, point de piqûre à droite, dans le creux du bras tendu, ça jure !
Rita interrogée affirme que Mélodius maniait le goupillon à main droite. Il donnait volontiers sa noble patte d’aristo à baiser et suçait de la jujube en boite, lorsque l’hommage s’accompagnait d’un Monseigneur par ci, d’un Divin guide par là, ou d’une révérence façon Versailles.
- La seringue n’est pas à sa place. Vite au labo. Analyse du poison, hématomes, marque de piqûre, photos. Vite !
- Nous pensons à un meurtre camouflé, dissimulatoire, mal mené par un assassin du dimanche.
Mme le juge a parlé. Elle ramasse sa serviette et disparaît dans le couloir étroit, bousculant au passage les audio-visuels en effervescence qui osent filmer ce pachyderme ambulant.
Les interrogatoires vont bon train. Comme toujours je file dans l’escalier en colimaçon qui descend au sous-sol. Vous le savez bien, chez moi c’est une manie. Au bout d’un long déambulatoire, bordé de caves compartimentées, et de coffres, le boyau se rétrécit sur une porte en fer doublement blindée qui peut s’ouvrir à l’aide d’un sésame électronique. Il suffit de connaître le code ou de se faire annoncer par la caméra cachée. D’ailleurs c’est ouvert.
Par quoi dois-je commencer ? Le vidéoscope enregistreur, à l’étage détient les vraies réponses. L’assassin a emprunté le couloir de la mort, sachant très bien qu’il serait reconnu. Je me précipite à l’étage, retire la cassette que je remplace vite fait par une bande vierge qui traîne. Effacement de preuves. C’est gravissime, anti déontologique, inadmissible pour un privé en renom, un privé de scrupules. Je suis un dissimulateur de vérité, un disséminateur de zizanie, un grand dissipateur de preuves par neuf. Je m’abomine, je me courberai sous l’opprobre et irai à confesse chez le père Dubambou. Ramasseur de miettes dans une brillante enquête, diligemment menée par un Polo méticuleux, je disparais pour donner le change, l’air penaud, chien pelé, chien battu mais content.
Jaja, au bureau, accueille le héros fatigué, oh ! Combien. L’alcool, la honte, l’amour passager, me désagrège le moral et je me réfugie chez mon assistante adulée.
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- Un vrai klepto, tu ne peux pas te retenir. Où as-tu encore chippé cette cassette vidéo ? Tu récidives, gros malin.
- Visionne, tu verras bien. Elle contient tout, l’avant, l’après, le pendant d’une bataille de la lourde.
- Tu sais, je préfère les défilés de mode.
Sur l’écran, en première mouture, s’affiche l’heure exacte, des traces floues, car rien ne se passe, des zébrures hertziennes, des interférences scintillantes, du bruit de fond, des images vides. Puis enfin, là où on ne l’attendait plus, apparaît rousse, voyante, quémandeuse d’entrée, ma Rita en beauté, affublée de lunettes solaires, plus sure d’elle même que du reste, souriante, enjôleuse. Elle obtient l’ouverture, pousse la porte, entre et coince la fermeture, en laissant tomber un journal froissé. Jacotte pousse des petits cris de joie, se moque de mes fréquentations douteuses, dénonce ma naïveté congénitale, mon manque de flair. Elle glougloute, caquette, vocalise sa jalousie, me traite enfin de satyre, de traîneur d’alcôve. Elle me soupçonne, c’est indéniable. Elle en oublie la vidéo. Moi je passe et repasse la bande. L’apparition a lieu à onze heures trente. Jamais, Rita n’a voulu cacher ses beaux yeux vert tendre, derrière des carreaux Afflelou. Je plante là ma Jacotte en colère et je me précipite chez elle. J’entre en coup de vent, je me verse un double whisky, et en bégayant je bafouille mon questionnaire.
- A qui pensais-tu ce matin à onze heures trente ? Pour entrer dans le temple, passes-tu par les caves ?
- Mon petit chat, tu as besoin de repos. Décompresse, décongestionne, tu tournes manège à dix mille tours, tu vas droit dans le talus.
Je m’assieds, me ressaisis et m’enferme dans ma carapace, l’œil éteint, le regard morne, les mains coincées entre les jambes. Je relance ma boite à idées.
- Viens t’asseoir près de moi. Que faisais-tu ce matin, à onze heures trente ? J’ai besoin de savoir. Nous visionnons ensemble l’entrée suspecte sur la télé.
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- D’où vient cette bêtasse ? Je n’ai pourtant pas de sœur jumelle. Je comprends pourquoi tu m’espionnes, grand couillon. Alors tu as cru. A onze heures, chez Antoine je chauffais ma calebasse, dans un casque sèche bouclettes, pour me refaire une beauté, et tout ça pour plaire à un paltoquet, mal éduqué, soupçonneux, hypocrite, bilieux, merdique, et déplumé en plus. Retourne chez ta mère ! Je ne veux plus t’aimer, raous ! Du vent ! Elle se noie dans ses sanglots. La deuxième scène de ménage de la soirée m’assène le coup de grâce. Vous voyez, elles veulent ma mort.
Je supplie Polo de pousser une enquête, sur le passé de Vannia la tueuse. Elle a fait ses études à la fac de Nanterre, et nantie d’une licence d’histoire, elle fréquenta ensuite, sans ambition aucune, les cours d’art comique du grand Charles Vasquoi. .. . Bonne fille, elle n’a jamais perturbé l’ambiance familiale.
Jacotte a repris son sourire, rangé sa rancœur dans les oubliettes de son cœur apaisé. D’ailleurs une folle partie de bilboquet coquin l’a remis en gaîté.
- La guêpe a piqué une fois de plus. Elle sait se grimer comme au théâtre, en s’aidant de photos prises dans la rue.
Elle ressemble ainsi mieux que vrai à ma Rita endimanchée.
- Le pauvre Mélodius a déclenché la porte croyant à la venue de sa collaboratrice. Vannia a profité d’un moment d’extase pour lui injecter le venin ravageur restant dans la seringue et a disparu par la même porte. Over dose !
En attendant, on peut rajouter un sacrifié au martyrologe de la secte maudite. La guêpe opère dans le quartier avec une audace peu commune. Elle me nargue et je me demande si Rita ne sera pas la prochaine victime. Polo aidé par sa brigade volante exhibe dans tout le quartier la photo de Vannia. Pourtant présumée dangereuse, les commerçants du coin ne l’ont jamais vue et figent l’essentiel de leur vigilance sur leur juteux tiroir caisse. Ils se moquent du policier et du gendarme qui arrivent toujours après le braquage, pour importuner les honnêtes gens avec leurs questions, leurs soupçons et leur condescendance de fonctionnaires assermentés. Rangeons à part les privés comme mézig qui usent de leur charme naturel au près des pauvres victimes pour investiguer sans accrocs ou les faire accoucher sans douleur.
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La péniche prend le large et jette ses amarres au quai Charenton où les eaux de la Seine glissent glauques et s’agitent un peu folles. Phil Entrope a suivi en vélo, pinces à linge au falzar et attentif à tout. La surveillance s’installe en face dans un house-boat de location garé sur l’autre berge. A la jumelle Phil peut suivre les faits et gestes de l’unique occupant. La deuxième nuit, les loupiotes s’éteignent. La fleur du Brésil reste là habitée seulement par les rats. Sa quique d’évacuation ne pisse plus et une bâche en boule jetée sur le pont signale l’abandon. Il revient au commissariat, son voyage au long cours écourté.
Mais ce qui se passe aux catacombes Montparnasse n’a pas de nom. Les messes érotiques se succèdent à un rythme infernal. Le cinéma devient permanent. En matinée spectacles divers, chants paillards, danses lubriques sont présentés par les adeptes recrutés de longue date dans le milieu du show bisness et de la production télévisée. Les processions dans les couloirs du sous-sol, promènent tous ces tarés en nuisette, puis la messe célébrée par un gourou délégué, en fin de soirée, s’achève en orgie hystérique. Rita plus époustouflante que jamais m’ignore et parade parmi les initiés, cheveux roux lâchés, tombant jusqu’à la taille, le front ceint d’une couronne dentelée, que prolonge une traîne vaporeuse, ondulante, légère et ornée de petites diablesses et d’anges branlicoteurs.
L’événement surgit juste après la distribution des pilules psychédéliques. L’assistance en extase biblique tend les bras vers Rita figée au centre du sanctuaire. Les prières fusent en des langues orientales inconnues. La transe gagne les plus fervents admirateurs puis quatre athlètes nus s’avancent et soulèvent délicatement la Rita rayonnante, au dessus de la foule recueillie qui vient sans le savoir de baptiser la nouvelle ébahissante déesse Mélodia. Un chant doux, sirupeux, mélodique, enfle dans la crypte et monte vers les voutes basses, accompagné de harpes, de cymbales et de binious bretons. Une annonce suit :
- Selon le rite orthodoxe, les épousailles de la déesse Mélodia seront solennellement célébrées demain dimanche avec le Dieu tout puissant Yomaha, architecte de l’univers, dispensateur de félicité, grand maître de l’enfer du troisième niveau.
Pendant une semaine je ne verrai plus ma petite fée Rita qui a prononcé mon exclusion définitive de la secte. Je suis banni, refusé, rejeté porte close. Mélodius coule des jours paisibles à la morgue de St Sulpice, où les découpeurs de nécropolice étudient les effets du curaro-lasure sur les viscères et organes humains. Les services des stups s’intéressent de très près à cette nouvelle drogue.
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Polo et moi nous pataugeons encore dans les suppositions, les paradoxes, les antithèses et les perplexités tenaces. La ritaboulomanie me perturbe en profondeur. La déprime me transfantôme en ectoplasme psychique, en ombre chinoise de moi même. La vie m’apparaît désormais telle une vallée de larmes, sans amour, sans espoir. Je passe mes soirées seul dans le studio de Rita, triste et désemparé. La sixième nuit, endormi dans son lit à baldaquin gonflable, je rêve qu’une cigogne à plumes d’or vient me picorer le crâne et me dire de lui faire un enfant. Puis mon rêve se métamorphose doucement, chaudement et au comble du bonheur, je sais que Rita est enfin revenue dans ses draps, dans mes bras, dans ma vie.
- Ma douce déesse rousse, je ne peux vivre sans tes caresses, tu es la reine de la secousse, et tu abuses de mes prouesses.
Je verse dans la poésie minable pour lui dire à quel point je … Vous finirez ma phrase à votre fantaisie …….
Chapitre III
Dans ma boite à rêvasser, mon gyroscope intime s’est remis sur son axe. Je respire un air nouveau, car ma déesse se parfume à l’encens de messe.
- Carino, je ne suis pas la divinité, que tu imagines. Me voilà dans de beaux draps, complice d’un trafic d’armes et dispensatrice de la pire des drogues. Je vends la mort.
- Ta manigance a bien réussi. Tu as usé de ton charme diabolique pour envoûter ces chiens vicieux.
- Si je comprends bien, je me suis infiltrée et serais ainsi l’auxiliaire incontournable de Polo le magnifique. S’il ne me couvre pas, je démissionne demain.
- A la fin de l’envoi, nous écrabouillerons toutes les termitières de ce genre, qui se bâtissent dans l’Europe entière.
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Rita ainsi choisie et en quelque sorte élue par les adeptes mont parnassiens serait bien malgré elle, la dealeuse cachée d’une bande de drogués dépendants, envoûtés, butineurs lubriques et joyeux, amateurs de baise en meute.
Voici qui révèle une astucieuse et imparable distribution de drogue, à travers nos pays, qui selon Mao le grand timonier, s’englue depuis un demi-siècle dans la plus abjecte décadence. Voilà un modèle de secte ou le Maître spirituel, élu défend donc les valeurs de la République une et indivisible, respecte la démocratie, crée le bonheur, l’allégresse journalière de ses membres consentants, en distribuant un nectar inoffensif, gentiment payé par cotisation ou don privé. On ne peut en dire autant de notre premier ministre et de son conseil à la noix.
- Doumè, cette aventure me dépasse, j’ai peur. Je ne peux me défaire de cette morbide envie de venger mon frère Lulu. La Vannia de mes deux, je la crèverai, je lui enfoncerai mes ongles dans les yeux, je la donnerai à baiser à King Kong, à quasimodo, au dragon chinois. Elle en pissera le sang et finira sa vie emmurée dans nos catacombes, pliée en deux avec les rats, dans les suintements nauséabonds de la craie et rongée par des fourmis brésiliennes géantes et nécrophages spécialement élevées pour remettre dans le droit chemin les déviants de la secte.
- Du calme, petite colombe ! Tu satanises plein pot. Si tu continues, tu vas craqueler ta fine pellicule de femme civilisée, ton vernis bidon d’humanisme. Tu sais, chacun à sa naissance reçoit sa part d’animalité. Il faut se méfier du monstre évolutif qui sommeille aux tréfonds de notre être.
Cette fois-ci, je suis content de ma tirade. La philosophie à l’emporte pièce est mon péché mignon mais je n’en abuse jamais avec mes lecteurs chéris qui s’en branlent le bitoniau.
Ceci dit, en Italie les policiers citadins ont fort à faire avec une série de fléchettes meurtrières. S’étalent sans vergogne, dans les ruelles étroites de Sienne, des gentils cadavres tétanisés. Quatre en tout, morts subitement, sans confession, sans bénédiction du St Père, sans laisser le temps de tenter une enquête. Tous les candidats fréquentaient le Sentier bitumeux. La guêpe a sévi, a servi la mort avec tact, délicatesse, sans douleur, et se promène, présentement, je le suppose, en bikini string sur les plages de la côte d’azur.
Polo fera afficher demain la photo de Vannia, recherchée comme serial killer, devenant ainsi l’ennemi public, nomber one, parlons gaulois, dans une France entière qui panique à tout propos. Un téléphone vert et une cellule de crise en place dans les sous-sols de la préfecture de police, donneront bonne conscience à nos magistrats instructeurs, tandis que la police nationale pédalera dans la paperasse ou la traque stérile des petits tricheurs, des petits dealeurs, des petites gens, des immigrés coupables de tout, des sans papiers, des gitans et des sans avenir. Audacieux programme ! …
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Il serait temps, d’inventer le viagra qui fait bander les esprits, qui réchauffe les convictions, durcit l’intransigeance envers les vrais assassins, les tyrans, les pilleurs de biens sociaux, les marchands de drogue et de mort, les gourous trafiquants, les expulseurs de squats, les spéculateurs, les industriels du licenciement honteux, et pourquoi pas les écrivaillons minables de mon acabit. Ca y est je recommence.
Nous sommes à la mi-août, miaulant, notre désarroi, Rita Polo et moi. Officiellement recruté comme chef de la sécurité intérieure de la loge, je compte avec délice les dollars, de ma note de frais, payés régulièrement par le trésorier sacristain, qui agrémentent mes épinards et la caisse noire de Jacotte, à sec depuis trois mois.
Vannia ne se manifeste plus depuis ses derniers exploits italiens. Par contre Rita nous avertit qu’une livraison aura lieu sous peu. Polo échafaudant un plan machiavélique a demandé au ministère de l’intérieur, une aide exceptionnelle qui lui sera accordée, bien sur, mais on ne sait quand, ni comment, avec le compte gougoutes du grand argentier de Bercy. La république mégote, une fois de plus.
« Et pendant ce temps là », comme le chante si bien Bécaud, la maffia russe, dépose ses marques, comme chien qui pisse, dans tout le pays, terre d’accueil, de tolérance et de chapardages organisés.
Nous savons enfin que les caisses d’armes attendent sagement dans une usine désaffectée, en Meurthe et Moselle, à Foug près de Nancy. L’écluse voisine s’ouvre chaque fois que meurt un pope orthodoxe atteint du sida. Encore un engin monstrueux qui date du grand Colbert, qui grince en ré majeur, avec trémolos de ferraille et remous d’eaux croupisseuses. . La petite bourgade encroûtée dans un écrin de verdure, qu’elle ne mérite pas, s’étale de part et d’autre d’une rue principale étroite en pente verglacée l’hiver et déserte l’été. Un collège, une gare, un hôtel, une église, quelques immeubles en carton pâte, une scierie, et la grande usine Pont à Mousson qui chie des tuyaux de fonte comme Panzanni fait des pâtes, occupent le centre et la banlieue minable de ce bled pourri.
La Fleur du Brésil est venue s’amarrer, dans le bief, à proximité du dépôt, mais suffisamment loin de l’écluse. Les cromagnons qui l’habitent, à cheveux crépus, gros mollets, basquets Adidas et bermudas fleuris, palabrent sur le pont en portugais littéraire. L’un des trois acolytes, apprend à haute voix un poème d’Aralio Foutriguès. Les deux autres se curant les ongles avec des fines lames d’égorgeurs, digèrent en silence la douce poésie. Tu parles d’un attelage !
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Sur la place de la gare, couché sous un énorme camion, prêté par un ami transporteur, Polo joue au mécanicien chevronné, les mains dans le cambouis, moulé dans une salopette graisseuse, la casquette enfoncée sur une bouille rubiconde pas rasée de trois jours. Il loge à l’hôtel du Coq au Vin, en face, où une panne sérieuse l’a condamné à vivre là le temps d’une planque. En contrebas du quai, où relâche la tribu brésilienne, dans une clairière encombrée de troncs d’arbres abattus par la terrible tempête de l’an passé, les deux frères Jean et Phil Entrope, jouent aux bûcherons amateurs, armés de tronçonneuses, et rangent en stères à brûler tout ce bois perdu. Le propriétaire, ancien flic, à la retraite vient de temps en temps leur apporter un casse croûte et du vin d’Alsace.
- La police de mon époque, ah ! c’était …. Et patati et patagratte, et je te gonfle et tu m’emmerdes. Même un brave vieux policier ça radote.
Un scénario digne d’Orson Wells va nous tenir en alerte. Nous voilà bûcherons, camionneurs d’occasion, policiers pantins, antiques héros burlesques, donquichotant pour la patrie contre l’hydre envahissante de l’internationale maffieuse. La souricière est prête. Cette fois ci, je remplace, Mélodius qui prolonge son séjour à la morgue ; car la drogue miracle, intéresse toujours les stups, et se révèle un agent momificateur, digne de la plus haute antiquité égyptienne. Notre ex-guide spirituel, caramélise à vue d’œil prenant le ton de l’ambre et l’irisation des tessons de verre déterrés. Il ressemblera bientôt à Ramsès II, tout nu, sans ses bandelettes.
Chargé à sa place de porter la profonde valise bourrée de dollars, je joue ce coup là le rôle réservé à la vedette. Mélodia, déesse passagère, ne se sentait pas l’audace de côtoyer tous ces méchants flingueurs, et m’a délégué ses pouvoirs. Je redoute une rencontre explosive, car la dernière fois les brésiliens se sont fait brûler le caleçon. Ca va surchauffer dur et j’appréhende le contact. J’invoquerai pour ma part la protection rapprochée du divin Yomaha. Mes fringues me donnent l’allure d’un notaire de province, égaré dans une rue de Clochemerle, cela pour n’effrayer personne. Je dois arriver à Foug par le train de minuit, demain, jour de la Ste Marie mère de Dieu, priez pour nous pauvres policiers, victimes du devoir. Je panique comme un collégien qui se paye sa première grimpette chez Coco Lapute. Peux-tu imaginer chère lectrice, les tourments qui m’habitent, malgré mes rodomontades habituelles, et l’assurance de mes interventions distinguées. C’est vrai que …bon … Voilà qu’il m’arrive de jarguiner à la mode comme nos animateurs télé qui ont oublié les leçons de Zitrone. C’est la peur, l’émotion, le caca culotte, qui me momifie le zizi chaque fois que l’ action se rapproche. Avant la violence je défroque, mais pendant la bagarre, je redeviens sans le vouloir vraiment, l’héroïque pourfendeur du plus fort, le protecteur du pauvre, le chevalier sans armure, à la fois Le Cid, Goliath, Hercule, Aligator, l’exterminateur du sarrasin ou du méchant. Là, je redore un peu mon image. Après l’action, je déprime malgré le succès. Heureusement Rita et Jacotte ont toujours su me redonner la joie de vivre.
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Le jour le plus long s’amorce. La nuit viendra d’abord sereine, plus noire que charbon de bois, car le calendrier annonçe la lune nouvelle. A l’heure du crime, je saute sur le marchepied du train de Paris. Je serre la mallette à main gauche, et mon autre se crispe sur un parabellum spécial police, doté d’un compulsateur à bille, d’une culasse à verrou pivotant, et d’un silencieux périphérique en téflon vitreux, qui crache sans bruit à un décibel par boulet, capable de perforer un russe entier, un brésilien obèse, comme on embroche un poulet. Là je me sens visé.
Dans la nuit complice, trois ombres familières me précèdent ou me suivent, m’enveloppent discrètement. Nous progressons à quatre contre sept, à pas de chat ganté, celui qu’on dit sauvage. A la porte du hangar, aucune lumière n’indique une présence. Le grand panneau d’entrée coulisse sans bruit. Je pénètre. Une loupiote s’allume alors au fond, derrière les poutrelles métalliques en ogives. Une bâche recouvre le trésor de Rommel. J’avance peu rassuré, craintif, épié sans doute par dix, par vingt, par une armée de soldats russes ou brésiliens, qui louchent en phase, sur ma valise pleine, objet de toutes les convoitises. C’est fou ce que tous ces bouts de papier en liasses serrées, peuvent faire courir les pantins que nous sommes, sur cette planète maudite où l’argent a enfin tué dieu et ses saints, Yomaha et bien d’autres. On risque nous même d’y passer ce soir. Je dépose sur la table.
Les frères Entrope et Polo sont restés en couverture, dehors à vingt pas de la porte, armés d’un bazouka à gaz, chargé jusqu’à la gueule d’un obus à ailettes, capable de chambranler le hangar de fond en comble. L’engin avait été subtilisé, et caché dans l’usine abandonnée à la dernière livraison. Nous nous en servirons quand même, pour faire porter le chapeau à nos amis tchécoslopolaks, la police nationale n’ayant pas le droit d’utiliser de tels moyens destructeurs. Se retrouvent autour de la table, quatre ruscoffs, trois narcobrésiliens, et ma pomme qui risque le mildiou ou la tavelure à trou. Cette fois-ci on contrôle les armes et les dollars. Montrant bien ma peur, je m’éloigne avec leur permission et le sac de poudre de perlimpinpin qui fera revivre le sentier, qui sans cela commençait à pédaler dans le bitume. Je sors, rigide, digne comme l’abbé Jouvence porteur de ses fragiles flacons de longue vie. Ca y est je suis enfin dehors.
Ouf ! Phil a contourné le hangar, et par un vasistas tire en l’air un coup de feu tandis que le frangin remet la gomme à l’autre bout du bâtiment. Ca résonne sec. Suit évidemment une fusillade nourrie à bout portant, rapide meurtrière, sans bavure, faisant sept petits morts éparpillés autour d’une table. Ils ont fait ça eux même. Voilà la mission bien engagée.
En un saut de carpe, je récupère la valise qui traîne sans raison sur la table et je m’évacue. Et alors seulement Phil ajuste son bazooka pointé sur les caisses d’armes. Explosion, grand fracas ! La moitié sud de l’usine dans une féerie d’étincelles, s’effondre sur la scène. Rideau !
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Nous abandonnons le tube lance tornade dans les éboulis et nous quittons le champ de bataille. Polo s’immortalise en nous criant, la main dans le gilet « je suis content de vous ». Avant le départ en camion pour Paris, nous visitons la péniche. Des papiers froissés traînent écrits en portugais. La valise à fric retournera à la secte pour financer une prochaine livraison, radicalement destructrice si possible. La police sans moyens devient forcément plus efficace à l’usage. Polo fera son rapport. Notre présence tardive sur les lieux, innocente cela s’entend, nous aura permis de compter les morts, de constater les dégâts et de butiner sur place quelques indices pour la suite improbable d’une enquête plus poussée. Enfin nous les avons arrêtés, tous ces bougnakofs qui prennent la Beauce et la Brie pour un terrain de foot. J’ai dit arrêtés, bizarre ! Enfin arrêtés de nuire.
Chapitre IV
L’énigme reste entière. Où se cache Vannia la tsétsé piqueuse qui endort si bien ses victimes ? Des coups de bigophone muets dérangent périodiquement le sacristain secrétaire du sentier. Mélodia s’inquiète et redoute une nouvelle série d’exécutions sommaires. Tous les dignitaires sont consignés dans les refuges souterrains des catacombes aménagées. C’est la retraite générale, avec prières, recueillement, offrandes à Yamaha, prosternations cataleptiques, yoga laotien et invocations collectives de St Pol Pot, le cruel génocideur des populations impies. Rita déesse adorée et obéie, veille sur ses disciples. Néanmoins elle vit sa vie d’autrefois, sans aucune appréhension. Lorsqu’elle sort de l’église Montparnasse, elle se déguise en vieille fille délaissée. Moi je la suis de près. Depuis qu’elle règne sur cette foule de dingues pervers, érotisés jusqu’à l’os, l’atmosphère a changé dans le groupe. Les messes crépusculaires manquent de ferveur sexuelle. Une hésitation dans le choix du partenaire d’un soir se manifeste. Mélodia en perd son latin. Une métamorphose du comportement de chacun s’opère sous ses yeux ahuris, puis se précise. Six messes plus tard, tous les couples se déchaînent et virent homo. C’est alors quiquon avec tonton, tata et moumounette ! Le spectacle devient plus lascif, dévergondé à vomir, et Von Mastricht débarque avec toute sa tribu de passe-aiguille, d’enfileurs délicats, parés de tutus transparents à motifs écossais, de porte bitounettes en étuis de cuir marocain et de suspensoirs à dentelles. Tout ce beau monde est masculin-masculin-pluriel, c’est vraiment singulier. Rita n’en croit pas ses yeux verts. Heureusement, elle reste divinement intouchable. Elle pense que la nouvelle drogue, agit en extravagance depuis la dernière livraison. Les femmes se découvrent des talents de butineuses et s’en donnent à cœur joie. Je crois que je vais me faire nommer sacristain ou eunuque, histoire de me préserver le moral.
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Dans la chapelle aux folles, la vie bât son plein. Les caisses de la congrégation regorgent de dollars. La provision de poudre érogène récupérée à Foug, peut tenir six mois. Mélodia se révèle une déesse inspirée en créant une nouvelle cérémonie délirante qu’elle a nommé le Pacs hermaphrodite, qui rapproche dans la même communion des âmes et des corps, la bête et son cousin, la belle et sa cousine. L’union coûte horriblement cher, mais beaucoup de couples qui ont découvert pour la première fois les nouveaux travaux pratiques, enthousiasment très fort et veulent à tout prix, c’est le cas de le dire, consacrer leur union. Par contre le divorce peut s’accomplir sans formalité, mais il faut payer une TVA sous peine d’excommunication.
Un soir d’orage diluvien un coup de bigo, au sacristain prieur, annonce une alerte à la bombe, alors que la messe paillarde s’achève dans les ahanements honteux. Mélodia en tête, tous dévalent les escaliers menant à la crypte, puis dans les catacombes aménagées. L’attente de l’apocalypse s’éternise. Au petit matin, enfin, Mélodia prend la décision de rejoindre l’étage. Rien ne s’est passé. L’abattement des uns, la déception des autres, les doutes métaphysiques de la communauté entière, nécessitent une retraite spirituelle, un long temps de prière, un carême sévère, une abstinence de tous les instants. C’est reparti mon kiki ! Mélodia rayonnante dégoise des sermons improvisés, et officie toute la sainte journée. Vient la messe sacrée à l’heure du thé. Seuls sont autorisés en offrande à Yamaha les attouchements solitaires qui semblent se multiplier à vue d’œil, depuis la dernière alerte à la bombe. La nouvelle mixture décidément produit de néfastes effets. Mélodia s’enlise dans la plus épaisse perplexité, car au retour des catacombes, elle a constaté une intrusion dans le sanctuaire et le cambriolage de la sacristie. Un sac de poudre a disparu et dans le tabernacle du divin Yamaha, un message sibyllin, annonçait le suicide collectif, l’apocalypse inévitable et l’immolation par le feu purificateur. Signé : Les incendiaires de Sodome et Gomorrhe. Le danger se précise. Il est temps de fermer l’officine, et de renvoyer les illuminés dans leurs foyers respectifs. Quelques jours plus tard, Polo viendra constater les dégâts. Un incendie monstrueux a ravagé le temple.
- Le feu a démarré dans la bibliothèque. Que penses-tu de ce bol éclaté, déposé probablement sur les rayons, parmi les livres sacrés.
- Le labo prétend que l’incendie a été provoqué par une boulette de phosphore trempant dans une petite quantité d’eau. L’évaporation a fait le reste. A l’air le phosphore s’est enflammé spontanément, tu devines la suite.
- Astucieux et même inédit comme bombe incendiaire à retardement.
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- Heureusement que l’usine avait fermé ses portes.
Polo se gratte la fontanelle. Son congolo pense, mais par intermittence. La saga Coustou-Montparnasse terminée, il voudrait nous voir partir à Sienne au siège central du sentier. Rita-Mélodia va essayer de raccrocher les wagons. Lui ne peut pas intervenir en Italie. A nous donc les missions délicates ou dangereuses. Polo ne découvrira jamais le pyromane, le chimiste fou qui a phosphorisé la bibliothèque. Les enquêtes s’enchaînent, la poulagaille agite le bâton à touiller la polenta, retourne chaque fois penaude, bredouille, pour peu qu’elle ait respecté les procédures et la légalité républicaine. Moi je pense que Vannia opère seule, ce qui fait sa force. Pour l’alerte à la bombe de l’autre soir, le sacristain a bien entendu des soupirs de femme.
Chapitre V
Rita me susurre à l’oreille qu’elle voudrait revivre intensément une nouvelle lune de miel en Italie. Je la rassure sur ce point, mais je lui recommande de jouer le grand schlem car cette fois il s’agira de convaincre les grands manitous de la secte mondiale. Ce ne sont pas des enfants de chœur mais plutôt des enfants de pute, des fils de Satan, des encornés de l’enfer qui jettent à cuire dans leurs marmites, les âmes, les consciences, les scrupules, les rêves et les espoirs, les naïves passions des petites gens et qui balancent sans pitié tout ce brouet amère comme le fiel, aux orties vertes.
Mélodia, porteuse d’un projet audacieux, tentera de séduire les vieux dignitaires du Temple siennois. En ce Vatican du Sentier Crépusculaire, la routine, les honneurs, les certitudes acquises, ont transformé les apôtres du Grand Yamaha en carpettes réactionnaires, ennemis du progrès et de l’expansion sectaire. Forts de leurs dix huit cent mille adeptes disséminés dans toute l’Europe et l’Amérique entière, ils se contentent de gérer le tout comme un fond de commerce.
A Sienne, la comtesse Carla de Montefrolo nous reçoit comme elle sait le faire, avec amitié, délicatesse, s’étonnant de me voir reparaître avec la même partenaire.
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- Doumé, tu vieillis. Dans le temps, tu ne nous gardais pas bien longtemps, ou alors Rita est la vraie déesse de l’amour.
- Ma chère Carla tu ne peux mieux dire.
Elles éclatent de rire toutes les deux et disparaissent un moment. J’apprendrai, au cours de la soirée, la maladie grave du comte qui vit les derniers jours de sa lente agonie. Les médecins, les infirmières se relaient à son chevet, pour assister le départ imminent de ce noble représentant de la haute société toscane. Carla n’affiche pour l’instant aucune peine véritable. Elle savait en l’épousant qu’il l’aimait pour sa beauté, mais surtout pour sa flatteuse présence auprès de lui. Une sincère amitié les liait depuis longtemps, mais à présent Carla aspire à plus de liberté. Alors.. !
Le comte a capoté dans la semaine. Monseigneur le Cardinal Tricampana a confessé le vieux kroumir repentant. Il repose en grandes pompes cirées, sous un catafalque orné de rameaux d’olivier, les bras en croix, le crucifix sur le ventre, flanqué de la grande médaille de l’ordre du Saint Sépulcre, car dans sa lignée, le premier du nom De Montefrolo, participa au moyen âge à la croisade des Rabat-joie et conquit aux cotés de Richard Cœur de Lion, en 1911, la ville de Saint Jean d’Acres. Exploit inoubliable, vous pensez bien ! Dans le grand salon des merveilles, à la veillée funèbre, la noblesse toscane s’est donné rendez-vous. Sous le baldaquin de deuil, surmonté des armoiries du défunt comte, chacun selon sa peine, à écrit un mot d’adieux à ce curieux personnage d’un autre temps. Sur le grand livre noir s’inscrivent des noms prestigieux, des titres ronflants. Carla assure, très touchée par toutes ces manifestations d’amitié et de respect. Mais les conversations s’animent, dérapent et l’on oublie un peu le motif de la visite.
Le majordome, en tenue de grand deuil plus sinistre que le croque mort embaumeur de la reine Nefertiti annonce : Il signore comte « Menefrego di Cambro ».
Drôle de visiteur d’un soir ! Barbe en broussaille grise, un regard noir humide d’hypnotiseur et un nasone sont les signes, disent les italiens, d’une débordante virilité. Il déambule sa longue silhouette vers la comtesse, s’incline, baise la main délicate, en profite et bisouille la menotte hésitante de Rita. Les présentations faites, le sinistre personnage, va rendre hommage au défunt, s’incline, marmonne une prière en égyptien, dépose un insigne cabalistique en or massif, sur la large poitrine du comte et se recueille longuement.
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Sans le moindre signe de croix, sans dire un mot de plus, il se retourne, passe près de Mélodia, lui propose une rencontre pour vendredi soir, dix huit heures, au Temple du Sentier Crépusculaire. Monseigneur Menefrego, suivi de ses deux gardes du corps, en robes de bure, descend majestueusement l’escalier de marbre et s’engouffre dans une Maserati vert de gris, à calendre d’or et vitres fumées. Il démarre en bombe conduisant lui même comme un jeune fou.
Par la Via del Capitano le cortège funèbre débouche enfin sur la Piazza del Duomo, puis pénètre par les trois portails grands ouverts, dessinés vous le savez bien par le renommé Giovanni Pisano. Sur le pavement parqueté et gravé en cinquante six carrés de marbre, s’entasse tout ce beau monde, collet monté, jacasseur, gesticulatoire, mais fringué avec le plus précieux raffinement. Ne l’oubliez pas, nous sommes en Italie. La cérémonie sera longue.
L’entrevue du lendemain débute dans un vestibule du temple de Sienne où les visiteurs sont obligatoirement dénudés, subissent l’inquisition malsaine d’une caméra articulée, tournante, investigatrice, violeuse d’intimité. Une voix d’outre-tombe, nous invite à revêtir une cape en crêpe de chine, légère, d’un bleu azur, percée de petits trous coquins et traînant jusqu’au sol. Une vierge folle nous guide en pleine messe crépusculaire, vers une salle voûtée, ornée d’un ciel peinturluré, où des diables cornus titillent, perturbent, pourlèchent des femmes offertes, dans des postures osées, et inimaginables même en Thaïlande. Tous les convives jeunes et beaux comme des dieux, s’aiment sans retenue. Vous voudriez peut être participer à des orgies aussi délirantes, mais votre religion vous l’interdit. Rita et moi pris d’une folle envie nous ne pouvons évidemment échapper à l’envoûtement. La pilule à croquer nous a été offerte dès l’arrivée, et nous sombrons tous deux dans le tourbillon voluptueux des étreintes passionnées. Puis tout s’apaise. Un chant liturgique accompagne le recueillement soudain des adeptes, qui regardant vers le ciel, s’immobilisent les bras tendus, psalmodiant des paroles sans signification.
- Dis-moi, où sont les Saints patrons de cette mascarade ?
- Regarde au balcon, là-haut.
- Les bras tendus, c’est vers ces vieux bonzes rabougris, qui regardent, jouissent de ce qu’ils voient, sans pouvoir y prendre part.
- Leur grand âge les rattrape. Ils ne peuvent plus désormais et ils se contentent de regarder passer la vie.
- Ite missa est !
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La cérémonie prend fin. Nous sommes reçus dans un salon somptueux, où Monseigneur Menefrego occupe un grand fauteuil en forme de trône à baldaquin. Ses dignitaires d’âge canonique l’entourent assis plus bas sur des tabourets, l’œil triste, le corps voûté, immobiles et sans voix semblables à des momies lyophilisées par le temps. Mélodia, impressionnée ne peut s’empêcher d’ouvrir son moulin à parole. Elle improvise d’abondance lorsqu’elle a peur.
- Monseigneur, Mélodius notre compagnon nous a quitté sans raison.
- Ma chère Mélodia, nous vous remercions d’avoir repris le flambeau. Votre prédécesseur a par le suicide, rejoint le paradis des bienheureux, à la droite de notre Seigneur tout puissant Yamaha.
- Grand ordonnateur, j’abandonne donc mon âme et celle de mon compagnon Doumé Nico, à la volonté supérieure de notre dieux unique et omnipotent.
- Puisque notre grand âge nous condamne à l’immobilisme, nous avons pris la décision de rajeunir la direction de la secte. En conséquence vos projets d’avenir seront examinés avec bienveillance.
Ma Rita m’étonnera encore. Elle se lance alors dans un exposé brillant où tout en vrac, elle démontre la nécessité d’une expansion vers l’Afrique, où le terrain favorable de l’animisme et de la licence sexuelle pourra assurer le succès de cette nouvelle aventure missionnaire.
- Le regretté comte Montefrolo fut des nôtres pendant de longues années, à l’insu de son épouse Carla, belle sans doute mais dotée d’un tempérament de tourterelle amoureuse. L’amitié qu’il vous témoignait, nous assure de votre dévouement à la cause sacrée de notre organisation.
- Saint Père votre confiance nous honore.
- Vous partirez donc en Côte d’Ivoire pour créer en Abidjan un temple crépusculaire, remettre en circulation les armes, la poudre de jouvence. Vous révèlerez par la parole la réalité des forces sataniques qui gouvernent le monde et que les africains connaissent mal, et craignent à leur façon.
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Chapitre VI
L’airbus d’Air Afrique, au bout de six heures pénibles, au moment où les passagers se massent les genoux rendus douloureux par l’immobilité, survole Bingerville et la banlieue d’Abidjan. Le commandant … et patati et patata … vous souhaite ….. température extérieure trente trois degrés ……hygrométrie quatre vingt dix pour cent … Bienvenue au Club Méditerranée d’Assini, bienvenue au pays de l’éléphant gris pachyderme et de la cabane bambou. Un chant joyeux d’Aicha Koné, à la voix chaude et tendre vous lave la fatigue du voyage, et vous invite à la vie africaine. Le monstre roule enfin sur la piste brûlante, la porte bascule et la passerelle vous tend les bras. Le nez dehors vous vous sentez enveloppé d’une bouffée chaude et humide, qui pénètre votre peau, imbibe tout votre corps, vous dilate l’âme et l’inconscient. Vous devenez en un éclair africain et pantin envoûté d’une contrée étrange, qui vous pousse à la sieste le jour et à vivre intensément la nuit.
Imaginez bande de mâles en peine, Rita marchant devant moi, balançant son baluchon, et son petit cul d’amour. La chaleur ambiante vous dilate le caleçon, mais là ce charmant mini spectacle amplifie la chose. J’ai mis, je crois les pieds, dans un pays bandant propice aux débordements amoureux, aux excès libidinesques, aux danses nuptiales lubriques et répétées. Les messes crépusculaires vont prendre allure d’enfer, et la poudre de jouvence va révolutionner le Kama Soutra africain. C’est parti mon kiki !
- Patrrron ! Hôtel Ivoire ? Hôtel du golf ? Tu parles, je roule pour toi, tu veux, je roule aussi, tu payes je roule encore plus vite.
- Hôtel Ivoire, mon ami.
- Je suis Mamadou, chauffeur gratuit de taxi payant. Voilà mon numéro portable. Si tu veux visiter, tu sonnes.
- Merci Mamadou, roule.
- Ton femme est belle comme un tournesol, avec couleur cheveux albinos et petit cul vivant, tu es chanceux comme le Calao qui vole.
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Le taxi est climatisé. Rita refroidit à vue d’œil, je rétrécis dans l’intime, et un chat mistigri s’installe dans ma gorge. Je toussote comme un tubard en fin de galère. Mamadou coupe le froid, et ouvre les vitres de son iceberg à roulettes. Ouf ! Je commence à apprécier la chaleur étouffante. On s’y habitue assez vite.
- Tu vois patron, j’ai fait installer la clim-taxi pour toubabou, homme blanchâtre, à sang froid comme caïman.
Le taxi vert bouteille s’immobilise à l’entrée coté parking, du somptueux Hôtel Ivoire, vitrine touristique du pays des éléphants paisibles. A ce propos, Mamadou m’a expliqué pendant le trajet, que ces bestioles débonnaires et noctambules traversaient les routes en ignorant majestueusement les taxis. Ils ont alors droit à tous les noms d’oiseaux et de serpents, sortis du lexique coloré de mon nouvel ami. Je paye et Rita agrémente ses remerciements, d’un pourboire princier.
- Merci, patrrron. Ton femme là, c’est du gâteau de miel, du vin sucré, de l’ananas confit, de la banane foutou fondante. Ciao ! Patrrron.
Formalités à la réception. Prise en charge, ascenseur, onzième étage, chambre spacieuse, vue balcon, lits à quatre places, bidet auto gicleur, baignoire à gargouillis tournants, et remous jakousi. Enfin le top ! Le dernier cri d’y a trente ans pour l’émerveillement rétrospectif du touriste toubabou. Nous voilà en Abidjan, ville débordante, active, peuplée jusqu’ à l’indigestion sociale, riche en son cœur, pauvre à pleurer dans sa banlieue, grouillante d’africains, de libanais et de gaulois abrutis par la chaleur et l’alcool, ville ouverte au monde, à l’argent sale, aux aventuriers de tout bord et aux gourous de tout poil.
Nous voilà seuls, dans une colonie perdue par la France, qui aurait, paraît-il apporté quelques bribes de civilisation, avec notre langue, des percepteurs, des gendarmes et des curés. Mais ici, les croyances poussent comme l’herbe folle, les religions font bon ménage et se consomment à la sauce animiste pimentée. Chaque village a ses rites, sa légende, ses génies bien ou malfaisants, ses morts dans des champs de fèves réservés, avec do not disturb à l’entrée car ils sont susceptibles.
Polo à Paris a bien travaillé. Il a obtenu une palabre éclair avec le ministre de l’intérieur, qui lui a donné le feu vert. La D.G.S.E. est dans le coup et a décidé l’élimination discrète de l’équipe de Sienne. Je suis le chef d’orchestre de l’opération, et me voilà agent secret, titulaire recruté sous serment avec rang de commandant, attaché d’ambassade, et détaché de tout scrupule, agissant sans état d’âme au service de la France éternelle. La fibre patriotique, petit à petit a renforcé ma musculature déjà avantageuse, admirée de tous et à toute heure par Rita. Voilà que je bande désormais pour Marianne en chantant la Marseillaise. Me voici donc prêt à défendre les vraies valeurs de la république une et indivisible. Avanti !
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Je dois vous dire que j’appréhende. Pour me remettre du voyage, et oublier mes tracas, nous descendons dans le vaste hall-salon, restaurants, boutiques, cinémas de l’hôtel. J’offre à ma copine un magnifique oursin des sables en or baoulé massif. Je ne vous dis pas ! J’ai eu droit au baiser le plus long de ma carrière. Une élégante déesse noire en pagne multicolore, près de nous n’a pu s’empêcher d’applaudir en criant yaou ! Elle s’appelle Fatoumata Magdo, elle est sombre et belle comme l’ébène et l’Afrique. Nous l’invitons à boire un coup, au salon accueil. L’orchestre joue la samba des secousses. Puis un chanteur de black-jazz enchaîne, en imitant Iglésias, avec accent, air et paroles, qu’il adresse ostensiblement à Fatou et Rita, qui ne se privent pas de rire haut et fort, telles des pintades en chaleur. Je viens de repérer près de la librairie, dans la galerie marchande, le colonel Vasistas, officier français d’origine polonaise, qui jette un œil dans le Corriere della Sera. Une petite annonce doit nous renseigner régulièrement sur les agissements de la secte de Sienne.
C’est aussi notre signe de reconnaissance. Homme blond à moustaches, avec journal italien sous le bras, et chemise fantaisie à fines rayures jaunes. Par le plus grand des aléas il vient s’asseoir près de nous. Je l’invite à notre table en lui donnant le mot de passe ; Je dois lui dire : « l’Afrique ne fait pas le bonheur ». Il me répond : « j’en suis personnellement persuadé ». Le voilà qui louche vers Fatoumata, qui lui envoie un clin d’œil agrippeur dont elle a le secret. Un sourire dents blanches, étincelant et des yeux de biche amoureuse, lui donnent le coup de grâce. Il se présente : Lionnel Vasistas, négocient import-export, Vasi pour les amis. Fatou subjuguée, vasouille et lui demande si Johnny Halliday est son frère jumeau. Vasi vasouille aussi et ne sait quoi répondre. Nous grimpons tous les quatre sur les toits, au restaurant Le four d’argent. Inutile de vous dire que notre entrée dans la salle ne passe pas inaperçue. Dans ce pays de rêve on ne regarde pas l’homme ou la femme seule. On s’extasie sur les couples, les assortiments à deux, à trois, à quatre. Alors les yeux des autres deviennent brillants, les bouches restent ouvertes, les cartes de menus glissent des mains, on repose les verres, on n’applaudit pas mais en se retenant. Vasi est aux petits soins pour Fatou qui minaude, ça promet ! Je ne saurais vous donner le détail du menu oublié, envolé, mais les rires de Rita et Fatou ont pimenté le repas. Retour au cinoche, pour le dernier film en vogue arrivé de Paris, Le sentier solitaire, romantique à pleurer, arditique, anconinesque jusqu’à l’écœurement. Nous quittons la salle, après le triste dénouement. Fatou pleurniche, et Vasi en profite pour la consoler C’est parti mon zizi ! Sans l’avoir vraiment voulu nous nous retrouvons les quatre dans la chambre au grand lit, buvant une vodka millésimée, dans laquelle Rita a versé un soupçon de poudre brésilienne. Oh ! la, la ! Quelle passion, Vasi se déchaîne. Il provoque chez sa compagne une tornade subtropicale endiablée, avec écartements, croupe offerte, miches gonflettes, verrouillages intimes, éclaboussements répétés, rires étouffés, bitounes dressées comme triques de CRS, bouche à bouche trou, étreintes bestiales, et sonorisation syncopée. Enfin suivent les soupirs d’apaisement, pour mieux reprendre son souffle. Moi je pratique l’amour délicat, le baiser spasmodique, le titillement virtuose, les délices orientaux. Rita adore les poses lascives, les caresses du dimanche, presque l’amour bourgeois, mais alors elle frémit, s’abandonne, se fait des chairs de poule électriques, s’inonde dans le sentimental, parle avec les anges, et chante la complainte des suppliciés à l’éblouissement final, le tout entremêlé de rires, de reprises fulgurantes et passionnées. A ce petit jeu, je fonds comme chocolat au soleil. Dans quel état serai-je au petit matin ? Vasi s’est éclipsé pendant la nuit. Je me retrouve au petit déjeuner, assis dans ce grand lit, flanqué d’une blanche rousse, et d’une noire d’ébène. Je suis sans conteste le visage pale du récit, dévitaminé, atteint d’anémie pernicieuse, baillant sur canapé, en proie au doute ritaphysique. En clair je déprime. Il va falloir doper le cheval fatigué.
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- Dites, mes petites chéries, vous aimez faire ça souvent à perdre halène avec des étalons super.
- Ca y est, tu te prends encore pour Casanova.
- Vous n’avez jamais goûté l’amour volcan, à l’africaine ? Je peux vous initier. - Eh ! Doucement Fatou, tu empiètes.
- Excuse-moi, je n’ai rien dit.
Elles s’embrassent et éclatent de rire. Le rire en Afrique remplace les longues phrases, les finasseries de chez nous, pour ne rien dire. Il fuse comme l’eau de source, clair, pur, joyeux, et transpirant la joie de vivre, malgré la pauvreté de la vie sous les tropiques. Non seulement ce pays m’a séduit, mais encore, mais aussi, mais surtout je m’y sens comme si j’y étais né.
L’après midi nous réserve un lot de surprises. Nous avons rendez vous à l’ambassade de France avec un chef, celui d’un cabinet sans doute. Il fait de grands gestes, en parlant comme si son porte plume, était une balayette. C’est le genre de mec, qui, rentré chez lui, doit tricoter la layette à bébé et se faire violer par une bobonne insatisfaite, qui en outre lui fait les plus jolies cornes du zoo toubabou. Il pense ce monsieur important, qu’il serait indispensable d’agir avec beaucoup de circonspection, de doigté, de magnanime mansuétude et ouvre son parapluie malgré la saison sèche, ignore tout de notre mission, mais palabre brillamment sur le rôle moralisateur de la présence française en Afrique. Nous le quittons subjugués. L’après midi s’achève enfin au ministère du commerce extérieur, à la direction des douanes ivoiriennes, qui a des problèmes avec les trafics d’armes, de drogue, et manque d’hommes expérimentés ou de moyens. Nous leur promettons une aide efficace. Surprise ! Au détour d’un couloir, Fatou, habillée en parisienne, nous cueille au passage et nous pousse dans un bureau somptueux, habité par un chétif fonctionnaire bossu, tricocéphale et crépu, à l’aspect sombre, vous pensez bien, mais si sombre qu’on le confondrait sans peine avec le trou du cul d’un zèbre. Chargé des affaires générales, il est le personnage mystère du gouvernement. Il contrôle tout, conseiller occulte du président, il tient les cordons des caisses noires, intrigue, assure les liaisons dangereuses, vérifie les faits et gestes de chacun. Dans les bureaux, dans les couloirs, il est l’oreille attentive, l’œil perspicace, le cadenas des conversations secrètes.
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Présentations faites, il nous souhaite bonne chasse et pour rester en contact, nous confie Fatou qui doit lui faire un rapport journalier, de nos folles équipées. Il met en outre à notre disposition, un ancien parking souterrain désaffecté, fermé depuis belle lurette et situé en plein centre d’Abidjan. C’est le lieu idéal, la trappe qui avalera l’un après l’autre les grands maîtres du Sentier Crépusculaire et leurs comparses trafiquants.
Ce matin nous reprenons contact avec Vasi ; Il doit nous attendre à la terrasse du Calao, au quartier du Plateau. Sur la place, une foule grouillante de touristes, circule parmi les étalages. Les petits vendeurs, vous proposent, des masques africains, sculptés dans du fromager, des amulettes, des grigris porte bonheur, des tissages de Korogo, des colliers de perles, et toutes sortes de contrefaçons, Cartier, Dior, Hermès, des cassettes pirates et j’en passe. Ridicule si tu ne marchandes pas, tu dois te plier à la coutume, qui veut que le prix d’un objet soit à la mesure de la considération que l’on te porte. L’enchère monte si tu parles une autre langue que le français, elle culmine si tu as l’accent américain. Le jeu consiste à faire baisser le prix annoncé, par longues palabres, hésitations, faux départs, réévaluations successives, pour enfin partir avec un objet sans valeur que tu ne manqueras pas d’oublier sur le siège de ton taxi.
- En pleine forme, Vasi ? Si tu veux visiter notre sous-sol, c’est tout près d’ici.
- Ca c’est ton rayon. Tu m’appelles pour les coups de mains, les exécutions, les explosifs, le repas des crocodiles et les transmissions codées à Paris.
- Les crocodiles ? Schcoun adda, Vasistas ?
- Tu verras ça plus tard au QG.
- Mélodia, va donc reprendre du service. Il va falloir recruter dans la folle société abidjanaise.
- Cet après-midi, je vous emmène au Club du Soleil au bord de la lagune à Bassam.
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Vers deux heures, sous un soleil de plomb, ou à l’ombre des paillotes, nous débarquons au fameux club, où un tas de tapés du string et de la mini-culotte ficelle, se pavanent tout nu, fanas de la bronzette intime, amateurs probables d’expériences extraconjugales ou homosexuelles, culs au vent, foufounettes en deuil, et saucissons flétris. L’acte au club est strictement interdit, et toute infraction si minime soit-elle, mérite l’exclusion. Tous les quatre nous passons aux vestiaires, puis au secrétariat, pour les inscriptions et les cotisations. Une note est attribuée, par un jury voyeur. Ne peuvent être admis que les beaux mecs et les filles canons. Dix huit sur vingt pour notre groupe à l’unanimité. Nous nous infiltrons dans les conversations, avec la ferme intention, d’annoncer la création prochaine, d’une boite de nuit nouvelle, un peu mystérieuse, en plein centre de la capitale. Le renseignement court vite, avec la promesse d’inviter le club entier à l’inauguration du Sentier Lagunaire.
Nous n’avons qu’à suivre Vasi, qui a mis un quatre roues motrices Freebander à notre disposition. C’est un véhicule bidon, de pédé, qui a la prétention de passer partout et qui se plante trop facilement dans le sable ou dans la boue. Arrivés au QGde la DGSE une porte automatique blindée s’ouvre devant nos véhicules et se referme silencieusement. Une énorme villa coloniale, occupe le centre d’un parc limité par une haute enceinte bétonnée et par la lagune au sud. Au ponton, deux embarcations ultra-rapides, un peu cachées par un magnifique flamboyant en fleur, restent prêtes à démarrer pour les interventions improvisées. Je ne crois pas qu’il faille se réjouir de l’absence d’un jardinier. Les ibiscus, les orgueils de Chine, les queues de rat, les joncs de Malaisie, les haies de roucouliers font triste mine et les mangues trop mures s’écrasent sur le sol et pourrissent au soleil. Ne vous avisez pas de poser votre cul dans les herbes folles. Toutes sortes d’insectes, vous cafarderont la vie. Charmante campagne où l’homme fatigué ne peut que rester debout.
Dans les sous-sols, un centre de transmission ultra perfectionné, digne de la CIA reste à l’écoute permanente, habité par deux lieutenants en costume cravate, casqués comme des cosmonautes d’opérette, sélecteurs de canaux satellites, tourneboulant des boutons gradués, et grands manipulateurs de claviers, de souris et d’écrans. Se présentent alors Henri Ette et Jean Seniste. Les deux pédalent au service de la patrie reconnaissante. Ils sont déjà pacsés bien avant le vote de la loi socialiste, et s’entendent comme larrons en foire. Leur union ferait désordre dans une caserne de soldats militaires et l’état major les a détachés aux transmissions secrètes de la DGSE. Attention pas de méprise ! Ils sont très performants, n’en doutez pas. De plein pied, un immense salon, avec bar, recoins fauteuils et banquettes cocons, offre une vue sur la lagune, miroir solaire parsemé de nénuphars géants à la dérive et sillonné par quelques pirogues à moteur. A l’étage des chambres d’amour pour pacs et union libres, abriteront à l’occasion nos siestes et nos nuits agitées. Rita et Fatou s’extasient car si Vasi a négligé le jardin, il n’a pas lésiné sur le décor nuptial. Ah ! Sacré polonais.
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Dans notre parking souterrain, bien que les travaux aient été confiés à une entreprise sérieuse les choses traînent en longueur. Les jours passent en visites touristiques, en trempettes piscine à l’hôtel du Golf, en repas au buffet à gogo, ou en nuits dansantes à la cabane bambou dans la petite localité d’Aboisso. . Pour y accéder un pont de lianes enjambe la rivière de la Bia. Il faut être sourd pour ne pas apprécier l’enchantement de l’orchestre local capable de faire danser avec grâce des rhumatisants ou des uni gambes à béquilles. Tous les piliers de cet appatame géant furent sculptés façon totem, par des artistes sénégalais. Le tout recouvert d’un immense chapeau de paille, mérite un franc coup de casquette.
- Ah ! Les africains, vous êtes de fameux artistes.
- Le véritable art, c’est l’amour. Maintenant tu sais Vasi, que la femme africaine mérite toutes les caresses du monde.
- Je n’ai pourtant pas remarqué un empressement exagéré de la part de vos machos. Ils disent souvent que vous abusez de vos charmes pour leur soutirer le peu d’argent gagné à la sueur du soleil ivoirien.
- Mauvaise habitude ! Peu doués pour les ébats amoureux, par paresse, ils compensent en faisant des petits cadeaux minables, ce qui est une forme de mépris de la femme : je paye, donc j’y ai droit et tu te tais connasse.
- Eh bien ! Quelle mentalité ! Il va falloir imaginer des messes initiatiques érotico-lagunaires dans le nouveau sanctuaire, pour chambouler ces comportements grossièrement campagnards.
- Mes petites cocottes, heureusement que nous sommes là pour vous dorloter.
Bien qu’oubliant Paris et sa vie trépidante, je pense de temps en temps à ma Jacotte lointaine qui doit se manger le foie, en jalousant toutes les nanas qui jouent à saute-mouton avec moi. Peut être malheureuse ou simplement recasée, elle a travaillé dans le bon sens. En faisant le gué à la porte, de ses vieux, elle a repéré Vannia, revenue chez elle, camouflée en bonniche, travaillant de huit heures à midi, chez les deux ancêtres Pini, ses parents. Un carton anonyme dans sa boite à plis, lui suggère Abidjan, comme lieu de pèlerinage. Signé : un ancien adepte du Sentier, qui vous indique le chemin de votre vengeance. Un télégramme de Jaja nous donne l’heure, la date et le numéro de vol, de la guêpe buteuse qui est tombée dans le piège. Elle en veut toujours aux mexicains et n’a pas renoncé, à son implacable vendetta. Quoiqu’apaisée en apparence, Rita sort ses griffes dès qu’on parle de cette folle. Elle non plus n’a pas oublié. A l’aéroport, pourvu qu’on puisse la repérer. Pour peu qu’elle débarque incognito nous risquons une attaque par surprise plus tard. Les douaniers dans la connivence, feront tout pour la retarder suffisamment et lui proposeront enfin le taxi de Mamadou pour rejoindre la ville. La souricière en place sans qu’elle s’en aperçoive, devrait fonctionner. En outre Jaja nous a envoyé la photo de Vannia. Le DC10 d’Air Afrique approche et s’immobilise enfin. Il nous faut redoubler de vigilance. Une heure plus tard, la voilà dans le taxi de Mamadou après avoir poireauté dans les bureaux de la douane pour rien.
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- Hôtel Ivoire, c’est comme le paradis, le chameau boit, le lion mange, le singe dort ! Patrrone tu vas trouver ici, toubabou amoureux, ou peut être juif libanais, africain très riche. Tu choisis.
- Roulez Mamadou, et regardez la route.
- Tu veux voir la lagune, passer par Bassam banlieue coloniale pour acheter le grigri de bienvenue qui donne mille chances. Je t’emmène, s’il vous plait ?
- Soit ! De la chance, je vais en avoir besoin.
Mamadou sûr d’avoir embourbé sa cliente dans un flot de balivernes ininterrompu, se présente soudain à la porte blindée du QG de la DGSE qui s’ouvre immédiatement et se referme sans bruit derrière son taxi. Mission terminée !
Vasi prêt à tout, sans explication enferme Vania la folle, dans une chambre au sous sol, verrouillée par une barre de fer à cadenas électronique. Dans son bagage, une fiole contient le poison mortifère, celui qui a déjà tué, maintes fois. Le levier qui sert à tirer la valise à roulettes est en fait une sarbacane de Bornéo, ultra perfectionnée, en acier inox, avec un mini réservoir de CO2, capable d’atteindre sa cible à dix mètres.
En fin de soirée, alors qu’un soleil rond et cuisant s’enfonce doucement dans les eaux dormantes à l’horizon, Vasi nous propose la visite du château aux crocodiles. A deux cents mètres de la villa, une haute enceinte enferme dans sa muraille bétonnée un morceau de lagune, habité par trois crocodiles affamés qui patrouillent lentement le nez en l’air, guettant leur repas quotidien, agneau ou chèvre, tombant en fin de journée du chemin de ronde. Personne ne connaît cet endroit secret. Ces gentilles bestioles font le ménage à leur façon. Tout individu indésirable dans le pays peut remplacer avantageusement la chèvre ou le mouton du soir. La raison d’état suffit à justifier le trop injuste destin, l’indigeste festin.
- Je ne sais pas ce que tu veux faire de cette fille, Doumé ?
- Je l’écarte de nos projets, car elle était capable de tout faire foirer en s’attaquant une fois de plus aux Grands Maîtres de Sienne.
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- Elle mérite quand même la tôle.
- Nous l’arrêterons officiellement plus tard, quand se terminera notre mission.
- Bien, demain ne comptez pas sur moi, je m’absenterai jusqu’à la nuit. Je vous confie la baraque. Fatou ne doit rien savoir de ce qui se passe ici. Bouche cousue ! Ciao !
Après une journée entière où j’ai laissé Rita seule au QG, je la retrouve complètement déboussolée, recroquevillée dans un coin sombre du salon. Elle a pissé sur la moquette et pleure des niagaras de larmes. Je me précipite pour la consoler, mais elle sent le pipi de vieux, et je ne sais par quel bout la prendre.
- J’ai tué, Vania, la cracheuse de venin. Lulu est vengé ! C’est affreux, je suis maudite. Je l’ai poussée vivante dans l’enfer. Les crocodiles l’ont mangée sans pain. Elle a fait plouf dans les eaux gluantes et ses cris me déchirent encore les tympans.
Le pire c’est que c’est vrai et je constate avec effroi la disparition de Vannia..
- Ma petite chatte, arrête de divaguer. Tu as encore abusé de cette drogue de misère et chaque fois tu changes les doses.
- Non Doumé, les crocos effrayés par ses gémissements, ont hésité un instant. Bien avant leur repas, Vania a pigé le pourquoi de sa mort. Je lui ai tout dit. Lulu peut dormir en paix. Je suis fatiguée, mais fatiguée !
Ce jour là je l’avais transportée dans la salle de bain d’abord, puis dans son lit. Ma pauvre Rita était dans un état lamentable, semi comateux car elle avait réellement tuée Vannia
Huit jours après elle se battait encore contre des crocodiles fantômes, qui rôdaillaient autour de son lit, en fumant d’énormes cigares, dressés sur leur queue écailleuse et vociférant des complaintes africaines. Elle ne parlait que pendant ses étranges visions, et je pus ainsi recueillir quelques bribes de ses affreux délires. Deux mois ont passé, et nous récupérons petit à petit une Rita désorientée, moins gaie qu’autrefois, un peu coincée coté culotte, et souvent absente de nos conversations.
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2 eme PARTIE.
Chapitre VII
La disco-boite nocturne, sanctuaire du plaisir partagé et des joies terrestres, ouvrira ses portes pour l’inauguration, le vendredi 13 à minuit sonné. Pour son baptême nous avons choisi l’enseigne Cocodyscothèque. Ca va chauffer dur, fumer, boire et bisouiller très fort dès le premier soir. Le club du soleil au grand complet doit participer au lancement de notre bateau ivre.
Minuit approche. Nous sommes le 13 du mois. Tant de couples, se pressent devant la porte du paradis, ornée comme à Florence de dix panneaux carrés, retraçant la genèse de l’univers, la création par le sempiternel Yomaha, du monde africain, habité par une Eve noire resplendissante de beauté accompagnée d’un Adam olympique tout en muscles, toisonné et nu tel un satyre de forêt hantée. La dernière scène représente la déchéance de l’homme et de la femme serpent, contraints de quitter le paradis promis, mais confisqué à jamais. Reste aux terriens la recherche de l’éden perdu. Nous sommes là pour les aider. Et la déesse Sassandra, recréera l’ambiance primitive des jardins oubliés.
Minuit, la porte mystérieuse s’ouvre enfin et dévoile un long couloir, sombre, profond, plongeant, silencieux, étroit boyau menant peut être en enfer. Les invités hésitent. C’est alors qu’une voix mélodieuse, dominant un chœur de vierges folles, enfle, s’étale, vibriphone enfin, envoûtante et invitant soudain tous les visiteurs d’un soir à pénétrer dans le sanctuaire illuminé. Décor des mille et une nuits ! Féerie africaine ! D’un Calao géant sculpté dans un tronc d’arbre s’érige un sexe démesuré, confondu par le haut avec son bec. Le pesant volatile, ici symbole de fécondité domine une dalle de marbre vert, supportée par quatre éléphants blancs. Pour le moment personne ne pense qu’il s’agisse d’un lieu de culte, d’un autel ou d’une table de sacrifice. A la rigueur ce pourrait être la somptueuse console d’un buffet à gogo gargantuesque. En effet, des lolitas à peine nubiles surgissent des cuisines, porteuses de grands plateaux garnis de mille boissons offertes dans des coupes profondes en cristal de Palerme. Ma belle Rita, un peu dérangée du citron, a du préparer un mélange de poudre fornicatoire, à forte valeur ajoutée, capable d’endiabler toute l’assistance. Elle sera déguisée en déesse Sassandra et apparaîtra opportunément pour guider tout ce beau monde vers les vestiaires attenants. L’autel lui servira de tribune et de garde fou, car depuis sa dépression je redoute sa rechute dans l’incompréhensible. La sangria coule à flot ; le spectacle commence. Notre déesse se montre enfin, dénudée, sa chevelure rousse lui chatouillant les fesses.
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- Que chacun à sa guise montre ses appendices, la couleur de sa peau, et nudifie son corps, les vestiaires vous attendent. Revenez vous asseoir, parmi nous, alanguis, amoureux, nus sans honte, prêt à porter sur l’autre un regard passionné et gourmand. Que l’orgie chasse qui mal y pense !
Au bon moment choisi, elle redescend de son perchoir ; Les projecteurs l’imbibent d’une clarté céleste, elle s’avance majestueuse, éthérée, aérienne et vient se coller contre le sexe monumental du Calao sacré. Elle s’y frotte. Son petit cul galbé, s’agite doucement. J’arrive à temps pour éviter qu’un dégourdi profite d’un peu trop près de la gâterie offerte. Je l’embroche sans tarder et à partir de cet instant, c’est gagné ! L’orgie se perd rapidement dans l’excès, la démesure, le foutricotage métissé. Les couples dominos se forment et se défont. On rampe, on pratique ouvertement le collé-debout, le tête à queue, les écartes à jouer, la balancelle à ressort, la foutriquette à barbiche. Enfin tout quoi ! Dans un coin plus sombre, un nonagénaire méticuleux se tripote le zizouniec et se le trempe dans une coupe de sangria dopée. L’effet étonne l’assistance car le vieux crabe exhibe un génital de compétition qu’il a enfin l’audace de présenter à tous. On applaudit l’exploit. Plus loin les échappés de le cage aux folles, à quatre pattes s’encastrent les uns aux autres pour former le cercle parfait, réminiscence du folklore grec. Bien qu’un harmonieux halètement s’amplifie, jaillisse, s’éteigne, reparte comme le chant des cigales en été, un lancinant rythme techno s’élève périodiquement pour couvrir les cris orgasmiques des femelles en rut. Wagner à coté, c’est de la musiquette à trois sous. De cette nuit, de ce loft story impromptu, de cette messe noctambulaire, il en restera un souvenir confus. Après un temps d’apaisement une distribution de strings marque la fin de la zezetterie collective. Alors un spectacle s’annonce.
Une boisson onirique nous est offerte par notre déesse Sassandra. Sans qu’aucun signe ne soit donné, le breuvage distribué et bu provoque l’hilarité générale, déclenche une imparable cascade de rires tonitruants. Je suis le seul au regard triste et pendant un court instant, je fais l’objet d’une moquerie dégoûtante où tous les noms d’oiseaux grotesques me sont jetés à la figure. J’implore ma déesse adorée, figée debout dans une grande coquille St Jacques, qui rappelle la naissance de Vénus, œuvre célèbre que vous connaissez bien. Et sans même faire attention à ma prière, elle se lance dans une parabole sans fin. Les sonos vibrent à l’unisson !
- Je suis votre déesse Sassandra, descendue un jour de deuil sur la terre en déluge. J’ai connu Noé ivre comme son arche. Abraham puis Jésus furent mes compagnons de route. Malhonet le conquérant m’offrit un vendredi soir, à l’heure de la prière un livre sacré tout neuf, qui brûla plus tard dans la bibliothèque d’Amirouchie. Je ne saurais vous dire d’où je viens, où je vais puisque l’éternité m’accompagne.
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« Oh ! Adorateurs de la divinité lagunaire, inclinez vous devant moi, votre maîtresse pure de pensée mais débordante d’amour. Je vous invite pendant cette semaine sainte à venir vous inscrire, comme adeptes du Temple crépusculaire. Mes promesses de félicité vous remettront dans le droit chemin de la joie, le sentier du bonheur, la grande randonnée érotique. . Oh ! Compagnons de la secte, nous recréerons ensemble une Afrique nouvelle, un immense champ de manioc, symbole de prospérité. Le serpent minute, le fulgurant mamba noir que vous redoutez tant, sera écrasé sous le large pied de l’éléphant noctambule. Les génies malfaisants quitteront vos village et, dans le champ des morts, vos ancêtres apaisés prendront le frais, le soir, vautrés sur les pierres de leurs tombes sacrées ».
Silence ! Clochettes ! Alléluia ! Alléluia !
« N’êtes-vous point, au club du soleil les fervents adorateurs de Râ, dieu égyptien, cousin par alliance du divin Yomaha. Dans notre confrérie dont je suis la patronne et qui déploie ses ailes sur le reste du monde, personne ici ne pense qu’on puisse renoncer à la poursuite du bonheur partagé. Je vous ai invités, je vous ai envoûtés, car tous je vous aime. Oui je vous aime ».
Au bout d’une bonne heure d’un discours insensé, les invités après avoir bu une dernière rasade de sangria dopée, s’endorment, enlacés, sur des nattes molles. Ils se réveilleront au petit matin, ensorcelés, heureux et avides de revivre en groupe la messe séléno-lagunaire célébrée par leur déesse adorée.
Quant à Rita, la voilà exorcisée, débarrassée de ses démons. Je la retrouve requinquée, demandeuse de bisous, joyeuse comme elle le fut auparavant après notre rencontre parisienne. Aurait-elle enfin oublié ses crocodiles persécuteurs ?
Cette semaine passée, la bibliothèque liturgique a rempli ses rayons. Les coffres forts débordent. A nous les cotisations faramineuses que chacun paie sans l’ombre d’un remord. Parmi nos adeptes, les moussos plus nombreuses que prévu, cachent le diable sous leurs boubous, et les nanas toubabous rêvent d’étreintes spectaculaires avec d’athlétiques africains. Ces libidinesques fantasmes valent de l’or en barres. Les CFA vont faire craquer la chaussette. Les libanais eux payent en dollars en sortant des liasses épaisses des poches de leur falzar. Ils ont les pantalons pleins d’argent, mais ont du mal à se faire accepter, car la commission jury ne peut recruter pour les messes initiatiques que des beaux mecs comme nous. Ceux d’entre eux qui sont trop en rondeur ne peuvent participer mais ont droit à des strapontins voyeurs situés dans les hauteurs, dans des niches discrètes. Mais alors c’est plus cher ! Et puis, ils sont les seuls à laisser leurs mousmés à la maison ; On ne pardonne pas ça. Inadmissible, anachronique ! Chacun ses us et costumes, mais il ne faut pas tomber dans les tristesses de la vie.
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Enfin, présentement la boite engrange du blé nouveau tout frais, tout beau, qui s’empile dans les coffres en inox de la Cocodysecte.
Ceci dit, il ne saurait être question d’oublier le but de notre mission. Un émissaire trilingue sportif, surdopé, comme un coureur cycliste, a quitté Sienne accompagné de la sémillante comtesse Carla enrôlée dans la secte depuis la mort de son illustre époux. Le Carnaval de Rio bât son plein et, noblesse oblige, elle y prendra son pied, tandis que son compagnon rencontrera dans une sordide taverne, les pontes du Cartel de Villaberde. Palabre décisive mais dangereuse car il s’agit de réorganiser, les échanges et de relancer le trafic des armes et du bitumo-lasure, à partir de la Cocoysecte.
Dès le premier soir, nous avions repéré dans les loges voyeuses, un gros poussah branleur, libanais sémite, les yeux injectés de rouille, le teint jaune pisseux, agité pendant la messe rituelle au temps fort de l’élévation, de soubresauts suspects, de grognements cromagnesques agrémentés de grimaces batraciennes, annonciatrices de jouissances sèches et médiocres. Sans doute un habitué de la branlette désespérée. Ce matin il a sollicité une entrevue avec un haut dignitaire de la confrérie et a obtenu une rencontre secrète avec la déesse du temple et ma pomme. Nommé pour la circonstance, grand ordonnateur des âmes, je peux à ce titre assister à la conférence.
Imaginez devant la belle, la bête vautrée, l’œil humide concupiscement exorbité, louchant sur les rondeurs dénudées de ma Rita goguenarde, légèrement méprisante devant ce gros ventre écroulé dans un fauteuil Louis Philippe. Merghazi de nom, prénommé Momo, il laisse alors entendre que les affaires sont les affaires, que tout l’import-export, ici se fait sous son contrôle et que le directeur des douanes ivoiriennes demeure le plus fidèle de ses amis. À notre grand étonnement, le voilà, le retour du roi mage ! Ou, est-ce plutôt la venue du providentiel promoteur, accoucheur de trafics sordides, échangeur d’argent sale, d’armes à feu et à sang, fournisseur de drogues et de prostituées ? Rita enfin tend sa main qu’une lippe baveuse baise sans retenue. Je raccompagne l’ours, lui promets à partir de samedi prochain une loge voyeuse plus confortable et habitée par trois petites négresses en boutons, qui lui feront des frissons d’amour pendant la messe. Mais c’est plus cher ! Tout est en place ! C’est parti, mon Ghazi ! Rita suppute, calcule, et recompte. Vasi n’a jamais vu autant de fric accumulé dans un coffre. Moi je … encore moi ! En réalité je méprise l’argent, l’obole et la pépite. Pour mézigue les seules valeurs qui tiennent sont la morale, la justice, la foi, le sens laïc, la simagrée culturelle. J’adore la musique, la mienne et celle des autres, le cinoche, et le coloriage impressionniste, les picasseries en tout genre et surtout, surtout les spectacles. Pour le théâtre, je vendrais mon âme bénie par Yamaha au premier diablotin cornu, pourvu qu’il me permette d’imaginer des décors, des envolées lyriques, des tragicoteries cornéliennes et pourquoi pas un Cid rénové en mieux, pourfendeur de bons Diègues et de forts sarrasins. … Allez ! La diarrhée verbale me reprend et me fera perdre mes plus fidèles lectrices. Pardon ! Pardon ! Belles dames, juteuses nanas, chérissimes liseuses de mes œuvres impies. Je méaculpe sincèrement. Tout ça pour vous dire que présentement je prépare une transaction qui sera un chef-d’œuvre théâtral digne du grand Chabrol.
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L’arme demandée par le cartel s’achète à Istanbul, dans le quartier du Bazar, au sud de la Corne d’or. Carla toujours accompagnée de son mignon porteur de sansonnette va donc survoler d’un avion à l’autre Rome et Ankara. Pourquoi lui recommander la prudence ? Elle n’écoute personne, et si par mégarde elle tombe sur un attaturc moustachu, on risque la lune de miel. De toute façon, notre Carla se montre plus performante en affaires lorsqu’elle est bien baisée.
Nous l’attendons en Abidjan. Elle nous revient avec un plan de livraison génial, une description de l’arme nouvelle, mais n’est pas sûre de la nationalité des vendeurs. Russes probablement.
Parlons-en de cette arme miracle. Une vraie faucheuse de vie, à retardement, diabolique, explosive, repasseuse de cadavres, conçue par un ancien savant fou qui a du perdre ses appendices précieux dans l’explosion de son labo. Imagine un long tube à ailettes refroidissantes, branché sur une soute à munitions, vulgaire tuyau cracheur de cinquante volatiles, touchant terre par le haut, freinés aux dernières secondes de leur trajectoire par une moulinette à air comprimé, sifflante en infra-sons. La surprise reste totale, semant la panique, et la fuite en désordre des combattants s’achève dans une cacophonie d’explosions à retardement qui n’épargnent personne car chaque grenaille minuscule porte en elle un poison foudroyant. Son rayon d’action très large assure le succès fatal et l’arme encore inconnue va faire saigner le mercenaire capitaliste. Ce sera une première. Me direz vous, certains pays avancent plus vite dans l’expérimentation meurtrière. Notre siècle restera dans l’histoire de l’humanité, le plus mortifère de tous. Des folies hitlériennes aux goulags communistes, la liste trop longue des brûlures de l’histoire compte en apocalypse quelques bombinettes sur le Japon. Ne parlons pas de Mao, de Pol Pot, et de tous les minables petits tyrans africains ou d’Europe. La France éternelle avec d’autres aurait gagné dit-elle deux guerres mondiales, mais elle a perdu son âme en décolonisant avec perte et fracas. Les affamés du tiers monde piétinent trop nombreux à nos frontières et tirent la langue en humant nos richesses. Des affrontements de toute sorte se préparent. Advienne, que sera !
Chapitre VIII
Serait-ce une plaisanterie ? L’échange se fera en mer, dans le golfe de Guinée, à bord d’un vieux rafiot rouillé, remis en service dans la mer noire, sous pavillon russe, piloté par un capitaine au long cou et barbu . Ne parlons guère trop de l’équipage ; Hommes de paille et de couteaux, tatoués, à balafres, tous maigres ou trapus, sont croyez le, pointeurs de regards sinueux, assassins sur ordre ou par pure fantaisie. Dans quel guêpier allons-nous user nos savates ? Le rendez-vous dont la date n’est pas encore précisée, nous laisse un temps de réflexion. Coté Villaberde, l’envoyé spécial du cartel nous a rencardé sur les derniers détails de la rencontre. Ces messieurs occuperont une plate-forme pétrolière désactivée depuis belle lurette et rouillée comme il se doit après dix ans d’abandon. À nous d’assurer la navette à bord d’un chalutier libanais pour régler le ballet diplomatique entre la Russie maffieuse et l’Amazonie révolutionnaire.
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Vous pensez peut être mes gentils lecteurs, qu’une fois de plus je me suis fourvoyé dans une histoire de fous. Eh, bien ! Tout à fait….. ! A propos on ne doit plus dire oui, ça c’est du vieux français ; Maintenant en relevant le petit doigt on dit tout à fait et pour bien articuler la phrase, on la parsème de en fait et de c’est vrai que bon. Même nos valeureux ministres à la télé usent abondamment de ces savoureuses locutions ? Bon ! Assez de blablas inutiles.
Sur les quais du port turc, dans un décor de conteneurs entreposés, Carla avait usé de ces charmes pour séduire l’officier galonné et barbu, homme du monde et capitaine du vaisseau amarré. Elle lui promit alors une nuitée d’amour mais voulut sur le champ visiter le bateau. Nous devons à Carla, la description détaillée du cargo et de son équipage.
Moyennant une énorme commission en dollars, notre Ghazi, devait organiser un ballet nautique, dans les eaux ivoiriennes, nous garantissant la bénédiction des douanes et la collaboration bienveillante du capitaine, qui on l’apprit plus tard, était son cousin. Celui-ci parlait russe et avait enduré un séjour de plusieurs années dans un goulag sibérien. Enfin libéré, ne sachant où traîner sa vie, il avait refait surface et retrouvé dans son dossier récupéré au KGB, son diplôme de capitaine au long cours. Nommé Tahar Ghazi, alias Taharzief Ghazinov, il reprit son diplôme et son nom et contacta son cousin d’Abidjan. Vous devinez la suite. Vous imaginez, je pense, la soif de vengeance qui anime actuellement les deux comparses. La Russie et sa truandaille vont en prendre plein les gencives. Que les gros puissent agir en finesse n’était pas une évidence pour moi. En me tutoyant Momo me bredouilla un soir :
- J’ai bien l’intention de te laisser organiser tout ce mic-mac.
J’ai compris mais trop tard qu’il mentait sans vergogne et, sur le moment je ne pensais pas qu’il fût plein de malice.
- Tu peux compter sur Vasi et moi. Pour la livraison on s’occupera de tout. Tu peux t’amuser avec tes trois drôlesses dans ta cocodyloge.
- C’est entendu ainsi. Bonne chance !
Le cartel de Villaberde n’a pas encore donné le feu vert. Nous sommes prêts en attente. Des jours se sont écoulés sans histoire. Vasi tourne manège car il n’a pas encore choisi entre Carla et Fatou et se croit obligé de satisfaire les deux candidates. Il sait pourtant que les femmes africaines sont exclusives et capables d’empoisonner un amant récalcitrant mais trompeur.
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- Vasi, tu joues avec le feu. Fatou ne te pardonnera pas, si par hasard elle découvrait ton double visage.
- J’ai échappé à plus d’un traquenard amoureux. Mais tu sais qu’ici le seul danger que l’on connaisse reste le sida. Les sorciers peuvent raccrocher leurs amulettes ou chantonner leurs incantations. Foi de Vasi, je crois que je préfère cette diablesse de Fatou. Elle baise comme une panthère. Carla, elle, s’impose et je n’aime pas ça. Elle prend du vieux.
Mais pendant ce temps là, Momo avait bien mené sa barque. De mèche avec son cousin, il venait de confisquer la cargaison d’armes, à la barbe de tous. Lui seul savait par Tahar la date d’arrivée du cargo. Un soir au crépuscule, le bateau rouillé avait approché la barge pétrolière mais c’était Momo et un groupe de complices armés jusqu’au ventre, qui attendaient sagement le contact à la place des villaberdiens absents. Le chalutier avait avalé en une heure le contenu des caisses et embarqué le capitaine Tahar pris soit disant en otage. La transaction devait se régler sur la plate-forme. Sur le raffiot l’équipage rassemblé dans la salle des commandes, pour mieux suivre en liaison radio le déroulement de l’action, était prêt à intervenir en cas de besoin. Le second resté sur le navire devait éloigner celui-ci à un mille juste au dessus d’une fosse océanique de grande profondeur, dont il ignorait l’existence. Au plus gras de la nuit noire, une série d’explosions télécommandées par le capitaine Momo, brisa menu le cargo et ses troupes. L’épave en une minute gomma sa ligne de flottaison et disparut dans les eaux glauques du golfe. Là, nous ignorions encore la perfidie de Momo, la vengeance de Tahar, l’escamotage de la cargaison et les transactions du libanais pour la refiler aux génocideurs d’Afrique.
- Dis-moi, Vasi il serait temps de passer à l’action.
- Tu as peut être remarqué, mais Momo a des regards en dessous, frôle les murs et au dire des trois petites folasses, il ne parvient plus à bander droit.
- En effet, il ressemble à Ponce Pilate après son baiser à Jésus.
- On devrait le secouer un peu pour apprendre ce qui cloche.
- Le cartel n’a pas donné signe de vie ; Ce n’est pas normal.
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Rien n’est plus sciant, qu’une attente prolongée. Vasi bout, moi je grille cigares sur cigarettes et Fatou n’a rien à rapporter à son patron bossu. C’est ainsi qu’un soir, au moment ou Momo demande la sortie nous le récupérons. Fatigué mais euphorique car le disco-lasure dosé par Rita a fait chanter la messe à l’assistance survoltée, il vocalise d’une voix grave. Il roucoule en blablastrophe l’Ave Maria de Gounod. Fait remarquable, il a oublié son pantalon dans sa loge et il n’est pas exclu qu’il nous fasse dans cet état des confidences détaillées. Nous le traînons au bureau ; Il s’écroule dans le sofa ottoman et en chanson commence à dégoiser. Dans quelques heures seulement il n’aura plus aucun souvenir de cette confession nocturne. Conduit aux caves, il est indispensable qu’il finisse sa nuit à l’abri des indiscrétions. Demain il fera jour, nous aviserons.
Aujourd’hui nous commençons à turlupiner le moral de nos ennemis. Momo conduit en secret au QG, ficelé, hissé en rappel sur le chemin de ronde de la fosse aux crocodiles, implore Allah et son prophète avant le grand plongeon sans élastique. Les crocos lèvent le nez et reniflent en gourmets le plat du jour. Vasi les a nommés Verpaille, Verdeau et Verveine pour la femelle. Les deux mâles délaissent leur compagne et se disputent déjà le menu du festin. Aux premiers râles succède un cri sinistre qui éclate, se prolonge, ricoche sur les eaux calmes de la lagune proche.
- Canaille ! Que Yamaha notre protecteur t’envoie en l’enfer des dépravés.
Auparavant, Fatou en dehors du secret, avait reçu de son chef biscornu, le feu vert pour l’exécution. Son patron nous transmit donc par elle une autorisation codée : le canard doit plonger. La famille Ghazi et le cousin Tahar le confirme accusent la maffia russe d’avoir kidnappé le valeureux Momo. Nous sommes donc hors du coup. Il nous reste à récupérer le stock d’armes confisqué, car avant de nous quitter pour l’au-delà notre condamné à mort a craché le morceau et révélé la cachette. Devinez, bande de nases.
Mettez donc votre imagination en prise directe. Tout à fait…. c’est vrai que,… bon … les caisses de jouets se trouvent à bord du chalutier ancré au plus près du chenal, à la sortie du port D’Abidjan.
Je respire enfin. Je craignais depuis peu que les pratiques illégales ne deviennent pour moi qu’une méchante habitude. Enfin une action positive ! Un trafiquant éliminé, une montagne d’armes récupérée.
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C’est pendant les nuits de nouvelle lune que les esprits malins se manifestent dans les drames africains. Il fait noir. Le chenal nous paraît bien étroit. Je pilote au pif le chalutier fantôme. Heureusement que Vasi à bord de son chris-craft m’ouvre la route vers le large. Après une explosion sourde dans sa soute le chalutier va rejoindre au fond le bateau fantôme de Tahar. De retour nous finirons notre soirée à la cocodysecte. Pour ne pas éveiller les soupçons, un autre négociant juif celui là, aussi replet que notre regretté Ghazi a pris place dans sa cocodyloge et a payé le supplément pour garder les trois minettes colorées.
Rita a découvert à l’usage que la laso-mixture inhibait les épanchements amoureux lorsque ses effets s’estompent. Tous nos adeptes mâles ont la muselière au caleçon, et les femmes la censure de chasteté, en dehors des messes rituelles. La fête nocturne terminée, ils dorment, ne se souviennent alors de rien et reviennent au plus vite réclamer leur potion magique. On ne pourra pas continuer comme cela longtemps. Il va falloir agir. La disparition du bateau russe hante les nuits blanches de Tahar. Il vit la peur au ventre, se cache et se croit la prochaine victime des russo-brésiliens.
Malgré cet echec inexplicable pour eux, un émissaire du cartel et un quarteron de ruscoffs nous contactent de nouveau. Grande frayeur dans la vie de Tahar qui semble avoir été choisi par les cousins pour remplacer Momo à la tête des affaires familiales. Carla toujours olé-olé, perverse, enjôleuse emberlificote son monde. Cette fois l’échange aura lieu dans l’ouest du pays, à Sassandra, où un warf en bois pourri datant de l’époque coloniale permettait le chargement des grumes d’acajou. Tahar lui, encagaille facilement son pantalon tant sa peur est grande. Comme dit la femme du sous-préfet que nous fréquentons « près de lui, ça sent le chier ».
Nous l’embauchons après lui avoir chamboulé le visage pour le rendre méconnaissable. Il est follement laid ainsi, mais pourra nous servir d’interprète auprès des russes. On lui laisse entendre que l’on peut reprendre l’opération à zero ; il est franchement ravi, se sent protégé, et marche à fond avec nous.
Les caisses d’armres débarquées au wharf seront ensuite entreposées dans le village de Poliniega au bord de la mer, dissimulé dans les cocotiers et dirigé par un vieux grigou de chef qui accepte pour une prime de deux cents bouteilles de rhum de cacher les armes russes dans le sanctuaire du génie bienfaisant de la communauté villageoise. Il s’appelle Monsieur Ouardou et est fin conteur de légendes.
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- Tu vois, aux temps anciens, bien avant l’arrivée des blancs, notre calebasse grande comme un bateau en bois, pleine de noix de coco, est venue se casser en trois morceaux sur le rocher que tu vois sur la plage.
- Je suppose que le père de ton père de ton….était déjà le chef et a débarqué tout son monde ici.
- Qui t’a dit ça ?
- On raconte beaucoup de choses dans les livres sur la fabrication des mondes.
- Et bien, moi sans tes livres, je te dis ce qui est vraiment vrai. Nos ancêtres n’étaient pas gaulois puisqu’ils parlaient le portugais. Je suis allé à l’école des français, jusqu’au certificat d’étude. Toutes les noix de coco sorties de la calebasse ont germé sur la plage et nous avons bâti la paillote en briques pour notre génie. Lui n’a pas voulu s’accrocher à une croix, avec des clous, comme votre Jésus. Il préfère la sieste, sur un vieux lit pliant de scout. Le soir je lui porte son repas, déposé sur le seuil. Souvent il le partage la nuit avec un pauvre ou un chien sauvage.
Cette fois ci, nous avons décidé de ne pas intervenir pendant la livraison. Nous sommes invisibles et suivons le bon déroulement de l’échange, d’assez loin. Nos dollars ont été confiés à Monsieur Ouardou qui a engrangé ses deux cent bouteilles de rhum destinées aux festivités du village. Avec ça, il peut voir venir. Les dollars seront remis aux russes qui présentent les armes. Les brésiliens eux, doivent, toujours en notre absence déposer la valise pleine de poudre dont nous cèderons une pincée au vieux chef, pour son usage personnel. A son âge d’ailleurs, sous son apatam royal, construit en bambou chinois sur la plage même, il fait souvent la sieste avec une ribambelle de négrillons, endormis près de lui, qu’il a obtenus de ses nombreuses femmes jeunes et fécondes à souhait. Il est vieux et depuis quelques temps, elles se plaignaient toutes du manque d’assiduité de leur mari.
Enfin les Ché guévaristes brésiliens ont récupèré les armes, sans avoir rencontré la moindre ambrouille, pour les embarquer au wharf le jour suivant.
Et chacun regagne son port d’attache, comblé. Il s’agissait pour nous de créer un climat de confiance qui nous permettra à la prochaine livraison, de procéder à un nettoyage intégral ou d’intervenir par la suite directement à leurs escales en Turquie ou à Villaberde. Tous les participants ont été photographiés à leur insu, pendant la distribution des prix. Et plus tard, là ou ils vivent, les agents de la DGSE et de la CIA les refroidiront sur place. Le Moyen Orient est bien la plaque girouette de tous les trafics du monde.
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Chapitre IX
Vasi, malgré tout, se sent coupable. On a laissé filer une cargaison importante d’armes vers l’Amérique. Il enrage et a remballé Carla qui lui proposait une soirée à l’hôtel du golf. Plus tard dans la soirée, c’est Fatou qui a remis ça. Il est tout autre qu’il ne paraît lorsqu’il hésite. Au piano-bar de l’hôtel, avachis dans des fauteuils qui attendent le client, nous sommes cinq âmes en peine, et le pianiste. Quelle idée, de sortir si tôt ! Seul l’artiste joue et rit ; ses longs doigts courent et tapotent le clavier noir et blanc. Carla, appuyée sur le couvercle rabattu de l’instrument boude car elle a compris que Fatou avait gagné. Et c’est alors qu’un grand, un longiligne gentleman, blond, aux yeux bleus gris acier, charpenté comme une armoire normande, s’encadre dans la porte. Carla reste interdite, oublie la musique, les conventions, les bonnes manières et subjuguée clignote des lumignons vers cette apparition soudaine. Lui, impassible mais vrai, déçu de rencontrer si peu de monde, on le devine va rebrousser chemin. Précipitation!
- Oh! my friend Vasi , en Côte d’Ivoire toi aussi ?
L’accolade est sincère, mais je sens bien qu’il y a entre eux un besoin de se mesurer, de jauger l’autre plus qu’il n’y paraît. Présentation ! Il connaît Fatou. Il s’incline pour Carla, lui baise la main, la retient un moment, et sans qu’elle s’en aperçoive, l’accompagne en plaisantant vers le piano. Tilt ! Carla dégringole une fois de plus ; on suppose tous que notre gentille comtesse va vivre au moins une intense histoire de fesse si ce n’est une histoire d’amour. Rita se réveille.
- Séduisant, le copain, mais je voudrais en savoir un peu plus long sur lui. Vasi accouche.
- Agent de la CIA, opérant en Afrique, attaché à l’ambassade des Etats Unis, en Côte d’Ivoire. Il se nomme Ronald Firestone, comme les pneus.
- Lui, au moins, arrive au bon moment, Un beau mec de ce acabit mérite une place d’honneur sans cotisation dans notre Cocody-secte-saloon.
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- Moi je compte pour du beurre dans tout ça.
- Attention ! Il n’aime pas les français. Toi tu auras du mal à exister pour lui.
- Dis lui que je suis corse ; ça peut changer quelque chose, tu crois ?
- Oh, il le dit souvent, les corses, les siciliens, les maltais, c’est du caca mou de vache tuberculeuse. On va avoir besoin de lui. Ne gâche rien pour une simple blessure d’amour propre. Je plaiderai l’amitié. Tu verras, c’est un type immense, mais il perd les pédales devant une italienne, surtout si elle est comtesse, et surbichonante comme Carla.
L’américain s’est confié à son ami ; Vasi apprend ainsi qu’un ancien du KGB, qui fut pendant la guerre froide, un adversaire impitoyable, se pavane, accompagné d’une dizaine de truands russes, sur un magnifique yacht, qui a fait escale, dans le port d’Abidjan. Il a appareillé avant hier, et fait actuellement escale à Ajaccio. Un agent à Ankara, attend son retour, et devra enquêter pour connaître la provenance de ces armes nouvelles. L’ambassade américaine a eu vent d’un certain trafic, mais elle est loin de flairer notre rôle dans tout ce micmac.
Nous voilà donc, trois couples, parmi les bambocheurs d’un soir, au piano bar du Golf. Les autres sont arrivés, après onze heures. Carla rayonne, et raconte à Ronald son enfance de petite fille pauvre, élevée dans les ruelles étroites et nauséabondes de Naples. Elle ne cache jamais ses origines modestes, mais se tait lorsqu’il lui faudrait raconter aussi la première partie de sa vie de femme. Par contre de son mariage et de sa vie mondaine sous les armoiries des Montefrolo, elle en fait un conte de fée et celui qu’elle nomme déjà Renaldo avec son accent coloré, mangerait en l’écoutant, de la jujube en boite, signée Mac Donald, si elle exigeait cela de lui. Sans le vouloir vraiment, elle a parlé de nous tous, à son chéri du jour, et Renaldo a compris que pour elle, je comptais beaucoup et demeurais son meilleur ami. Depuis, à mon égard son comportement me paraît être plus chaleureux et amical malgré ma tare d’être français. C’est toujours ça de gagné. Vers trois heures du mat, nous regagnons la Cocodysecte, ou une messe en mini-boubou sénégalais transparent a eu lieu et a duré un peu trop longtemps. Les participants déçus de l’absence de leur déesse adorée, ont compensé en exagérant leurs performances sexuelles et sombré dans un sommeil profond.
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- Ce que je vois n’est pas vrai, my god !
On lui explique un peu, pas trop, ce qui se passe ici. Il écoute d’une oreille distraite, puis, ayant bu une coupe qui traînait sur un plateau, le voilà survolté, lubrique, agressif, dépenaillé, emportant dans ses bras vigoureux, une palpitante Carla, qu’il sacrifie sur l’autel, sous l’œil bienveillant du Calao sacré. Quelle empoignade ! Il n’en revient pas, lui, le puritain, le gentleman, se découvre une âme de cromagnon mal dégrossi. Carla est aux anges ; l’amour bestial, elle adore.
Il serait temps d’inviter nos super-gourous de Sienne pour une inspection de la Cocody-Rève. Trois bonzes décharnés, vieux comme du bois sec, fin prêts pour le grand saut, richissimes mais pas heureux, car ils sont en sursis, viendront prochainement occuper les cocodyloges luxueuses, et assisteront aux festivités africaines. Ils mouillaient leurs bavettes, tremblicotaient du genou, lorsque Carla de passage à Sienne leur proposa le voyage. Renaldo put ainsi en l’accompagnant, connaître le bonheur dans la noble couche d’un comte italien. Et lorsqu’elle habite un lit aussi somptueux, je ne vous dis pas ! Avant leur départ, le sanctuaire de Sienne ferma ses portes, provisoirement en l’absence du Signore Menefrego di Nembro. Le petit personnel a été congédié. Ronald resté dans la ville et muni du passe porte électronique, a pour mission de transformer la résidence en poubelle, de vider les coffres, de détruire les archives, de démonter la salle de transmission secrète de l’organisation. Quel massacre ! Avant leur condamnation à tort, car nous ne leur ferons pas de cadeau, ils assisteront à une dernière messe, mortuaire, celle-là, que Rita a mise en scène pour la circonstance. Ils vont ces trois mages de l’apocalypse, assister à leurs propres funérailles. Le grand soir s’annonce. Les adeptes surdopés attendent le coup de clochette et l’ouverture des tabernacles. Des habilleuses en tutu-string, parent, bichonnent les trois vieillards et les accompagnent dans leur cocodyloge individuelle. Il est exclu que la cérémonie débute sans la présence de la déesse Sassandra, grande prêtresse et matrone du sexe, versatilement inspirée par le grand Yomaha rutilant, peint en une icône pornodoxe, sur le ciel étoilé de la nef centrale. Tous, bouche bée et sexe en berne, attendent de leur patronne la boisson qui leur rend chaque soir la joie de vivre, de triquer, de trinquer, de traquer la bébête qui monte sur les ventres épanouis.
- Alléluia ! Par Sassandra, que le miracle s’accomplisse pour nous pauvres branleurs ! L’œuvre de chair, nous le tenons du ciel par Yomaha, n’est plus un péché ; donne-nous notre plein quotidien, oh ! Déesse du soir, nymphe du crépuscule, âme vivante de la nuit.
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Un grand prêtre enrubanné comme une momie orientale, a lancé sa prière, qui reprise en écho par les égaliseurs sonophoniques, se répète, se répercute sur les lambris, les cuivres martelés, les calebasses tam-tam de Korogo, les clochettes, les sonnailles, les moulins chapelets ; tout vibre, s’étale, s’encliquette, dans un assourdissant mixage.
Oh ! La !la ! Croyez-moi. Dans un soudain silence, une barque légère, fend la scène, et glisse vers l’autel illuminé ; en poupe un candélabre mortuaire, torsadé, lugubre, darde huit cierges clignotants ; En proue, comme sur les caravelles des conquistadors, notre délicieuse Sassandra, apparaît en couleur, bronzée par le soleil d’Afrique, parée d’une longue natte rousse et annonciatrice de révélations divines.
- Mes chers protégés, je vous aime ; je vous commande un instant de patience. Nous allons célébrer les obsèques symboliques de trois pêcheurs en eaux troubles que le grand âge a versés dans le repentir sincère. La première faute avouée est l’amour de l’argent, au détriment de l’amour. Le second péché mortel est d’avoir forniqué durant leur existence, sans passion, sans folie, oublieux de la joie, escamoteurs de tendresse, tristounets de la quique et réticents du gros frisson. ......Alléluia ! Alléluia !
- Ces trois cercueils à mes pieds, recueilleront seulement leurs âmes damnées par Yomaha. Ils assisteront impuissants, langues tirées et regards concupiscents, à nos orgies braillardes, et nous leur entrouvrirons seulement un bref instant, l’illusion du paradis terrestre.
On rit très fort. Les trois repentis enchaînés, couverts de lambeaux en guise de linceuls, ahuris, hagards ne savent que penser. L’officient les invite à s’allonger dans les caisses mortuaires. Les coupes, sur de grands plateaux d’ébène, sont enfin servies, aux invités, envoûtés, illico émoustillés, vagabondant soudain par deux, par trois, s’accouplant, s’abouchant sans vergogne. Sur l’autel enfouraillée par un Renaldo surdoué, monté comme un cheval mustang, sa compagne hennit de plaisir, sans se rendre compte, que ses gémissements ont subjugué l’assistance. On rame, on besogne en silence, au rythme lancinant, des soupirs enchantés de Carla. Nous n’avons pas eu besoin, Rita et moi de la potion magique pour nous mettre à l’unisson. La pudeur m’interdit de vous parler de nos paresseuses caresses. Il nous faut garder tête froide pour accomplir notre mission expiatoire. Les ardeurs amoureuses, une heure plus tard s’amenuisent, se calment. Pour la scène suivante, selon un dosage très risqué, les adeptes ne se doutent pas qu’ils viennent de boire la potion démoniaque, le ciboire de la honte, la coupe du repentir. Du fond de la crypte monte une plainte forte, grave, dégoulinante de tristesse. Sans le savoir vraiment, tous chantent un Té-deum en égyptien ou en latin d’église et certains même, on ne sait comment, ont réinventé les chants de l’ancien testament. Pour les trois pénitents, Rita, ma déesse à moi, a préparé un dosage savant qui va, pour leur punition, les faire se vautrer désormais dans une folie douce et balbutiante pour le restant de leurs jours. Auparavant ils ont eu un temps compté pour signer les chèques de transfert de tout leur avoir, sur un compte suisse. Mirobolante aubaine ! Dans leur nouvel état de démence généreuse, ils ont signé d’un commun accord, un don faramineux à toutes les associations africaines s’occupant du sort des lépreux. Dorénavant, leur seul désir est de vivre parmi leurs protégés afin de les servir et de les soigner. Des vrais saints, je vous dis !
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- Rita, ton mélange était génial. Comment as tu mis au point ce breuvage ?
- C’est très simple j’ai expérimenté sur la femelle chimpanzé, de la cabane Bambou.
Elle m’a arraché mon sac, comme d’habitude à la sortie du pont de liane, a bu le petit flacon et m’a fait la plus horrible de ses grimaces.
- Et alors ?
- Et alors, elle a couru me rendre mon sac, m’a offert trois mangues mûres, m’a pris par la main pour aller redresser une tortue en difficulté retournée sur le dos et depuis paraît-il, elle court autour de la piscine, en distribuant des bananes et des cacahouètes à la clientèle.
- Tu vois, la femelle est chieuse. La femme descend du singe, tu piges.
- Et pour l’homme, tu ne sais pas ?
- Oh, je sais, mais à quoi bon en parler vraiment. L’homme descend, c’est sur et à force de dégringoler, il va finir kamikaze et faire s’étioler la planète.
- Tu es bien pessimiste. Pourtant ce matin, Ronald m’a appris que les russes faisaient escale à Ajaccio. Une avarie de moteur ! C’est ton pays, non ! Tu devrais y faire un saut avec Ronald et Carla.
- Ma bonne Rita tu es géniale.
Ce « ma bonne Rita » sent la lassitude d’amour. Se présente pour moi l’occasion de payer des vacances en Corse à ma Jacotte oubliée. Rita n’en saura rien, j’espère. Trois jours plus tard, nous voilà attablés tous les quatre au Bar du Golfe sur le port d’Ajaccio. C’est le mois d’août, le temps des embouteillages, de l’invasion des barbares du grand nord qui commence pour nous à Marseille. Ils viennent visiter les contrées lointaines, exotiques, à portée de tirelire. Voulez-vous que je vous parle du touriste franco-parisien ? Il compte ses petits sous, il sait tout, véhiculant la modernité aux quatre coins de la France et du monde. Ancien civilisateur de colonies sauvages, il se rabat sur l’outre-mer proche et visite la contrée mystérieuse des Korsi naguère adorateurs de menhirs, puis pendant deux mille ans, chrétiens par habitude, actuellement besogneux par nécessité, mais aimant la vie, l’argent facile, les femmes, les moqueries, l’amitié, la bagarre, la chasse au sanglier, et à certaines heures, le pastis. Me direz-vous ! Une caricature, un raccourci ! C’est quand même ce que pensent, on ne sait pourquoi la plupart de nos visiteurs d’été. Passons !
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Pour bien reprendre ma Jacotte dans mes bras, le Casanova qui sommeille en moi, a choisi le plus beau décor de la côte ouest. Au lever du soleil, nous partons en zodiac, de Cargèse, via Scandola, la réserve marine du parc régional. Là, une légende raconte que le site serait l’œuvre du diable, qui un soir de fête, se prenant pour un artiste, aurait tenté de recréer le monde pour faire la pige à Dieu. Il bâtit ainsi, ce que nous appelons le Palazzo, orné d’orgues de rhyolite rougeâtre, ou verdoient des euphorbes arborescentes et des plantes odorantes de toutes sortes. Nous avons choisi pour toucher terre, la petite crique d’Elbo. Un paradis ! Sable doré, personne, tapis d’algues sèches. Un sentier mène plus haut, à une tour génoise, perdue là, dans le maquis, ouverte aux quatre vents. Sur le chemin Jacotte découvre un hameau en ruine, abandonné par les hommes, depuis fort longtemps. Sur de vieux amandiers envahis par les ronces et les ceps de vigne en fruit, Jaja a pu cueillir quelques grappes d’un raisin très sucré. Son premier baiser de la matinée, dégouline du jus de la treille ; vous imaginez la suite. Oui tout à fait ! Ce n’est pas racontable, non, n’insistez pas. De retour au village de Piana, dans la baie d’Arone, René et Jean Baptiste nous accueillent à bras ouverts, dans leur restaurant Le Casabianca. Au menu un Denti en croûte de sel, nous est servi, tout chaud fumant, à une heure avancée de cet après midi de rêve.
Finie, l’amoureuse vadrouille ; nous devons le soir rejoindre nos compagnons à Ajaccio, dans ma maison, juchée sur les hauteurs de la ville. À l’entrée, gravé sur un bloc de granite, on peut lire * Villa Aqualba *, le nom poétique d’une propriété de famille. Une allée de palmiers des Canaries, mène à un perron, assez vaste pour servir de terrasse, ou servir le pastis.
-Jacotte, perche toi sur le tabouret et réfléchis un moment.
-Tu me prends pour un oiseau de l’île, ou un perroquet jacasseur. Oh ! Grand couillon. Tous nous la regardons, inquiets. Elle va parler.
- C’est simple ! Dans cette ville, il n’y a pas de réparateurs de bateaux qui ne soient occupés. En ce moment, c’est la ruée du mois d’août. Il faudrait savoir selon la marque du yacht, de quel moteur en panne il s’agit. Le concessionnaire ne doit pas se cacher. À toi, par tes amis corses, de faire retarder l’envoi des pièces à remplacer. De toute façon à Ajaccio, quatre jours se transforment aisément en quatre semaines. À toi de jouer.
Je me pointe deux jours plus tard, chez Trisbolo, mon copain pied-noir ; son garage pourrait servir de décor pour un film d’Ali Baba et les quarante misères, sans aucune retouche. Il engueule ses deux mécaniciens plongés dans un moteur grillé, dégoulinant d’huile noire et pesant une demi-tonne au moins.
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- C’est quoi ça ?
- Des ruscoffs mal embouchés qui prennent ma clé à molette pour une baguette magique.
- Ca va durer combien, ton intervention chirurgicale ?
- Au mieux, on peut espérer fin août, début septembre ou …
- Arrête, ça me suffit, joue cependant les prolongations, on a un match en finale.
-Tu es toujours dans la poulagaille ? …..Eh ! Je te parle.
- Sers-moi plutôt un pastis.
Il s’aperçoit enfin que Jaja est là.
- Tu ne m’avais pas dit ça. Tu es marida ; tu lui as fait des enfants de pute, eh ! Grand couillon ! Oh ! La cocotte, elle est belle comme une fleur de Fort de l’eau. Tu te rappelles ?
- Jean François, parle-moi d’autre chose ou je vais pleurer.
C’est alors que Jaja sort de ses gonds.
- Monsieur Stribola, si Doumè me baise, c’est seulement pour la frime. Il se prend comme vous tous pour l’étalon du Belvédère et en femelle soumise je m’y prête sans rechigner parce que c’est bon. Mais j’espère que vous vous lavez les mains, avant de besogner bobonne.
Sans trop écouter cette méchante réplique, il me sert un pastis surtassé, puis un autre … Je m’éclipse pour le laisser finir seul la bouteille entamée.
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Patiemment, nous allons épier le bateau russe en panne, amarré à l’amirauté, au flanc d’un superbe cabin-cruiser appartenant à un ami. Sortir en mer est un plaisir, surveiller en catimini nos adversaires en est un autre. Jaja a remarqué, qu’à onze heures du soir, l’équipage au grand complet, se retrouvait en bamboche au Roi de Rome, boite connue et fréquentée par les anciens truands d’une époque révolue. Les filles sont belles et discrètes, et même si elles ne chantent pas en russe, elles parlent bien avec leur cul.
Ronald, l’homme d’action, le poseur de bombes, le faiseur de fricassés, pourrait donner des cours particuliers, aux jeunes de la région qui ont soif d’apprendre. . Il est superflu de vous dire qu’il adore les finasseries qui éliminent l’homme sans le tuer vraiment. Pour cette fois-ci, c’est simple, il pense déposer en leur absence, un kilo d’héroïne pure dans une cachette oubliée du bateau. Nous supposons que la douane turque avertie à temps de leur arrivée, et très montée contre les trafiquants de drogue, les jettera sans ménagement dans des prisons sordides, qu’il ne vaut mieux pas fréquenter, et dont on ne ressort jamais vivant.
Il est temps de mettre fin à nos vacances ajacciennes. Paris pour Jacotte, Nice Abidjan pour nous. Afin de fignoler notre scénario, Ronald a prévenu son correspondant à Ankara, pour la mise en scène finale.
Chapitre X
Les villaberdiens ne perdent rien pour attendre. Ils auront leur dose d’imprévu dans peu de temps. Je vais vous raconter la rocambolesque histoire, le sinistre récit, de notre aventure américaine. Ces pourvoyeurs de mort, nous allons les écorcher vifs, les crucifier sur des bambous acérés, en imitant les indiens les scalper au couteau de cuisine, comme les gus giblos réduire leurs têtes, les piétiner, les défigurer au vitriol ou les sodomiser à la banane plantin. Comme vous pouvez le constater, l’humanisme guide notre action. Le respect de l’homme reste la haute préoccupation du groupe. Je ne vous dis là que ce que nous voudrions faire, mais que nous ne ferons pas. Il faut tuer avec tact, immoler par le feu, avec des allumettes suédoises seulement, torturer avec bonne conscience et quand cela est possible, appeler le curé avant la mise à mort de la bête. La torture depuis belle lurette fait partie des pratiques courantes dans les guéguerres coloniales, subversives et bien françaises. Pourquoi veulent-ils que je demande pardon pour les cruautés des autres ? Je méaculpe seulement pour mes turpitudes, mon déplaisir à donner la mort avec la bénédiction de l’état, et le coup de tampon du Garde des Sceaux. À propos de leur tampon, j’en profite pour leur dire qu’ils peuvent se le caler au cul.
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J’ai craché mon venin, ça va mieux !
Trêve de plaisanterie ! Le long courrier pour Rio, nous avale au départ de Paris International. Trois couples de touristes équipés pour, vont visiter le Brésil profond, se baigner dans les poto-potos à crocodiles, respirer les miasmes des marécages du Rio Branco, s’enfoncer dans la forêt amazonienne, arbalètes à gaz en bandoulière, et munis de fléchettes, au spasmo curare, celui qui tue forcément.
Fatou, originaire d’une ancienne colonie portugaise, chante avec bonheur le fado, et baraguine dans la même langue. Je ne vous cacherai pas, mes jolies, que je suis né une guitare au bout des doigts dans une famille corse de musiciens traditionnels. Un atout maître pour approcher les villaberdiens dont les chefs trafiquants sont portugais et qui malgré leurs richesses rêvent du retour au pays, fortune faite. Quel peuple étonnant ! Durant des siècles, ils ont été à l’origine de tous les trafics possibles, la traite, l’or, la flibuste, les épices, ça c’est le passé ; Actuellement en France, ils se contentent d’être de très habiles maçons, ou des femmes de ménage, mais n’oublient pas d’envoyer leur progéniture à la fac. Ronald, lui détient un atout maître dans son jeu. Bien qu’ayant un vrai brevet de pilote de ligne, il préfère l’aventure et les coucous foireux, qui se posent en catastrophe n’importe où dans une clairière ou une plantation abandonnée.
Pourquoi vous décrire Rio ? C’est connu, archi médiatisé par un millier de reportages ou films renommés que notre télé nous sert et rediffuse à longueur de programmes et d’années. C’est rasoir de repasser toujours dans les mêmes paysages, les mêmes coins de rue, les favelas et les ordures, les gratte-ciel et les jets d’eau, même en couleur. Non ! À Rio, Ronald a négocié la location d’un bimoteur, en tôle, datant de la grande dernière, qui fait plus de bruit en vibrant ses ferrailles qu’une fabrique ancienne de fil de fer barbelé. Il vole encore au super et il vaut mieux ne pas parler entre nous d’une destination. Ronald est aux anges, à la commande de cette chose étrange qui parvient cahin-caha à s’élever malgré sa lourde carcasse, dans l’air limpide d’un soir d’été. Image poétique ! Je ne vous décrirai pas un crépuscule américain riche en couleurs et chargé de nuages tropicaux car j’ai la peur au ventre et mon envie de pisser attendra l’escale. Y a pas de toilettes dans ce vilain coucou !
Nous volons cependant ! Quelques ratés en mécanique musicale nous résonnent dans les oreilles, et à chaque fois, nous évitons de regarder en bas.
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La première escale se passe sans anicroche. L’oiseau de fer se pose, délicatement non sans se plier un peu. Ronald serait un autre Clostermann mais nous ne le savions pas. Là haut nous souhaitions très fort qu’il réussisse la performance car à première vue, la piste d’atterrissage nous paraissait bien serrée, démesurément petite. Seul un drapeau effiloché, au bout d’une perche de bambou archi-sèche, sert de tour de contrôle, de signe de malvenue et d’anémomètre. Bien que les planches de la baraque soient vermoulues, le tout reste debout à condition de ne pas claquer la porte. Nous y passerons la nuit. Ronald et Carla préfèrent l’avion qui pointe son nez au repos. Ils dormiront donc sur plan incliné. Chacun sa pente, dans la vie, dans la nuit, savonnée ou non. Ils pourront faire l’amour dans un espace vectoriel orienté, ça c’est nouveau ! Tête bêche, tête en bas, tête à queue. De toute façon si quelque chose fait perdre la boule, l’inclinaison et la boussole, c’est bien l’amour.
Le lendemain, recroquevillés, imbibés de rosée du matin qui embaume le fenouil écrasé, nous émergeons, cassés en deux, persuadés, c’est sûr, que le climat doit être malsain et qu’il vaut mieux reprendre le ciel. L’altitude ça vous remplit à la fois d’émerveillement, mais ça distille la peur du vide, dit-on incontrôlable. C’est pour cela qu’il faut pisser avant de partir ! De plus il fait froid dans ce tombeau volant malgré lui. Fatou en hôtesse d’Air Afrique, nous distribue généreusement des sandwichs achetés dans un faubourg de Rio. Ils sont au piment vert, un emporte langue qui vous maintient la gueule ouverte pendant dix minutes à chaque bouchée. Nous grattons le piment, et il faudra se contenter du pain. C’est souvent comme ça dans la vie lorsqu’on rame. Vive l’aventure ! Nous n’avons pas besoin de ce piment là sur pain de misère. Notre équipée va tourner manège, bientôt.
Ronald nous invite à attacher nos harnais. Il ricane et crie « cramponnez, on chute ! ». C’est la descente en enfer. Le capot du moteur droit se détache et disparaît, quelques flammèches hésitent, puis s’éteignent. Enfin nous roulons sur la piste de latérite, et notre grande ferraille s’apaise, s’arrêtant devant un taxi rouillé celui qui servit de cercueil au gentil frère de Vannia, la guêpe tueuse. Paix à son âme !
Avant de se poser, Ronald a repéré dans une grande hacienda, à l’est de Villaberde, en pleine nature, deux hélicoptères ventrus, utilisés jadis au Viêt-Nam par les troupes américaines. Afin qu’il soit admis par tous les habitants du village que notre escale était inévitable et imprévue, nous incendions notre coucou rouillé. Du moment que tout a explosé au super, ils penseront qu’il ne nous reste rien de notre équipement de vacances. Vasi et moi nous avons tout planqué au préalable, à cent pas de là dans une souche creuse d’un arbre du voyageur. C’est la consigne idéale. Tandis que nous regardons hébétés, pour la frime, notre airbus en flammes, trois enfants d’abord, quatre jeunes filles ensuite et quelques hommes enfin, se pointent nonchalamment vers nous, exprimant en chœur leur compassion. Poignées de main, congratulations, invitation à comparaître et hospitalité bien latine effacent peu à peu la violence du spectacle.
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On nous pousse dans un chemin caillouteux, bordé de ronces, et de champs de maïs. Destination incertaine ! Et puis enfin nous y voilà. L’établissement ouvre son unique porte qui encadre une mamma grassouillette, les cheveux roussis à l’huile de palme, la face mongole rougeâtre, le sourcil au charbon et une bedonnante ceinture pendouillant jusqu’au genou. Fatou qui connaît les bonnes manières se précipite pour la bise de bienvenue. La vieille, je crois, apprécie le geste affectueux et bien africain de notre précieuse Fatou qui lui dégoise sans façon une émouvante et longue phrase en portugais, qui va droit au cœur de notre hôtesse. Suivent évidemment la bise un peu compassée de Carla qui n’oublie jamais son titre de noblesse, et celle plus nature de Rita. La mamma, lui caresse les cheveux et lui dit tout simplement que le roux est la couleur du soleil au Rio Branco. Voilà les présentations bien engagées. Cependant, elle ignore majestueusement les saluts marmonnés des hommes. Je reste la main tendue dans le vide. La signora Albanès nous invite à entrer dans son cafouche villageois, un peu sombre mais propre à première vue, dans lequel nous saluons avec empressement les quelques hommes attablés, joueurs de cartes et probablement de colts et de couteaux. Pour changer un peu le style des présentations les mains se tendent, et quelques moqueries s’échangent sur le dos évidemment des étrangers de passage, inattendus que nous sommes. On va avoir droit au verre de bienvenue. Sur six chaises bancales, nous posons enfin nos fesses serrées malgré tout. Il va falloir avaler le breuvage, que la mamma va verser généreusement. Les verres levés, à la santé des villageois, qui remercient en vidant le leur, contient une eau de vie, qui tue les microbes les plus virulents, lorsqu’elle ne tue pas l’homme. Nos trois bibiches, ont fièrement avalé la mixture brûlante. Ce que nous n’avions pas soupçonné, c’est qu’elle a été légèrement dopée au bitumo-lasure hilarant. Oh ! Je ne vous dirai pas la suite sans appréhension. Un fou rire général explose dans la salle basse, sous le regard amusé de la vieillasse. Au mur pend une série de guitares, de toutes formes et la plus ventrue a été façonnée dans une carapace de tortue géante. Croyez moi, si vous ne croyez pas en Dieu, cette guitare a un pouvoir mélodique ou se mêlent le murmure des vagues et la caresse du vent de mer. Je décroche l’instrument avec de réelles précautions, et assis sur un tabouret, je leur assaisonne le plus beau morceau de mon répertoire : La Danse triste d’Enrico Granados. L’enchantement paraît immédiat car tout rire cesse et les joueurs se retournent pour écouter. La mixture offerte tout à l’heure a exalté mon inégalable talent et mes doigts courent sur le manche, attirant les regards fascinés des buveurs. Pour ses contrées lointaines on croit, dur comme pépite, que les gens y sont mal dégrossis, incultes, en un mot sauvages, parce que dans leur ruelle un Macdonald n’a pas encore offert ses services et ses plats vitaminés. Celui qui penche sa tête pour mieux entendre une musique reste pour moi l’homme le plus civilisé. La dernière note, les laisse figés dans leur émerveillement, et je comprends alors qu’il leur en faut encore.
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L’instrument a repris sa place sur le mur ; je baille bruyamment pour bien faire comprendre à l’assistance, encore sous le charme, que le sommeil me tire les paupières vers le bas et qu’il faudra vite me montrer le chemin d’un lit douillet. Fatou a déjà demandé trois chambres et la réponse nous intrigue car le guitare-bar qui nous abrite n’a pas d’étage. C’est oui sans aucun doute. Mamita, fièrement agite une clé démesurée, qui me paraît tout à coup le passe partout du paradis. De l’autre coté de la grand rue, un bâtiment neuf prend des allures de Negresco miniature, et je sens que je vais roupiller plié en deux, ignorant la délicate présence de ma Rita chérie qui en veut toujours malgré les fatigues du voyage. Si vous n’avez pas connu le vrai repos du guerrier aguerri, du héros fatigué, vous mourrez idiot sans savoir qu’un bon somme efface les noirceurs de la vie. Sans savoir non plus que le rêve n’est qu’une supercherie, une pâle flammèche de la réalité, une escorniflade du malin, un emberlificotement du palpable, une sibylline perversion de la pensée. Ciao, je dors. Mille excuses mes louloutes !
Se sentir réveiller par qui on aime, ça aussi ça transpire le bonheur. Les lendemains qui chantent, n’existent pas qu’à l’est. Ma coucounette me couvre de baisers brûlants, appuyés gloutons, m’inonde de frissons, de mille frottis- frottons et je sens que la bebête qui monte va encore faire des siennes. Là je pose la plume ! Je n’aime pas raconter l’intime. Mais vous le savez peut être j’ai un faible plutôt pour la cavalcade et les farandoles orgiaques.
En bas dans l’antre de la mamouche, une bouillie fumante de semoule nous est servie dans un bol de grand calibre, accompagné d’un pignon de maïs rôti au feu de bois vert. De quoi faire gonfler pendant trois jours pleins, la panse avantageuse d’un allemand baffreur. Ronald, plutôt habitué le matin à avaler un brique-fast, a je crois découvert le petit déjeuné de ses rêves. Il en redemande, et la mamma ne se sentant plus de joie, va lui chercher un fromage.
N’oublions pas que Vasi est d’origine polonaise. Bien que marqué au fer bleu blanc rouge par la culture gallo romaine, l’homme de l’est qu’il est un peu resté, a commencé cette belle journée par un bon verre de cette eau de vie incendiaire que la Sénora Alicia s’est empressé de lui verser. Il mange comme il fait l’amour, en cavalier mongol, ceci pour vous dire qu’il vient de se farcir en quelques coups de dent les grains mais aussi le bois tendre du trognon de maïs. Fatou n’en revient pas et n’a pas fini de s’étonner.
Mamita, depuis hier soir, charmée par mes grattouillis musicaux, me dorlote un peu et jugeant mon maigre appétit pour le maïs, m’apporte un impressionnant bol de lait chaud. Comment remercier une si touchante attention ? Elle regarde le mur. J’ai compris ! Je décroche l’instrument et je lui sers tout chaud, Granada d’Isaac Albéniz. Dans la salle exigu mais vide, ce morceau que vous connaissez bien libère les âmes en peine, résonne sous la voûte et chaque fois que je le joue pour les amis, j’y rajoute un chouïa de passion. Bref si ça continue ainsi je vais finir par me croire en vacances.
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Ronald, n’a pas perdu le nord. La musique latino ne le branche pas et il donne toujours l’impression d’être ailleurs même lorsque tout le monde autour de lui s’éclate. Dans sa caboche américaine, fonctionne en silence une boussole perfectionnée qui, si je ne me trompe, a déjà repéré quelque chose d’important dans les environs immédiats.
Il médite, affalé dans une chaise longue bancale, les deux mains derrière la nuque. Que peut-il bien échafauder, ce grand agent tellement secret qu’il reste une véritable énigme pour nous tous, au bout de quelques semaines de vie commune ?
- Ne te repose pas trop fort, c’est fatigant !
Ce yankee de mes deux, n’apprécie nullement mon humour de sudiste. J’étais loin de penser qu’il cracherait son chewing-gum, en signe de mépris. Vous me direz peut être qu’il existe de multiples formes de ruses chez les Sioux, de la moquerie chez les napolitains, de la tchatche ironique chez les pieds noirs, de l’humour noir en Afrique et pour conclure celui des anglais, qui vous fait rire enfin quelques minutes après. De tous les américains que j’ai côtoyés, il restera le plus merdique, le plus tordu des irlandais d’outre océan. Il s’adresse enfin à son collègue Vasi, pour lui dire qu’un petit barrage hydroélectrique situé juste au dessus de la grande hacienda repérée en vol, pourrait nous servir en attendant de piscine. En s’adressant à la Senora Alicia, Fatou lui demande si la baignade y est permise.
- Mes amis, allez donc vous tremper ; Ici l’eau est trop froide pour les crocodiles et les enfants du village lorsqu’ils ne sont pas à l’école, s’y baignent constamment.
De peur de lui voir avaler sa boule de gomme, je ne lui adresse plus la parole pendant quatre jours; il aura ainsi tout le loisir de réfléchir, d’observer la grosse maison de nos ennemis probables, d’échafauder des plans d’attaque, pendant que nous batifolons dans les eaux argileuses du barrage. Malgré l’eau froide, Fatou plutôt habituée aux baignades en lagune, se rapproche des petits diables sortis de l’école qui plongent nus en criant dans des tourbillons d’éclaboussures. Peut être que les souvenirs de son enfance dans le petit village africain de ses grands parents, resurgissent et l’attirent vers ses enfants turbulents mais si sympathiques. Ils l’ont tout de suite intégrée dans leurs jeux, et je crois qu’elle est en train de les apprivoiser en portugais. Tandis que son Vasi, l’observe, intrigué mais admiratif, car elle semble encore plus belle et gracieuse, jouant parmi ses joyeux gamins. Tout se calme de ce coté, et étendus sur le gazon frais de la berge, ils entament une longue conversation entrecoupée de rires fous, de gestes insensés, de grimaces simiesques, et de bisous affectueux.
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Tandis que notre sympathique dame Alicia, se décarcasse pour nous confectionner un repas typique, fortement pimenté, et arrosé d’un vin de palme, qui fermente en bulles dans des carafes de grès noir, Fatou nous apprend, un sourire fin au coin des lèvres, que les petits ont parlé sans y avoir été incités, de l’hacienda voisine et de ses occupants. Ils manifestent une grande admiration pour leurs bienfaiteurs.
- Tu es sûre de ne pas avoir réveillé leur méfiance ?
- Non, j’en suis certaine. En réalité, ils sont surtout très intrigués par le fait qu’un de ces messieurs soit aussi noiraud que ma pomme. Ils m’ont quand même appris que des réunions importantes se tenaient assez fréquemment en ces lieux, et tout ce qui les intéresse ce sont les rutilantes voitures qui passent alors au village et stationnent devant le caboulot d’Alicia. Nous sommes, vraiment contents des talents de Fatou et de notre journée. Nous savons maintenant que nos voisins sont bourrés de fric et qu’ils font partie d’un groupe actif et organisé.
Chez Alicia, ce soir c’est la fête. De peur que je ne puisse jouer pour ses invités, elle me verse un peu moins à boire, a bien pimenté mon assiette afin de colorer ma voix de montagnard enroué, et me sert à table comme elle servirait son mari. Parmi sa clientèle, cinq robustes gaillards accompagnés de leurs putes métisses, dégustent une faramineuse paella garnie d’écrevisses, de fesses de singe en charpies, d’un méli-mélo de crabes d’eau douce et de saucisses au sang de porc sauvage. Leur appétit fait peur, et le vin croupi de dame Alicia, semble à première vue les rendre heureux.
Moi, je panique franchement, car ils ont oublié de se présenter, ou de nous adresser un petit signe de politesse. Cependant, Fatou a récolté quelques regards sournois, mais admiratifs. Afin de ne pas éveiller les soupçons, nous jouons au mieux les rescapés en vacance, et nous parlons entre nous de notre départ prochain en espérant que l’un d’entre eux comprenne quelques mots de français.
Mais tout à coup, Fatou interpellée par notre hôtesse, lui répond si gentiment en portugais, que nos cinq voisins intrigués, mais ravis nous saluent, poliment, et lèvent leurs verres en même temps que nous. La glace est rompue. Craignez vous qu’ils ne se tiennent comme des gentlemen. Ces gens là en surprise sont des aventuriers raffinés, porteurs de calibres inoffensifs, de vrais humanistes de la gâchette, des pourvoyeurs de paradis artificiels, des magiciens qui font cuire dans leurs marmites le fameux bitumo-lasure, ce délicieux élixir qui fit bander si fort les adeptes de la Cocodysecte, de la rue Coustou et du studio Montparnasse, mais qui tue à l’occasion.
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Nous avons préféré un plat de gros beignets dégoulinants d’huile rouge, servis avec des cervelles de mouton cuites dans des coupelles de fer martelé, et bourrées de poivrons d’Espelette. C’est si bon que nous avons demande à notre hôtesse un deuxième service. Vasi, mange, dévore, bave de plaisir et boit comme un polonais qu’il est resté, ce vin dégoûtant que nous buvons aussi pour ne pas vexer. Les félicitations ont touché notre hôtesse qui minaude et nous promet un dessert original, qui est tout simplement une salade de fruits, mais là je suis incapable de vous dire leurs noms. Cueillis dans la nature, le matin même, certains ressemblent à l’arbouse, ou au corossol, d’autres ont la peau des mangues et un goût de poire cuite, les plus curieux ressemblent à des cucurbites de nos jardins. Qui, parmi vous oserait parier que ces fruits sont vendus à la Samaritaine ? Pendant que les filles dégustent, Alicia n’y tenant plus, commence à loucher sur les guitares pendues au mur de la taverne. J’ai enregistré le message, et je ne me fais nullement prier lorsqu’il s’agit de musique ou de danse. A l’étonnement de tous Fatou demande à Alicia la permission de changer de robe, dans la cuisine derrière les fourneaux. La demande est singulière et les convives de la table voisine ont posé en attendant leur cuiller. Que va-t-il se passer ? Notre artiste, ressort des coulisses, endimanchée dans une robe castillane, rouge et noire, dentelée de blanc, lui cachant les chevilles, et laissant juste voir ses petits pieds de danseuse, dans des souliers à talon haut. La guitare m’ensorcelle chaque fois les mains et mes doigts sans que j’y sois pour quelque chose, sautillent, tripotent, pincent et gratouillent gaiement les cordes de l’instrument. Le flamenco, ça peut réveiller un espagnol moribond ; l’un d’entre eux qui est né à Séville, se lève, tend le jarret, et accompagne Fatou. Tous deux, ils nous font un numéro de volte face hispano-mauresque digne de l’Alhambra et ça n’en finit plus et ça dure encore jusqu'à l’épuisement. Dans la salle basse voûtée, il commence à faire chaud et les cigares que fument ces messieurs ne sont pas des fusettes. Si je changeais de registre !
Dona Alicia, pleure à chaudes larmes. Je devine que Fatou va la consoler car elle a sans le savoir fait resurgir les souvenirs de jeunesse de notre trop sensible hôtesse. La robe prêtée est celle de sa fille qui a quitté le village depuis si longtemps et n’a plus donné signe de vie. En attendant que le chant remplace la danse, je joue la sérénade du pendu, façon Alirio Diaz, avec des grognements de gorge, des grattages endiablés de corde, et en finale la mimique du trépassé. Les putasses de ses messieurs rient comme des pintades et en fin de l’envoi, j’ai droit a une ovation générale et même au sourire d’Alicia qui a oublié sa peine. Et pendant ce temps là, Fatou a pu changer de look et nous revient en sandales de vacance. Lorsque nos deux regards se croisent, point n’est besoin d’annoncer le titre de la chanson, car je l’ai surprise un jour en train de la fredonner. Pendant deux heures pleines, Fatou, de sa voix chaude et envoûtante va nous servir sans une seule fausse note le répertoire complet d’Amalia Rodriguez . Le Fado portugais, ce chant nostalgique, qui évoque la vie, la mort, l’espoir et l’amour, va nous faire oublier ce que nous sommes vraiment, va arrêter la marche du temps. Puis, comme si la musique était le langage universel, nous voici invités à la table des cinq conquistadors, qui se révèlent de vrais copains de cabaret, de charmants compagnons bavards dont l’un baragouine un peu de français.
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Tard dans la nuit, alors que nous nous quittons tous un peu éméchés, le plus rieur des cinq, celui qui parle français, comme sa cousine espagnole, nous invite à l’hacienda, vendredi soir avec guitares et falbalas. On ne pouvait mieux espérer. L’américain qui n’a pas apprécié du tout notre musique plutôt latino et qui a l’air de s’emmerder seul dans son coin, délaisse même la pauvre Carla qui commence à loucher vers le plus sexy des machos. Elle cataleptise plein pot, lorsqu’un mec tatoué se pointe dans son rétroviseur. Depuis la perte irréparable de son noble mari, elle s’éclate l’intime avec le premier venu, pourvu qu’il la baise en la faisant rire. Il faut dire que Ronald n’est pas un marrant et je sens que leur idylle touche à sa fin. Il ne faudrait quand même pas que tout foire à cause de sa tronche d’anglo-saxon. Y a des gars de son style qui éveillent de suite les soupçons, car son air conquérant, sa dégaine de redresseur de tort, sa suffisance tranquille et sa mastication permanente révèlent sans bavure son appartenance au nord. Carla serait bien inspirée, entre deux soupirs, de faire savoir qu’il n’est que notre pilote et que nous le traînons comme un boulet. Inutile de vous dire qu’elle a fait quelques pas avec le tatoué, hier soir, à la sortie du spectacle, et Rita se triture le cabochon pour comprendre le comportement de notre comtesse. A vendredi !
- Vasistas, que penses-tu de tout cela.
Il n’est pas de ceux qui s’angoissent trois jours à l’avance.
- Nous improviserons vendredi ; Pour le moment je suis en vacance ; il y avait bien longtemps que la chose ne m’était pas arrivée.
Avec Fatou, ils forment un couple sympa, joyeux, attentionné et insouciant. Je crois aussi qu’avec ma Rita ça carbure au miel.
Il suffit maintenant de patienter jusqu’à vendredi soir. Ronald à échafaudé une attaque surprise, à l’arrivée, un truc pas possible, un massacre de commando à l’arme blanche parce qu’il veut en découdre avec le tatoué qui tourne autour de Carla. Il n’en est pas question. Veto ! L’américain commence à me chauffer les fouilles. Ces puritains de merde, ne savent pas grand chose sur les femmes et ils seront toujours à coté de leurs pompes lorsqu’il s’agit de les garder, ou de s’en défaire. En attendant Carla soupire.
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Le jour fixé, sur le chemin de l’hacienda illuminée, Rita, Carla, Fatou marchent devant nous. Apprécions le spectacle, car les cailloux aidant, trois petits culs avancent, balancent, et puis s’en vont ! Seul derrière, Ronald le texan, fait la tronche car nous n’avons pas accepté son plan d’action héroïque et les filles préfèrent prolonger les vacances. Et puis Carla a son hidalgo en tête et elle ne lâchera pas le morceau même s’il doit mourir entre ses bras. Oh ! La garce ! Comment faire, la question se pose pour éliminer ces chacals sans toucher un seul cheveu des cinq pétasses qui les accompagnent. Invoquons le tout puissant Yomaha ! Pas de réponse, vous pensez bien. Le soir tombe, la nuit s’étoile lorsque le portail s’ouvre devant nous. Pas de fouille, pas de caméra mais nous ne disons rien qui puisse nous trahir parce que des micros sur le parcours ont du être installés à notre intention. Par contre pour donner le change, Carla affirme haut et fort qu’elle préfère retarder notre départ et l’envisage seulement pour la fin du mois. Elle se plait tellement à Villaberde. Enfin, sous un immense pacanier couvert de chatons, nos hôtes souriants et quelque peu décontractés, nous accueillent. Surprenant ! Tout le monde s’embrasse, comme si nous étions des amis d’enfance.
Au bord de la piscine, sont offertes sur une table, des fleurs, des boissons de toute sorte et dans ce décor les puputes de ses messieurs s’affairent en strings, les fesses constellées de petites gouttes brillantes, les cheveux filasses car elles viennent de faire trempette. Nos cocotes n’ont pas de maillot. Nous avons perdu nos fringues pendant notre atterrissage forcé. Carla, la première sans y être invitée, suivie bientôt par toutes les autres, jette sur les relax son petit linge et plonge nue. Un petit cri car l’eau est froide ! Tony le tatoué a sauté lui aussi. Il se rapproche de Carla qui ne dit pas non. Elle se laisse embrasser. L’américain s’est éloigné et louche vers les hélicoptères en attente sur une aire de gazon anglais. Oh, l’enfoiré ! Sa malsaine curiosité risque tout bonnement d’éveiller les soupçons. Incapable d’être jaloux, mais vexé, il allonge une tronche pas passible et fait la gueule triste au milieu d’un tourbillon de rires et d’éclaboussures. Il faut voir comment Fatou a charmé son auditoire l’autre soir. Ils s’empressent autour d’elle et la conversation en portugais évidemment se poursuit jusqu’à l’heure du repas. Tony et Carla se sont éloignés et ont disparu soudain derrière les hélicos ventrus. Rita et moi, simplement les pieds effleurant l’eau, nous discutaillons assis au bord de la piscine. Bien que la nuit tombe vite au pied de ces montagnes, on peut encore distinguer le petit village et l’hôtel tous feux éteints. Quand ils reçoivent des comparses ou comme ce soir des étrangers, nos hôtes font appel aux talents culinaires d’Alicia, qui chantonne en nous portant les plats. Ce qui m’étonne le plus, et quoiqu’en pense l’américain, ses savoureuses ratatouilles légèrement pimentées, garnies de viandes interdites dans les fast-food désinfectés des villes du nord, sont dignes du Grand Vefour. Lorsqu’on lui demande les secrets de ses recettes et surtout de dire quel animal en a fait les frais, elle se ferme comme une huître et n’avouerait pas même sous la torture. La limace pygmée, le filet mignon du ahua, peut être aussi la langue d’agouti confite ou la crête du faisan des marais entrent mystérieusement dans ses casseroles, approvisionnées par le taré du village, ivrogne, cueilleur chasseur traditionnel et dont le savoir faire remonte au néolithique. Il y a autre chose à dire et c’est inattendu, les vins viennent d’Espagne et le Champagne est frais. A la cuisine, quelques pincées de musco-lasure en mini-doses administrées par des mains expertes, réchauffent l’atmosphère de fête.
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Sur le chemin du retour Carla déplore que le tatoué lui ait fait l’amour comme un criquet malade. Versera-t-elle une larme lorsqu’elle apprendra comment nous comptons nous débarrasser de ces cinq malfaisants malfrats ? Ceci dit, elle nous décrit en détail le tableau de bord de l’hélicoptère et bien qu’elle n’y connaisse rien, ses remarques intéressent au plus haut point Vasistas qui lui, a fait voler ces engins au dessus de la brousse bosniaque.
- Pendant que ce grand maladroit me baisait en négatif, j’ai pu lorgner en toute impunité les jauges d’huile et de carburant.
- Précise-moi la position des aiguilles.
- Mon cher Vasi, Tony était bien calé contre mes fesses, les aiguilles pointaient à droite et moi j’étais pliée en deux, le nez sur les cadrans. Voilà le topo. Voudrais-tu d’autres détails ?
Fatou elle aussi est pliée en deux, prise d’un fou rire elle n’en finit plus de se secouer les miches qu’elle a généreuses.
Trêve de plaisanteries, nous tenons là le moyen de passer à l’action. Sans que personne ne nous repère, nous attendrons la nuit noire de la nouvelle lune pour placer des charges explosives télécommandées. L’hélico qu’ils empruntent d’habitude est le plus ventru des deux. Ils partent tous chargés de petits sacs conditionnés pour leur largage programmé dans trois villages voisins d’une route à grande circulation. Voilà comment pulvériser ces vaillants canaillous. Un grand boum dans le ciel loin de Villaberde, au dessus d’une brousse épaisse, éparpillera tout ce beau monde aux quatre vents.
Des jours paisibles s’étirent en grasses matinées, suivies de baignades et de siestes agitées. Pour ne pas décevoir Alicia qui nous aime bien, nous finissons nos soirées dans son caffouche villageois souvent visité par le tatoué qui en pince sec pour Carla. On ne peut pas dire que ce soit la grande passion pour ces deux là mais je suis ravi de voir l’américain mastiquer furieusement son caoutchouc sucré. Je redoute qu’il fasse foirer notre mission, tant il carbure au fulminate. Je l’ai même entendu parler tout seul, jurer, et cracher avec mépris lorsque Tony arrive à l’auberge. Ce n’est pas le moment de flancher et de tout gâcher pour une banale histoire de fesses. Pour montrer hypocritement que nous le tenons en haute estime, c’est lui qui sera chargé de placer les explosifs. De toute façon si, par hasard, il se laisse repérer par les latinos, il est bien capable de les poinçonner l’un après l’autre, en commençant d’abord par son rival Tony. Aurait-il du sang indien dans les veines ?
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Le jour de l’exécution, juchés sur la colline nous pouvons voir très loin s’éloigner le cercueil volant. Dans la plaine, à l’affût, Vasi est chargé de démarrer le second engin et de nous prendre au passage non sans avoir confisqué une bonne provision de musco-lasure dans la remise du grand jardin. Ronald n’y pouvant résister a jugé opportun d’appuyer sur le bouton. Un déluge de feu suivi d’un éparpillement de ferrailles, vient d’illuminer l’horizon au dessus d’un gouffre profond et touffu. Personne ne pourra raconter cette fin tragique à part votre auteur préféré avec son talent habituel. Carla, épouvantée par le calme anglo-saxon de son ex le regarde avec mépris, se demandant comment elle a pu se faire trousser par ce grand énergumène cruel, insensible, dégoûtant, cet animal à sang froid, capable de tuer avec un rictus aux lèvres. Quittons pour ailleurs ce trou perdu, avec quand même le souvenir d’une charmante maman Alicia, qui va peut être pester parce que nous ne lui avons pas fait un adieu convenable.
Troisième partieChapitre XI
Réunis au Crillon, dans l’un des salons luxueux de l’hôtel, nous avons peine à nous quitter après cette équipée en terre sauvage. Rendez-vous est pris dans un petit restaurant des halles où nous dégusterons un pot-au-feu aux choux, accompagné d’un Château-Figeac 97, St Emilion racé et d’une grande distinction. L’américain est déjà parti, renfrogné, réservant une franche accolade seulement à Vasy qu’il connaît de longue date. Il n’est pas concevable que Carla joue le rôle de la veuve esseulée. Son gyrophare est déjà en service et il ne lui reste pas beaucoup de temps pour se débusquer un partenaire de choix. La voilà demandeuse au bar d’un whisky poivré tout près d’un monsieur bien, fringué comme un prince, entre deux âges et de loin j’ai compris qu’elle ne restera pas seule ce soir. Lequel des deux va enfin avancer le premier pas, le mot charmeur, la phrase qui déride, qui permettra tout le reste. Au bout d’un court instant elle nous présente Emilio di Cocavero, petit Baron italien bien de sa personne, bel homme, écrivain primé dans son pays, mais beau parleur en Français. Avec un accent qui n’appartient qu’à lui, il se perd en politesse et accepte d’avance l’idée d’un dîner à la « Fortune du pot ».
Il est tard et nous sommes attablés dans une petite salle à l’étage, où les clients sont moins nombreux. Il est question d’une cuisine exotique et nous nous excusons auprès d’Emilio, car il est difficile de comparer ce pot-au-feu fumant à la tambouille de tanti Alicia. Voyant nos hésitations, il hasarde une pensée d’auteur.
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- Que dirais-je pour vous sortir d’embarras ? Lorsqu’on parle d’une région du monde, que l’on vient de quitter, on oublie peu à peu presque tout, sauf la bouffe et les amours.
- Vasy, toi tu regrettes les plats d’Alicia ou les tendresses de Fatou ?
- Tu me connais, moi je prends tout, sauf les salades, j’adore les viandes frites, les têtes de mouton à la sauce berrichonne, les pâtés de cancrelats farcis, même le schnaps de tata Alicia ; Votre St Emilio, vieux vin très apprécié de ma grand mère qui était alcoolique sur ses vieux jours, est l’une de ses bibines piémontaises qui n’ont pas de punch mais font des bulles.
Vasy ne changera pas. On le soupçonne depuis le premier jour de dire n’importe quoi pour choquer et dissimuler ses délicatesses, son extrême sensibilité, son trop débordant amour de la vie.
- Mon plus beau souvenir c’est toi !
Il s’adresse à Fatou qui pleure dans son assiette, comme une vache folle. Des fromages suivent, qu’il est de bon ton de déguster avec des figues confites et une eau de vie forte à plus de cinquante degrés. Nous allons nous quitter, et c’est triste. Sur le trottoir, nos couples s’éloignent sans formalités, sans mots d’adieu, avec des sourires seulement, comme si nous allions nous revoir demain. Le temps prend des tournants mais les chemins se croisent et peut être qu’au carrefour du destin nous nous reverrons bientôt ou dans une autre vie. Une page est tournée.
Mes gentilles lectrices, ce n’est pas une raison pour ne plus tourner celles qui suivent. Vous savez très bien que pour un privé, l’aventure est au coin de la rue, omni fréquente, implacable, infernalement scadabreuse, pleine d’aléas, de rendez-vous avec la peur, la mort, l’amour. Non, je n’exagère pas !
A mon retour au bureau, sans crier gare je m’immobilise sur le seuil de la porte. Le local est vide ! Des papiers jonchent le sol, les meubles sont renversés, la cafetière ne glougloute plus, et soudain, serait-ce un fantôme, surgit chignon tressé en tête derrière l’armoire classeur, ma Jaja adorée. Elle lâche son paquet et me saute au cou. Holà, quelle empoignade ! C’est la première fois qu’elle pleure, dans mes bras que vous savez vigoureux. Dans un bafouillis confus, elle révolte sec contre moi, contre tout, contre le sort qui s’acharne depuis mon départ sur notre pauvre petit bureau minable, sur les tordus qui sont allés jusqu’à aplatir la machine à café. Et dans ce farfouillis de paperasse pêle-mêle et de chaises renversées, une fois de plus nous célébrons à la renverse, cela s’entend, nos retrouvailles. Vous allez me dire mes louloutes que je ne pense qu’à çà. C’est vrai que, bon ! Tout à fait ! Comme tout dans la vie s’apaise, le temps de faire le point nous gagne.
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- Explique-moi ce fouillis. Cet acharnement m’étonne. Oh ! Les connards !
- C’est la deuxième fois. Une à ton départ, une hier soir pour annoncer forcément ton retour. Mais qui peut savoir ? Quel enfant de pute peut nous en vouloir autant ? J’en ai parlé la dernière fois à Polo qui passe souvent pour me rassurer ou me dire que ta mission étant particulière il ne pouvait pas m’en dire plus.
- A ce propos je lui dois un long rapport. Comment va cet enfoiré ? Il t’a encore fait la cour, le vilain matou, le gros con. Il me faudra lui secouer les puces s’il t’importune trop.
- Tout doux, il ne me déplait pas ton copain. Lui au moins il est toujours là. Elle, c’est sur et dur, dit ce qu’elle pense. Il faut dire que du Polo émane un look flic, un charme plouk si romantique que les nanas lui tombent dans les pattes sans crier gare mais à coté de ses pompes. Il a même essuyé des avances appuyées de Von Machose le couturier qu’il surveille de près depuis mon départ. Je l’avais oublié celui là.
- Sais-tu s’il n’a pas succombé ? Aurait-il enfin trouvé sa voie ? Même dans la police il y en a autant que dans l’armée ou la haute couture. Alors !
- Doumè, as-tu fini de persifler méchamment surtout que je devine ton impatience à retrouver ton vieux copain.
C’est bien vrai. Mais quand on parle du fou, on aperçoit sa queue leu-leu. La porte s’entrouvre et Polo le magnifique apparaît, rubicond, rougeaud, le cou entortillé dans une écharpe de laine, toussotant ses poumons pourris à la cantonade. Une accolade amicale prouve qu’il s’est emmerdé fort pendant mon absence et qu’il a une grippe qu’il entend propager au monde entier.
- Raconte tes turpitudes, Roule ta bille, devant Jaja, grand cachottier. Tu hésites, tu feintes.
Pour semer la discorde dans les ménages, il n’a pas son pareil. Il faut le comprendre, son aventure matrimoniale fut un Hiroshima et la blessure demeure profonde. Sentencieux il me réclame un rapport dans les plus brefs délais et nous plante là en prétendant que ce bureau est un vrai merdier indigne d’une officine bien tenue. En réalité il ne tient pas à en parler devant Jaja, secret défense oblige. Je joue l’offensé, je le traite après son départ d’enfoiré, de policier femelle tout juste bon à se faire embichonner par les founettes de Von Machose.
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Polo n’a pas changé de quai, mais le ministre de l’intérieur, celui qui zozote dans ses discours, l’a chargé de créer le Service Secret de Surveillance des Sectes : le S.S.S.S, prononcez « le se se se se ». Nouvellement nommé, il pensait que les moyens promis seraient à la hauteur de son zèle congénital. Ben, non ! Comme rien en France n’est chevènement impossible, il rame presque seul. Un adjoint seulement, pas de secrétaire ni de percolateur, quelle misère ! Depuis cet affront, il épie les faits et gestes maniérés du célèbre couturier Von Mastricht, dit « Machose » dans l’intimité. Aurait-il détecté une vilaine magouille dans ce marécage ? Quand je lui pose la question il me dit que ça fait partie de la routine. L’adjoint, parlons en, ne quitte pas le biberon et passe le plus clair de son temps au bistrot du coin. Il n’est pas obligé de se déguiser en clochard pour assurer une planque, il a naturellement la dégaine, l’élégante silhouette du clodo intellectuel pommé pour chagrin d’amour et culte de la dive bouteille. Néanmoins il assure son service entre deux lampées et quoiqu’en pense son omnipotent commissaire, je vous parie qu’il a le don de double vue. Chez un policier ça compte pour deux. Cependant Polo m’étonne et son mutisme à l’excès m’attriste mais me force à penser qu’il a flairé une piste en or et pour une fois qu’il a trouvé tout seul, il garde ça pour lui. Il joue donc à cache-cache avec son vieux copain. Quoique qu’il fasse, lui, ne saura jamais comment a disparu la guêpe piqueuse grignotée par les crocodiles de Vasi. Le père de la journaleuse assassinée chez Von Machose a porté plainte mais Polo a tout faux et escamote l’enquête. Alors que notre bureau a repris son vernis habituel, Boivereux débarque fustigeant la police parisienne, traitant monsieur Diani Polo de lombric cul terreux méritant le vermifuge, la gégène et la balayette merdeuse. Comment un citadin bien de sa personne peut-il dire de telles insanités avec tant de distinction ? Je vous le demande ! Engagez-vous, rengagez-vous, et me voilà de nouveau chien nez à terre dans les pas de Polo, reniflant dans sa foulée le mystère Von Machose. Ses fameuses collections qui endimanchent si coquettement les Drague-Queens attirent le tout Paris désœuvré dans le local Mont Parnasse de la secte du regretté Mélodius. Il n’est pas pensable qu’une foufounette maniérée comme Von Machieuse, soit devenue une sorte de gourou mystique sataniquement inspiré, s’évertuant à recréer dans le même temple déserté une nouvelle secte démoniaque. Et pourtant mon enquête sur les brisées de mon ami Polo me révèle cette triste vérité : l’hydre de Sienne a bourgeonné et une nouvelle direction plus jeune, plus ambitieuse et sans scrupule a repris le fond de commerce de l’ancienne congrégation toscane. A la première occasion, j’en parlerai à Polo. Quitte à le mettre en colère je compte bien lui faire comprendre qu’il n’est plus seul sur ce coup là. De toute façon pour aller en Italie, il sera bien obligé de faire appel à mes talents. Dans mon jeu, un atout maître ! Pour Von Magrosse, ne suis-je pas son valet de cœur, celui auquel il rêve de mâchouiller l’oreille en s’évanouissant. Va-t-il me proposer comme le fit Mélodius le service de sécurité de la secte ? A la grande stupéfaction de Polo, me voilà introduit dans la bergerie. Je suis le loup garou dans le troupeau car hier Von Maclause m’a engagé et ne lésine pas sur les avances en euros et en tous genres. À moi donc d’esquiver ses minauderies enfantines, ses petits gestes affectueux sur les épaules ou sur les bras, ses sourires charmeurs, ses sautillements d’oiseau blessé, ses clins d’œil assassins qui me poursuivent en vain jour et nuit pendant les messes, avant, pendant, après ; un vrai calvaire, vous dis-je ! Rita, que je lui recommande comme responsable de la documentation, a donc repris le collier et a été recrutée avec l’approbation entière de la direction centrale.
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Peut être, ont-ils deviné que nous avions en quelque sorte fait le ménage ce qui a permis leur promotion à la tête de l’organisation. En somme il ne nous reste plus qu’à conseiller à Polo de se faire tout petit, de se faire oublier pour ne pas gêner l’enquête. En quelque sorte je serai sa tête chercheuse, sa tête de pont, sa tête de con évidemment. Inutile de dire que cette fois la haute couture sert de paravent à des activités en eaux troubles. J’ai l’impression qu’avec ces gens là, je risque fort avant de rédiger mon testament, de partir dans une chape de plomb aux tréfonds des catacombes.
Une ancienne crypte inconnue et récemment rouverte aussi vaste qu’un bunker nazi, abrite des tables de sacrifice, des gibets à coulisses, des instruments de torture et les outils du tourmenteur épiscopal qui servirent encore jusqu’à l’Edit de Nantes et même plus tard. La rouille a effacé le sang figé sur ces lames et ces mâchoires, le sang des pauvres gens, des protestants, des suppliciés, de ceux qui croyaient mais n’abjuraient jamais car ils avaient choisi le ciel et l’au-delà pour atteindre leurs rêves. Ce décor intact traité comme il se doit au xylophène et au triplox, fait de ce lieu maudit le musée des horreurs passées engendrées par ces fous de dieu, juges cruels, intolérants, intégristes, sectaires, au service d’une papauté triomphante avide d’or et de pouvoir, respectable mais ancienne rôtisseuse de gens naïfs et de sorcières. Ajoutons que le signe de croix a toujours lavé plus blanc que neige toutes ses simagrées ou balivernes de curé. Et voilà qu’en l’an deux mille, renaissent un peu partout de part le monde des mouvances religieuses inquiétantes, semeuses de guerres, de misères et de mort. Cà y est, je me sens mieux, j’ai compissé mon urée philosophique, ma bile idéaliste, mes sueurs intellectuelles, et ma diarrhée verbale. Mille et une excuses ! Sait-on jamais, avec ces enfileurs d’aiguilles, ce qui peut se passer dans un décor pareil ? Il me faudra beaucoup de vin, de poudre ou de jugeote pour accepter ce que je vais voir se faire devant mes yeux abasourdis. J’erre depuis quelques temps dans le sanctuaire plus lugubre qu’une chapelle ardente, décorée de draps noirs, de cierges allumés, de catafalques, de déambulatoires fléchés passant devant des statues de suppliciés, des quasimodos pliés en deux et vous reluquant par en dessous avec leur yeux exorbités injectés de sang. Dans ce décor de grand guignol une immense peinture murale surréaliste évoque la mort ailée, porteuse de balances, de bilboquets, de leviers, de tenailles à crochets pour mieux extraire les âmes des damnés qui n’ont pas eu la grâce de croire et vivre selon Satan, ses pompes, ses œuvres et ses commandements. Les six règles mortelles, en lettres d’or égrènent leurs exigences en plusieurs langues sur un grand panneau violet.
- Homme, tu aimeras, ton sexe et ainsi ton prochain.
- Femelle soumise, tu n’aimeras que celle qui te convient.
- À Satan seul s’adressera ta prière du matin.
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- Pour la prière du soir, tu célèbreras le culte du malin.
- Promis au sacrifice et si tu y consens, tu seras immolé sur la table d’airain.
- Tu feras don de tes richesses à Satan, à ses prêtres et ses saints.
C’est alors que tu pourras dans l’au-delà, enfin libéré, ange exterminateur au service du Diable, engendrer le malheur parmi le genre humain. À la fin des millénaires de siècles, l’homme redeviendra ainsi par toi un animal sans âme, sans dieu, comme il le fut jadis aux temps de la genèse. Nous seuls devenus anges des ténèbres, nous pourrons réjouir nos cœurs et vivre, selon le Grand Malsain, dans l’ivresse de nos sens éblouis, le Nirvana suprême. Anacrasus ! Anacrama ! Anacratos ! ….
Ce matin, bien avant que le jour ne se lève, j’ai visité les appartements luxueux dissimulés au sous-sol, dans une partie bien aérée, mais sans fenêtre, espace clos, interdit par des sas et des portes blindées. Seulement les fervents disciples célibataires, riches, homosexuels, sans enfants, consentants et drogués y vivent en permanence pour gérer et animer le schlimplexe de Von Madrague, alias Mastricht, Machose, Machieuse ….Les illuminés de la joyeuse cohorte, tous gays lapins, gays branleurs, le nomment avec respect «Pater Von Stroems » et l’adorent, et le craignent car lorsqu’il les hypnotise en coinçant son monocle sur l’œil gauche, il ressemble à un dragon dégénéré de fête chinoise. Il se déplace dans le vaste labyrinthe déguisé en samouraï auréolé. Pour impressionner son petit monde, lorsqu’il se sent observé, il exécute la danse du sabre autour d’une vieille selle mongole en vociférant dans une langue onomatopéique dont seul il détient la clé. Il est mûr pour l’asile mais personne ici ne s’en doute car ils sont tous vrillés.
Le recrutement va bon train, et en deux mois à peine d’existence, la liste des adhérents s’allonge et le libidino-lasure a refait surface. La maléfique poudre provient des provisions inestimables faites durant de longues années par les anciens kroumirs de Sienne qui avaient le sens de l’économie. Lorsque le siège central du sentier lumineux fut dévasté en Italie par Ronald l’américain, une importante provision de poudre brésilienne avait échappé au désastre.
Le professeur Ceccaldi, de Florence, recruté depuis par les jeunes dirigeants, a en échange d’un financement lourd de son laboratoire personnel, adhéré à cette organisation qui lui a-t-on dit s’active dans l’action humanitaire. Un dosage subtil a été mis au point par ses soins, pour doper l’homo-sexus, et lui faire perdre tout souvenir de ce qui se passe dans cet antre du diable.
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Cependant, en cachant tout le reste, l’atelier de couture s’est spécialisé dans le déguisement des drague-gouines et l’on assiste dans Paris à une forte demande de fringues portant la griffe P.V.Stroems. Des collections mirobolantes partent par Concorde pour le nouveau monde, accompagnées de mannequins grimés, de tutu-folles affriolantes, de précieuses ridicules, et pour mieux vendre, des ingénieurs en marketing froufroutant du popotin sans complexe. Autant vous dire tout de suite que les euros et les dollars pleuvent à verse dans les coffres scellés du Sentier Verdoyant. C’est après mûre réflexion, que la secte nouvelle fut ainsi nommée, pour rappeler à ses pénitents que l’enfer qui les attend est verdoyant, sans fumée et sans alcool car l’ivresse y est forcément artificielle et permanente. Les affres de l’enfer sont réservés aux mécréants, aux infidèles qui pactisent avec le Pape, les popes, les rabbins, les curés. Si grande est l’espérance pour certains qu’ils croient dur comme ferraille avoir droit au crépuscule de leur chienne de vie, aux jardins suspendus de la Babylone infernale.
Si jamais Polo apprend prématurément que les nouveaux inscrits sont souvent des jeunes filles africaines, sans papiers et clandestines chez nous, il risque de mal vivre une sévère constipation. Chez lui, le caca nerveux exacerbe une forte tendance à la déprime. Je lui révèlerai le fait, mais avec ménagement. Fraîchement enrôlées, elles disparaissent immédiatement dans les bas fonds de la pyramide avec la promesse d’une carte de séjour et d’une embauche prochaine. J’exagère peut être ma mauvaise impression mais je suis persuadé que quelque chose de moche se prépare. Mélodius était à sa façon, une fripouille sympathique mais P.V.S lui m’inquiète sérieusement. J’espère fortement me tromper.
Jaja, Polo et moi nous nous efforçons de comprendre l’incompressible anxiété qui nous gagne.
- Cette fois-ci la folie s’en mêle. Les trois apôtres qui servent les messes noires de Von Stroems tiennent dans les couloirs des conciliabules murmurés, parlent à mots couverts de la fin du monde imminente, de suicides salutaires et collectifs de certains d’entre eux, de sacrifices expiatoires aux quatre coins du monde.
- Tu sais, Doumè que je suis chargé de la surveillance des sectes, mais comment agir efficacement sans y introduire une taupe fouineuse.
- Si je comprends bien, la taupe c’est moi. Je te remercie. Je me suis introduit tout seul, te ferais-je remarquer.
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- Ne te vexe pas. Une fois de plus tu es le pivot de mon enquête.
- Eh, oui ! De notre enquête en quelque sorte.
- Ne jouez pas sur les mots. Foi de Jacotte le réel danger est pour Doumè, la gloire pour toi Polo mais la peur pisseuse de vous perdre est pour moi seule. Méfiez vous ! Ce sont des folles dangereuses, perverties, cyniques, sans frein. Ils sont capables de tout, ces schizopathes effrénés.
Il ne s’agit pas de porte-flingues, de truandeaux traditionnels, ça on connaît. Mais cette fois-ci c’est la surprise totale. Pour comprendre ces comportements, il faudrait relire une fois de trop Freud, Lacan, Politzer, Caganoï et bien d’autres, ingurgiter sans frémir une tonne d’études, d’essais divers touchant l’homosexualité ou encore détendre les ressorts secrets de la perversité et de la catastrophrénie. Mince programme !
Je n’ai pas encore assisté à une messe noire de ces corbeaux de malheur, de ces suppôts du diable. Ce soir dans la nef des tortures moyenâgeuses, une cérémonie en grand apparat se prépare. Pour faire plus lugubre, ont été choisies deux couleurs pour les costumes, le rouge comme symbole du sang, du crime, du feu infernal, de la colère satanique, le noir sinistre rappelant la mort et le néant promis à ceux qui renient le Prince des ténèbres. Le blanc est réservé au couple de pénitents qui s’offrira en spectacle sur l’autel sacré. Sous un catafalque gris et or, une estrade doit accueillir le Père Von Stroems prophète et ange mineur déchu, annonçant le règne de l’Eternel Malsain, imposé sur terre comme au ciel selon la loi phallique et l’ancien testament des druides réfractaires. Nonobstant toute contrainte, les deux martyrs d’un soir, seront sacrifiés symboliquement au sabre, selon la volonté luciférienne. La nuit de la nouvelle lune de février a été choisie pour célébrer la grand’messe du repentir. Chaque fidèle, doit y noircir un peu plus son âme en désarroi profond, en psalmodiant la prière satanique, en se prosternant trente et une fois devant l’effigie du Prince des bas fonds qui montre main tendue non le chemin caillouteux du bien mais le joyeux sentier du vice, la piste semée de fleurs de la débauche. P.V.S appuyé sur son sabre, transmet le dernier signe que tout le monde attendait. La procession funèbre s’ébranle lentement, progressant parmi les chaînes étrangleuses, les tourniquets brise-tibias, les arrache boyaux et les trépans vrilleurs. C’est alors que du trou noir d’une oubliette s’échappent des vrais cris de douleur, des lamentations sinistres, dans une cacophonie de percussions, de vociférations stridentes, de musiques cinglantes capables de réveiller une armée de trépassés. Bien avant la cérémonie une potion obligatoire a été offerte à chacun. Lorsqu’elle commence à faire son effet, tous les inspirés déboutonnent leur longue et pudique robe, qui s’ouvre en plusieurs bandelettes verticales révélant ainsi les corps nus. Aucun jury n’a cette fois été chargé d’exclure la laideur et tous les estropiés du monde peuvent participer.
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Je ne vous décrirai pas l’orgie qui s’annonce alors. C’est insensé, inouï. La bamboche collective des folichonnes et des gouinettes, n’a jamais été décrite en détail et il faudrait un talent pervers, pour raconter ou peindre l’évènement. Excusez ma dérobade, je laisse à votre imagination le soin d’entrevoir la scène. Je rends ma plume. Je la trempe même dans l’encre sympathique pour vous faire oublier l’horreur du moment et pour camoufler sur ma page presque vierge l’excessif scandale. Tandis que sur l’autel, bravant les interdits, un adolescent musclé et une jeune noire impudique s’empapaoutent gaiement. Ils sont beaux tous les deux, peut être même un peu trop, et du parterre monte, tandis que l’orgie se prolonge, une murmurante rumeur désavouant le spectacle. Ces deux là, n’ont pas respecté la règle et pour cela méritent la peine capitale, le sacrifice au sabre qui sera exécuté en fin de soirée, pendant la deuxième partie de l’office. Comme après toute manifestation collective intense, la déprime gagne chacun et il ne serait pas exclu d’assister à quelques tentatives de suicide si par précaution une nouvelle lampée d’un nectar stimulant n’avait été distribuée à temps. L’euphorie, en effluves douces, déride alors les visages de tous ces enfoirés qui se sont empressés de reboutonner leurs chiffons mais qui manifestent encore un dégoût fâcheux pour les deux amoureux enlacés sur la table du châtiment.
Autour du Gourou, les six apôtres dont l’un est japonais et connu d’ailleurs dans la mouvance des arts martiaux du Paris sportif et même soupçonné d’appartenir à une autre secte terroriste arabe, sont grimés pour faire peur et portent cornes en bataille sur leurs crânes casqués de cuir. Au tour du gourou de s’avancer sur la scène pour le sermon, pour commenter le message du Malin, le souffle de la bête immonde qui active dans les profondeurs du cosmos les fourneaux de l’enfer.
- Je suis un fils de Lucifer, un ancien évêque défroqué qui a renié pour l’éternité les saints dogmes de l’Eglise. J’ai quitté avec fracas le giron catholique qui m’avilissait en prétendant que la sodomie est un péché. Je suis un fils du diable qui vous montre la seule voie de la rédemption. Suivez donc les commandements inscrits en lettres d’or sur les murs de notre sanctuaire. Je suis aussi et vous le savez bien, un génie de la haute couture. Mes créations révolutionneront la mode mondiale et dans très peu de temps seront adoptées par toute la jeunesse des pays heureusement décadents. Dans ces pays bénis du diable en personne où les corrompus, les voleurs, les terroristes, les sodomites sont légions, où la morale est une perversion, où le meurtre s’affiche, où la folie se montre, je peux vous affirmer qu’ils sont les fidèles favoris du Malsain. Le démon qui m’habite, qui règle mon karma, qui guide mes pensées, vous envoie dire par mon verbe inspiré, que le seul esprit cosmique qui ait un réel pouvoir est Lucifer, le puissant, l’immense être crédible, maître de nos pauvres destins.
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Autant vous dire tout de suite que V.P.S semble encore plus doué que ma chère Rita qui assiste médusée, cachée dans la bibliothèque, à cette chaude flambée de sornettes surréalistes. Où vont-il chercher des idées pareilles ces fous mystiques, ces dégénérés de la pensée, ces philosophes du désespoir. On en vient à penser que tous les engins de torture étalés sous nos yeux effarés, s’avéraient donc utiles en d’autres temps lointains. Les diableries, les pensées démoniaques me font peur, les cimetières la nuit m’épouvantent, et souvent comme un illustre Corse bien connu le faisait avant chaque bataille, j’esquisse sous mon gilet un signe cabalistique caché, répété trois fois et que je sais efficace quand je suis en danger.
Enfin l’heure du sacrifice sonne à l’horloge murale supportée par deux diablotins cornus. Les aiguilles phosphorescentes dans la lueur des cierges, s’immobilisent ; Le tic-tac amplifié agresse douloureusement les oreilles des pénitents puis soudain cesse. Le temps est suspendu ! Tous doivent se prosterner aux pieds du Père Von Stroems qui fend la foule à grand pas, lentement, porteur d’un sabre japonais étincelant. Drôle de samouraï ! Imaginez votre tante Berthe, déguisée en spadassin d’opérette brandissant une arme en aluminium anodisé, gesticulant comme dix diables déchaînés et affublée d’une panoplie complète de karatéka. Ne riez pas ! Car de nouveau, dans l’assistance apparaissent encore quelques signes certains d’une sinistrose collective. Je ne reconnais plus P.V.S. qui débridé, entame en virevoltant sur les planches autour de la selle mongole, une danse du sabre digne de La grande illusion. J’ignorais son talent et vous pouvez me croire, ses gestes maniérés, délicats émeuvent fortement ses fidèles qui font exploser l’applaudimètre. Quel succès ! Il en bave de plaisir, le chouchou. Il tortille une dernière fois sa croupe d’enfileuse de mouche et dans un bond furieux inflige ses coups sans ménagement au couple encore enlacé. Heureusement, quoique cinglante, la punition est supportable. Enfin Adam et l’Eve noire sont chassés du paradis et retournent honteux dans le jardin terrestre où les attend un bien triste destin qui les conduira sur la terre promise représentée à gauche de la scène par un cirque romain où s’affrontent des lions affamés et de loyaux chrétiens ; P.V.S. vocifère dans le mégaphone :
- Ainsi leurs descendants connurent de terribles épreuves parce que dieu mon cousin les avait condamnés à s’aimer dans le péché de chair, cette union particulière et anormale entre deux sexes opposés. Fuyez donc ces pratiques sauvages, ces us et coutumes d’un autre âge, que le Démon déplore. Copulez sans entraves, avec votre semblable. Les enfants du futur viendront de l’éprouvette. Ste Hermaphrodite sera l’épouse immaculée du Malin ! Si vous avez choisi la voie du sentier verdoyant, vous connaîtrez l’éternité dans le bonheur, l’extase perpétuelle, et la vive allégresse, tandis qu’au fond du puits infernal et maudit, les chrétiens d’aujourd’hui, au charbon brûleront sans espoir.
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En attendant que l’émoi s’atténue, que les musiques cessent, je m’inquiète de voir les participants sombrer dans une mélancolie profonde. Ils se grattent, s’agitent, soubresautent et se tétanisent enfin dans des attitudes burlesques, les uns assis, les autres couchés, penchés, debout, muets comme des carpes rouges, la bouche grande ouverte et le regard fixe. Rita sort de sa cachette et s’approche de mon oreille :
- Ce grand vicelard n’a pas l’air de maîtriser ses dosages. Ca va mal finir. P.V.S. est fou à lier. Doumè, j’ai peur ! Arrêtons ce carnaval.
- Non, attend la suite. Je crois bien qu’il sait ce qu’il fait. Il va profiter de cette léthargie générale pour faire passer son message dans l’inconscient de ses fidèles en quelque sorte hypnotisés.
Cependant P.V.S. a repris le mégaphone :
- Mes doux agneaux, je suis content de vous. Notre cause est sacrée. Nos aspirations seront accueillies favorablement en bas-lieu par notre Prince des sous-sols ardents. Revenez donc demain, pour célébrer la messe, pour prier et accomplir votre devoir conjugal quotidien. Vous pouvez dès à présent sortir de votre rêve. Ite missa est !
Et comme par enchantement toute l’assistance reprend vie et rejoint les salons de l’étage pour assister à un défilé de mode où le tout Paris gay a été convié.
- J’ai interrogé, hier, à la fin de la cérémonie, un ancien pote qui a viré homo suite à une peine de cœur et que je connais bien. Il m’a avoué n’avoir aucun souvenir des messes passées. Par contre il ne sait pas trop pourquoi tous les soirs il revient finir ses journées dans cet antre du diable.
- Il te faudra vérifier sa situation financière. Je devine qu’il doit être ponctionné régulièrement et pour de coquettes sommes versées sur un compte suisse numéroté.
- Il revient sans doute parce qu’il est en manque car la drogue bue chaque soir agit à son insu. Il revient tout simplement chercher l’apaisement.
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Des jours semblables, jusqu’au dimanche, ont égrené le chapelet des heures et apporté la parole démente du grand prêtre de la secte maudite. Seulement voilà, un détail me tourmente depuis peu car j’ai la certitude que l’Eve noire a disparu de la circulation. La toute dernière désignée pour le sacrifice, d’origine bulgare, genre Esméralda faite pour l’amour ou la prostitution, a plié bagage. Je crois bien que l’on patauge dans une sale histoire de proxénétisme, de passages clandestins, de fabrication de faux papiers et de cartes de séjour. Je vais en parler à Polo qui commence à s’impatienter. Lui aussi se rend compte que des trafics en tout genre se cachent derrière la façade fleurie du respectable sanctuaire. Je ne suis chargé, en son sein que de la surveillance des locaux et surtout de celle des coffres. Pour le moment, je n’ai aucune preuve de ce que je devine. J’ai toutefois intercepté une lettre récente codée, affranchie à Sienne. Du moment qu’elle a été confiée aux services spécialisés, elle révèlera à coup sur son message. Dans le nouveau sigle, se cache une petite croix gammée, indiquant discrètement l’appartenance de la direction siennoise à la mouvance nazie. Il ne manquait plus que cela ! J’ai, vous le pensez bien microfilmé la courte missive et transmis ma trouvaille à Polo qui tourne rotor comme mille alternateurs. Si ce con ne surveille pas son cholestérol il risque l’embolie sternutatoire, la pire, celle qui ne pardonne pas. A la dernière entrevue, dans son bureau minable, il a craqué.
- Tu vois Doumè, je suis calme, mais dans mon moi qui bouillonne j’ai un bouledogue qui aboie et me casse les tympans, une méchante crécelle qui me tarabuste l’intime, une clochette endiablée qui m’escagasse la cervelle. J’enrage, je meurs si je ne parviens pas à régler leur compte à ces enfoirés, à ces paroissiens de merde qui me prennent pour une patate molle.
- Du calme, mon biquet. Tu vois, je commence à parler comme eux. Si tu patientes un peu je vais leur préparer une embuscade qu’ils n’auront pas au bout du compte le loisir de raconter à leurs petits enfants car ils auront tous capoté au dernier acte.
- On va leur torsader la gargamelle, leur faire avaler mille couleuvres, les galvaniser au feu de bois, les aplatir à coups de pelle.
Je n’ai jamais vu Polo dans cet état de surmenage avancé. Il urge de passer à l’action car la seule condition nécessaire et suffisante pour le récupérer est de se bouger le cul.
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- N’oublie pas de me communiquer les résultats du décryptage.
Les clochettes de l’église Mont Parnasse sonnent creux tous les soirs. C’est au moment de l’angélus que les victimes de P.V.S. regagnent le Sentier verdoyant pour assister à la messe orgiaque et recevoir leur potion infernale. On se perd en belles manières, en frissons de fillette, en gestes délicats et furtifs. Oh ! la, la ! La porte est là qui baille. Entrez donc bonnes gens !
Chapitre XII
Parlons-en du fameux message ! Tu penses ! Un rébus de plus, une ridicule devinette, une charade, un fracasse crâne chinois à se prendre une migraine asiatique plein fouet. . Je retrouve le lendemain matin Jacotte endormie sur le bureau écrabouillant une paperasse éparse. Elle a un sourire d’ange et dans sa main entrouverte une feuille gribouillée pendouille. Elle a trouvé. « Nous venons d’Albanie pour Sienne, par Rimini et Arezzo, nous emprunterons une barque de pêche à Popolonia et en passant par l’île d’Elbe terminus à Porto Vecchio en Corse, fin ». Aucune indication n’est donnée sur la date du voyage. Autant aller les attendre chez Carla car le convoi fera forcément étape à Sienne. C’est une idée qui a jailli trop vite et ma Jaja me fait une tronche désespérée.
- A peine arrivé tu repars, tu imagines ce qu’est ma vie sans toi. Je te souhaite de finir tes jours aux Galapagos chez les iguanes marins. Va te chier ! Enfoiré !
Nous brûlons d’impatience de revoir notre chère comtesse qui doit s’étioler sans nous ….Quoique …! Rita a repris ses habitudes dans son petit studio parisien. Coiffeur, shopping, expositions, coquetels, vernissages, opéra, peuplent ses journées marathon jusqu’à très tard et je comble ses nuits et ses fougueuses ardeurs à ma façon. Je vais y laisser ma peau ! Plus ça va et plus on baise. De toute manière l’amour, c’est connu, ça use mais ça amplifie l’intellect. Autrement dit, je deviens petit à petit génial. Mes septiques lectrices, vous en doutez ! Expérimentez, vous verrez bien.
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Me voilà sur la route, la calandre de mon coupé Mercedes tourné vers l’Italie. Le pactole extorqué aux trois bonzes que nous avons abandonnés chez les lépreux, me permet de vivre au dessus de mes petits moyens. Imagine une 64 soupapes, avec ABS électrique, air bag latéral, allume cigare à laser, ordinateur de bord à commande vocale qui parle comme vous et moi, musique psychédélique, Brahms en techno Hi fi et pour parfaire le tout un compulsateur à ailettes pour remplacer le fameux turbo classique qui mérite à présent de finir à la casse. Ce n’est pas avec la prime de 99 euros généreusement offerte par la DGSE pour ma performance en Amérique sudiste, que j’aurais pu m’offrir un bolide rouge sang aussi prestigieux. Rita à ma droite comme à l’accoutumée somnole la main posée délicatement sur un magnifique rubis en sautoir à son cou que je lui ai offert en lui proposant une lune mielleuse en Italie. Mes louloutes chéries, je suis sapé comme un milord et j’ai oublié le petit, le minable privé que je fus jusqu’alors. La revanche dans la vie sociale c’est le bouquet, c’est aussi l’allégresse permanente à chaque geste, à tout propos, à toute allure, à tout bout de champ. Vive la vie, la vitesse et la chance.
Chez Carla, le romancier à la mode Emilio occupe la place d’honneur dans le noble lit de la Maisonnée des Montefrolo. En robe de chambre il nous ouvre la porte, à six heures du matin.
- Mes bons amis de Paris, entrez et soyez les bienvenus dans la cité du Palio. Les festivités vont débuter ces jours-ci et après vous pourrez dire que vous connaissez tout de notre ville.
Carla se précipite, risque de trébucher en piétinant une chemise de nuit qui pend à son bras et qu’elle a oubliée d’enfiler. Nue comme l’aurore de Michel Ange elle nous embrasse fougueusement, s’aperçoit enfin qu’elle n’est pas très présentable, et nous entraîne vers les cuisines où Maria prépare un café dans une Vesuviana dernier cri, carrossée par Maserati en personne.
- Patientez trois secondes, j’enfile ma nuisette et je suis à vous. Ma chère Rita je suis si contente de vous revoir, si contente que j’en oublie les convenances. C’est mon Emilio qui doit être jaloux de me voir si dévergondée. Avec celui là l’amour est un enchantement !
Pour mon voyage en Italie PVS m’a chargé d’une mission particulière auprès des saints patrons du haut sentier siennois. C’est exagérer bien trop les appréhensions que de s’attendre à une réaction violente de ces messieurs à mon égard. Sont-ils vraiment au courant de ce que fut notre folle entreprise en Côte d’ Ivoire ? Il me semble qu’ils ignorent tout lorsque je leur ouvre, ne sachant ce qu’elle contient la valise que m’a confiée PVS. Des billets verts, qui avaient échappé au feu, des dollars à la pelle récupérés dans les coffres en inox du sentier Mont Parnasse, s’étalent devant nos gourous ahuris.
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L’un d’eux ricane.
- Ce pédé de Von Moumoute serait donc honnête ou alors il mouille sa culotte d’enculé ! Bonne recrue !
Les truands actuels n’ont plus la classe des voyous d’autrefois. Leur langue fourche trop souvent sur des grossièretés, ils s’habillent comme des pingouins et leurs yeux brillent un peu trop fort devant une liasse de grosses coupures. Prêts à tout pour du fric, ils exécutent ou le font faire pour mille dollars à peine. J’en ai froid dans le dos. Pour le moment ils me portent un certain respect. C’est bon signe ! Mon maintien très british, mon standing, mes silences leur en imposent et je sens qu’on va bien se supporter. Ils sont ravis d’avoir Carla comme marraine car cela leur permet, eux qui ne sont que fils de putes et de Naples, d’approcher le beau monde. Ce n’est pas la crème qui dirige le Sentier mais plutôt un trio de dégourdis chapeautés par la maffia napolitaine. Attention il est vraiment périlleux de plonger sans scaphandre dans ces eaux troubles.
Le seize août, sur la Piazza d’el Campo, la fête d’origine médiévale, le Palio attire au soleil d’Italie, la foule impatiente, les bannières bariolées et les chevaux sans selle. La compétition des contrade représentant les dix quartiers choisis pour la fête et pour une course effrénée sur la piste de terre enserrant la grande place, sera chaude, dangereuse et sans pardon pour celui qui aurait le désagrément d’être désarçonné. Une messe est d’abord célébrée le matin même de la course dans la Capella di piazza où sont pendus les étendards et le Palio destiné aux vainqueurs. Puis suit le défilé sur une charrette tirée par quatre bœufs. Lorsque la grosse corde qui retient les chevaux tombe commence alors une cavalcade en trois tours de piste, rapide, saccadée, accompagnée des cris de la foule en délire, massée dans les gradins ou au centre de la fameuse place. Le désespoir des battus et la joie intense des vainqueurs couronnent la fête qui durera par la suite toute la nuit.
Dans la foule, je repère Seppo, le plus jeune des trois voyous, collé contre une belle italienne qui rit, qui crie, qui se tortille et offre au bon milieu des spectateurs serrés les uns contre les autres, assez discrètement quand même, son petit cul d’amour sous sa jupe retroussée, qu’il a eu l’opportunité d’enfiler par derrière sans se faire prier. Ses enthousiasmes se fondent dans la clameur qui enfle au dénouement de la course. Le palio est gagné cette fois ci par la contrada del torre. La belle a fait face et un baiser unit longuement les deux furtifs amoureux qui iront, n’en doutez pas à confesse, dans un pays ou on ne rigole pas avec les convenances. Ce petit intermède coquin a réveillé en moi mon inconsciente libido et Rita se demande pourquoi je la serre une peu plus fort. Eh ! Doucement, caro mio, il y a du monde.
La nuit se fait prier aux mois d’été et elle nous apportera d’autres surprises car partout ou je passe l’aventure me colle aux souliers, m’attend au coin de la rue, ne vous l’avais-je pas déjà dit ?
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A Rita de suivre l’italienne rentrant bien sagement en fin de soirée chez sa mère. Moi je préfère pister Seppo, qui au volant d’une Maserati semi-sport, quitte la ville pour la banlieue proche. En pleine campagne toscane, au sommet d’une petite colline il stoppe devant une énorme ferme que l’on prendrait, vue de loin, facilement pour un manoir. A l’entrée deux malabars fouillent consciencieusement le visiteur qui se marre devant tant de précautions. De loin me parviennent quelques bribes d’un joyeux échange de plaisanteries grossières. Au bout d’une demi-heure d’attente, Seppo ressort enfin, accompagné sur le perron d’un homme âgé, ventru, cheveux blancs, très digne, qu’il quitte en saluant avec beaucoup de respect. Je me dissimule au plus près de l’entrée monumentale. A proximité stationne un car de tourisme jaune paille, dont je note le numéro. Mon enquête bâclée, je rentre chez Carla.
Quelques jours se passent en promenades dans les environs. Emilio qui connaît la Toscane comme sa mère, nous explique les luttes d’influence de la Sienne gibeline contre Florence la Guelfe. Les marchands de la ville étaient présents dans toute l’Europe et devinrent même les banquiers du Pape au douzième siècle, pour être au suivant excommuniés, car ils avaient rejoint la politique de leur ancienne rivale. Entre temps, pour amuser les historiens, les combats firent beaucoup de morts pour la prospérité des rescapés, des marchands, des seigneurs influents et mécènes. Les luttes s’éternisent mais le négoce veille, accumule, banquetroque, influe et infléchit le cours des évènements tragiques qui bouleversent surtout la maigre vie des pauvres gens. On joue encore à ces jeux innocents, dans certaines contrées bénies du monde. C’est ainsi que les chemins de l’exode fourmillent actuellement de fuyards qui rêvent d’atteindre l’eldorado européen pacifié, en passant les frontières passoires de nos généreux pays. Les trafiquants sont à l’affût et se font les fouilles en or. Les hommes vont aux chantiers, sans papiers et au noir, les femmes iront sur le trottoir, droguée, déshumanisées, vidées de leur âme et de leur liberté. Charmant programme ! Ca y est mes rares et gentils lecteurs qui avez eu le courage de me lire jusque là, j’exagère, je peins en brun sombre avec des pinceaux à gros poils, je me complais dans les misères et les aléas meurtriers de l’aventure humaine et pour faire bon poids je trouve tout cela amusant et naturel. Abjecte, méprisable auteur qui se vautre dans les turpitudes et les cruautés, l’exhibitionnisme outrancier, la décadence folle du monde civilisé, la molle déchéance des nations, la justification du meurtre politique et organisé et quoi encore ? Une troupe d’africains à priori basanés, des kurdes en fuite, des fuyards roumains, des juifs errants et des métèques débarquent du car jaune, habillés correctement, surprise ! Équipés de valises vides et d’appareils photo bidon, quarante bipèdes mêlés à une escouade de très jeunes filles en beauté, fardées comme des poules du bois de Boulogne, ne sachant pas encore qu’elles y travailleront sous peu. Un vrai car de touristes en vadrouille culturelle ! Seppo en guide séduisant, accapare l’auditoire et offre l’hospitalité en napolitain. Personne n’a compris un traître mot de son discours mais tous remercient. Avanti, pour un plat de macaroni qui leur est servi gratis mais qu’ils ont bien payé au départ de leur voyage de dupes. Les hommes ne savent pas qu’ils passeront les Alpes à pieds pour se fondre dans la population cosmopolite française. Les femmes elles traverseront la mer, pour la Corse embarquées sur un vieux caboteur réformé qui les déposera sur une plage entre Porto-Vecchio et Bonifacio. Là les attend une mise en condition qui fera d’elles des championnes de la prostitution parisienne ou bruxelloise. Le passage en avion Ajaccio Paris se faisant évidemment sans contrôle des identités, elles seront enfin au bout de leur voyage pour le meilleur et pour le pire.
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Au mois de septembre dans les petits villages de la côte, les touristes sont moins nombreux. Les huit belles étrangères passeront pour des étudiantes en voyage de fin d’études et logeront dans un petit hôtel près de Bonifacio. Chaque jour, des leçons de français leur sont données comme on gave les oies, par un vieux professeur en retraite qui regarnit sa cagnotte. Leur traitement au bicarbolasure a sournoisement commencé et les effets dopants, mais aussi la dépendance se font sentir. Chacune a trouvé un copain de plage. Ce qu’elles ne sauront jamais c’est que leurs compagnons font partie du scénario et qu’ils les droguent à leur insu. La poudre américaine n’a ni odeur ni saveur et se dissout dans n’importe quelle boisson. Elle exagère les pulsions sexuelles, précipite ces pauvres filles dans tous les bras qui se tendent, et efface ensuite le souvenir de leurs ébats. Au bout de deux mois de débauche, tandis que leurs petits copains sont maigres comme des chats de gouttière, elles parlent un français hésitant mais sont fin prêtes pour le turbin dans les ruelles, les bas fonds, les allées et jardins de la capitale. Averti par les R.G. d’Ajaccio, Polo sait qu’elles arriveront au Sentier Verdoyant à la fin du mois.
PVS les a reçues ce matin comme des copines. Il déborde d’amabilité, le salaud, et les conduit en secret dans les luxueux appartements du sous-sol, où elles seront isolées. Chaque jour suivant, un homme sévère, portant serviette de cuir et complet sombre se présente au temple et vient discuter le prix de la marchandise. Il repart chaque fois avec l’une d’entre elles. D’après Polo c’est un ancien avocat nommé Garcia, rayé du barreau, qui s’est spécialisé dans ce genre de transaction. C’est le courtier du Clac-Bordel-Office qui vient s’approvisionner en filles pour les gros voyous du milieu parisien. Elles sont chères car bien conditionnées. Leurs papiers sont des faux, mais les ripoux veillent au grain, ferment les yeux et perçoivent régulièrement leur dîme.
La dernière, nommée Nadia Bolic, n’a pas voulu suivre ce triste individu et la prise de bec a dégénéré en bagarre qui a coûté une griffure saignante sur la joue de PVS et un œil au beurre noir pour Garcia. Nadia a compris beaucoup trop de choses et la drogue ne semble pas avoir une réelle action sur son comportement. Deviendrait-elle gênante pour PVS, pour toute cette engeance de malfaisants, d’enfoirés débiles, de pédophiles, de suceurs de quiques, de branleurs d’asperges ?…
Vous allez encore me reprocher mon style patatrasismique, mon choix du présent pour vous conter une simple histoire passée, mon vocabulaire limite, et quelques fantaisies burlesques qui ne feraient rire, m’a-t-on dit souvent, que les idiots et les ivrognes. Je déplore, je pleure, je décalotte mon stylo bille mais rien n’y fait, ma phrase s’embourbe, se décompose, s’évapore et finit dans la cacafouille et la déconfiture. La conjugaison n’est pas ma tasse de lait. Hélas, mêlasse, fracasse ! Je suis malheureux, malheureux comme la pierre fendue à Roncevaux !
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Mais, oh ! L’histoire continue. J’ai peur pour Nadia. Il faut à tout prix que j’empêche l’irréparable. Elle a amoché sérieusement la frimousse fardée de Von Stroems et il ne lui pardonnera pas car il se trouve beau et désirable. Sa délicate main cachant l’estafilade, il a regagné sa coiffeuse en poussant des petits cris de souris effarouchée et depuis se farde à la truelle pour cacher l’épouvantable blessure. Il me convoque pour me dire qu’une cérémonie un peu spéciale aura lieu demain dans les catacombes pendant la nuit de pleine lune, celle des fous.
- Il n’est pas question d’y convoquer tous les adeptes. Seul, avec mes apôtres je conduirai la prière et célèbrerai la messe. Vous veillerez devant l’entrée et nul ne doit franchir la porte secrète. Je compte sur vous mon cher Doumè.
Il me faut à tout prix avoir une explication avec cette Nadia qui ne se comporte pas comme prévu et même échappe je ne sais comment aux effets de la drogue. La prochaine rencontre avec PVS sera l’occasion de le berner une fois de plus.
- Monseigneur, je crois avoir perçu quelques bruits suspects dans les sous-sols. Je crains une brusque remontée des eaux par les catacombes, un engorgement des égouts dans les parties basses de nos installations. Me permettrez-vous d’y jeter un coup d’œil.
- Mon cher Doumè, vous avez carte blanche. Je vous réserve toute ma confiance pour le nécessaire et le superflu.
Je ne sais pas si notre chouchounette en chef réalise la difficulté de rester maître du jeu dans ce monde impitoyable, de se faire obéir par des jeunes truands qui ont des dents de loup et un mépris maladif de l’autorité. Il ne se méfie pas non plus du gros malin que je suis et que vous commencez à bien connaître.
Comme vous vous y attendiez, j’enfile l’escalier de la cave à la recherche de Nadia qui doit être recluse derrière des portes blindées et de solides cadenas. Mon passe partout fonctionne à l’huile de serrure et aucune porte ne reste close. Mon entrée soudaine dans la prison de Nadia la prend au dépourvu et je mets à profit son hésitation pour lui balancer un message de conciliation en anglais ? Je ne vous cacherai pas que l’angliche est ma septième langue, car j’eus dans mon enfance heureuse, sept nurses, une par an, qui me récitaient à longueur de journées les tragicoteries d’un certain Shakespeare. J’ai sans y penser fait tilt. Nadia me balance une insulte d’outre manche qui me va droit au cœur car ce qu’elle affirme me contrarie. Je lui réponds sec pour lui affirmer que je ne suis pas une tantinette jolie, que ma présence dans sa boite à sardine est amicale et que je viens pour la sortir du pétrin. Je redoute pour elle un sacrifice rituel au cours de la prochaine messe que ces fous de Satan auraient programmé. Je lui propose d’accepter demain d’emboîter le pas à Garcia sans l’ombre d’une réticence. Je lui révèle donc la raison de ma présence dans cette souricière. Je lui fais remarquer que je ne suis pas insensible au charme de son accent américain. Elle hésite un moment et me balance l’ultime confidence de celles qui scellent les vraies amitiés. Elle est un agent de la CIA qui mène seule une enquête sur la secte de Sienne.
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- Nadia, vous sortez de ce cloaque, demain avec ce salligaud de Garcia. Le chauffeur, devant la porte sera au parfum et fermera les yeux sur ce qui peut lui arriver chemin faisant. Je vous fais confiance pour lui faire avaler son extrait de naissance. Le véhicule sera abandonné dans l’impasse inhabitée au bout de la rue Champignon Le Cep. Il n’appartient à personne et sort tout droit d’une casse de vieux taxis réformés. Bonne chance !
Je bigophone chez le marchand de filles, en lui affirmant que Nadia acceptera de le suivre tantôt. Je devine qu’il ne laissera nullement PVS gâcher de la si bonne marchandise. Vers trois heures de l’après midi, tandis que les deux acolytes, falzars baissés, se branlicotent le bitounet en duo, dans le bureau directorial, je descends récupérer la Nadia consentante qui ne cache pas son dégoût pour ce genre de sport.
- Doumè, j’accompagne la caravane depuis Istambul, et croyez moi ces pauvres filles n’ont rien compris, se sont laissées berner et sans le savoir transportent des kilos d’héroïne dans leurs maigres bagages. C’est à Sienne dans la grande ferme de Don Meschino, parrain du canton et de la secte mondiale, que la drogue est entreposée avant d’être distribuée dans les grandes villes d’Europe.
Leur empapaoutage terminé, les voici tous deux guillerets, minaudant devant les miroirs de l’atelier de couture. Ils attendent la venue de Nadia que je suis allé chercher dans son oubliette. Repentante, elle présente ses excuses en Macédonien, baise la main potelée du gourou qui n’en revient pas et mouille ses grands yeux bleus de quelques larmes. Attendri, Garcia qui malgré tout aime aussi les belles femmes, se perd en simagrées croyant amadouer définitivement la rebelle. Le couple s’engouffre un instant après dans le taxi bidon qui attend devant la porte. Avant son départ je lui ai remis une fine aiguille chargée de curaro-cinabre qui inoculé entre deux lombaires, paralyse sans retour les deux jambes et le bassin. Finies les enfilades perverses ! Nadia, après une manchette américaine dont il se souviendra longtemps a soulevé la chemise et a piqué au bon endroit.
Un entrefilet dans le journal du lendemain relate l’incident. La sécurité sociale et le secours catholique lui offriront une chaise trouée à roulettes et les macs de Barbès ne sauront plus à quel saint se vouer. Polo une fois de plus pédale dans la moutarde et ne trouve pas d’explication. Nadia évidemment a disparu au coin de la rue sans laisser d’adresse. J’ai oublié de vous dire que le chauffeur du taxi, ressemblait en y regardant de plus près à ma fidèle Jacotte. Et nous sommes persuadés que la victime sera aussi muette qu’une carpe. Voilà une exécution bien menée, sans violence excessive, dans le plus grand respect des droits de l’homme et du délinquant récidiviste, sans effusion de sang, avec une seringue aseptisée. Seront ainsi évitées les paperasses policières, les commissions rogatoires, les comparutions, les procédures et les convocations chez le juge. Mille dossiers de moins sur les bureaux encombrés de la justice.
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Depuis un certain temps je ne vous parle presque plus de Rita. À croire que l’amour et la galipette connaissent comme à la bourse des hausses et des dégringolades. Dans la conjoncture actuelle rien de spécial ne se passe au Sentier verdoyant et je vais pouvoir me recycler, faire un stage en quelque sorte, pour retrouver mes ardeurs et les partager outrancièrement avec ma Rita plus accrocheuse que jamais. Je demande donc à PVS la permission de m’éclipser momentanément. Me prenant au dépourvu, il me dit un oui susurré à l’oreille, de très près et m’accompagne malgré moi en me palpant la taille, vers la porte de sortie.
Je vais pouvoir me mettre en observation dans l’immeuble d’en face avec Polo pour savoir qui rentre et surtout compter ceux qui ne ressortent pas. Il a une prédilection pour les disparitions car dans ces cas là il sait ce qu’il recherche. Pauvre Polo, il est quand même un peu lisse ! Une plainte a été déposée au commissariat. Une jeune africaine du quartier a disparu depuis huit jours et son cousin Coulibaly la cherche désespérément en exhibant sa photo recto-verso.
- Tu sais Polo, le premier soir où j’ai assisté à leur messe macabre, un couple se donnait en spectacle sur la table du sacrifice.
- Où sont-ils passés ces deux là ?
- C’était une fille Peuhl, grande, mince et souple comme une liane, et lui un ado musclé avec un solide appétit de fesses noires. Tous deux ont baisé comme des bêtes et PVS hors de lui les a chicotés en rémission de leurs péchés à grands coups de sabre en bois.
- De qui tient-il son pouvoir, cet enfoiré du diable ?
- Carla m’a téléphoné, pour me dire que le vieux professeur Ceccaldi, installé depuis peu dans son nouveau labo de Sienne a explosé sa boite à fusibles.
- C’est qui ce vieux schnoque ?
- C’est un prof. de l’université, à la retraite, spécialiste de la flore amazonienne et des psychotropes. Présentement il mitonne des breuvages aux effets fantaisistes ou foudroyants selon les dosages.
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- Et alors ? Accouche, parle enfin !
- J’ai l’impression que sa dernière trouvaille crée des victimes obéissantes, homosexuelles et amnésiques. Qu’est ce que tu veux savoir encore ?
- Rappelle-toi ! Regarde bien la photo. Est-ce la même fille ?
- Tout à fait, mais cependant, quoique …
- Tu ne peux pas dire oui ou non, spèce de snobinard, de fendeur de brume, de, de, de ….et puis merde alors !
Polo s’énerve. Trois jours qu’il attend une apparition ; Il voudrait entendre des voix, piquer enfin la Jeanne d’Arc sénégalaise en flagrant délit sur le bûcher et tordre le coucouzizi du père sabreur, ce Stroems de music hall qui vend les filles et assure à ses acheteurs un vrai service après vente. Il offre ainsi deux ans de garantie assortie d’un kit d’entretien avec auto vidange périodique du cerveau, l’homo breuvage hebdomadaire dans le radiateur et éventuellement la recharge des batteries, dans son centre hospitalier psychiatrique, lorsque la mécanique se détraque sérieusement, bonne pour l’échange standard ou la casse. A Saint Cloud, à la lisière de la forêt, une grande maison blanche accueille les dérangés du citrouillon, les extravagants de la culotte, ou les fanas du psychodrame. Sa clinique conventionnée, creuse avec régularité et généreusement les énormes trous de la sécurité sociale. Stroems a pensé à tout. Il est dangereusement génial. Polo a découvert l’existence de cet hôpital, par hasard, en faisant suivre par son adjoint clodo surnommé Bragaille, une ambulance qui stationnait devant la porte du Sentier Verdoyant à une heure très tardive. Depuis Jean Rajoute et son collègue Phil Entrope qui ont finalement rejoint la galère de leur ancien patron qu’ils adorent comme leur tonton, montent la garde dans une camionnette aménagée, percée de petits trous, flanquée de caméras cachées et capable de révéler sur un écran ce qui se passe à l’extérieur. Ce qui rend tristes les deux compères c’est justement qu’il ne se passe rien à part le tourne et vire des visiteurs qui viennent en consultation à pieds ou en taxi et qui croient, croix de bois, croix de fer, que le psychothérapeute guérira leur mal de vivre. Si d’occasion l’ambulance s’arrête devant le sas des urgences, trois hommes musclés, manu militari, empoignent et escamotent le forcené empaqueté, camisolé de blanc, sanglé de cuir, qui disparaît vite fait dans les couloirs interminables de l’asile. En trois jours deux admissions musclées seulement ont été filmées aux urgences.
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- Polo, tu devrais visionner à la loupe ces deux séquences.
- Sait-on jamais en y regardant de plus près. Va pour un essai en arrêt-stop-image.
- Tiens, reviens en arrière. Nettoie tes lunettes. Vois sa main, elle est noire d’encre. Agrandis. Sans doute est-ce la petite cousine à Coulibaly.
- Tiens, tiens ! La Nadia qui se pointe aux consultations. Elle est en train de nous doubler l’américaine. La nasse est pleine. Allons-y.
A l’enregistrement des entrées pas de Aïcha Coulibaly. Elle a été avalée par l’hôpital sans l’ombre d’une trace. Je n’ai plus le choix. Pendant que Polo parlemente au bureau d’accueil et demande à être reçu par le dirlo de ce coupe gorge, j’enfile les escaliers des sous-sols, et à l’odeur du formol qui me guide, je rejoins sans peine la morgue, le frigo des macchabées, le seul coin silencieux de la grande bâtisse.
J’ouvre tous les tiroirs et tilt ! Aicha refroidie à moins cinq degrés, gît raidie à jamais dans un grand drap blanc immaculée confection. Pour voisins peu remuants, quelques vieux schnoques allongés en fin de parcours sont là bien morts et leur folie s’est apaisée. Ils sont guéris et se reposent enfin d’une vie ratée, râpée, rabat-joie, rabat quique. Quel destin !
En regrimpant les marches deux à deux je tombe nez à nez sur Nadia ; c’est dos à dos que l’on se quitte. Elle descend, moi je monte. Drôle ! C’est toujours en se croisant qu’on se rencontre avec celle-là. Il faudra que je lui dise un jour, que c’est en se croisant qu’on fait les beaux enfants, nez à nez, à deux dos, bouche à bouche ! Encore une fois je rêve.
A la sortie de l’hosto je retrouve Polo avec sa mine des tristes jours.
- Tu déprimes, mon frère ? Où en sont tes géniales investigations ?
- Il va falloir un mandat de perquisition et renifler de fond en comble la maison des fous. Je mets ma main à pisser que je vais enfin constater le plus beau flagrant délit de ma carrière. Je cours chez le juge Mant, celui qui délivre ce petit papier qui permet de mettre son nez dans le caca des autres.
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- Moi je préfère t’attendre ici. Je guetterai dissimulé dans la camionnette.
Une bonne heure après, Polo réjoui, débarque d’un fourgon plein à craquer de policiers en tenue et investit sans crier gare le pavillon des dingues suivi au pas de course par trente flics disciplinés. Je dédaigne ces investigations tapageuses, les gesticulations médiatiques de Polo, la police spectacle et un peu déçu je reste coincé dans mon observatoire. J’ai tout de suite l’intuition que nous perdons notre temps. J’ai remarqué la sortie en trombe d’une ambulance, à l’arrière de l’hôpital et je n’ai pas réagi assez promptement. Tant pis, je n’en dirai rien à personne. Le remue ménage a duré une bonne heure et je récupère un Polo déconfit, les bras ballants, la paupière lourde, le nez long et le regard hagard des condamnés au suicide.
- Oh ! L’ami, tu m’expliques.
- Aicha envolée. Nadia disparue. Tout est en règle dans ce zoo. J’ai besoin d’un congé de paternité car je viens d’engendrer la plus folle perquisition du siècle. Encourage moi, je tourne mollusque, je pose culotte, j’ai le sentiment amère de ma cacafouillade. Oh ! la !la !la !
C’est la première fois que je ramasse mon ami à la petite cuiller. Je le raccompagne en le guidant dans les clous. Il marmonne, m’explique en anglais qu’il n’appartient plus à Scotland Yard et finit toutes ses phrases en léchant ses lèvres. Il a manifestement besoin d’un petit remontant. Au café du coin je lui fais servir un triple whisky poivré capable de réveiller un taureau sacrifié dans l’arène. Ca y est, je commence à le récupérer sain de corps, mais encore sot d’esprit. Je remets la gomme avec un autre verre et le voilà désormais prêt à recommencer ses conneries.
- Tu veux bien me faire un petit journal télé. Que s’est-il passé chez les foldingues ?
- Je n’ai plus retrouvé trace d’Aïcha. Par contre j’ai saisi au hasard un tas de fioles et de sachets dans l’armoire à pharmacie. Le labo aura quelques jours de pain sur la planche. Le directeur de l’hosto m’a traité de flic débile, de chasseur de poussière, de branle quéquette, de bassine à frittes et même, tiens-toi bien, de gratte cul et d’éclate couilles. Je n’avais jamais entendu çà.
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- Ca m’inquiète. Tu n’as pas aperçu Nadia dans les sous-sols, je ne l’ai pas vu ressortir. Une énigme de plus !
Les laborantines de la nécro police scientifique ont analysé, dialysé, lyophilisé les substances dérobées par Polo, et même relu leurs vieux bouquins de chimie, car rien n’est bien su, ni bien sûr, lorsqu’il s’agit de se pencher sur les mystérieuses propriétés de ces merdico-lasures. Dans des sachets d’agglutinate d’aspergillus, en fait, étaient dissimulées des gélules en quatre couleurs, contenant des mixtures oniriques, hallucinantes, sexifuges ou cognitotropes. La preuve par neuf que le lien existe entre l’hostoburlingue et la secte du Bourbier Verdoyant. Là, Polo tient le bon bout, le bambou qui va lui permettre de flageller et consécutivement cabosser la tête de tous ceux qui à tour de rôle se sont moqués de lui ces derniers jours.
Rita, de temps à autre va dire un petit bonjour à ses anciens potes clodos, qui ont une adresse permanente sous les ponts de la capitale. Ce n’est pas la nostalgie qui la pousse à faire ce pèlerinage, mais un besoin d’entretenir les vraies amitiés, celles qui sont sûrement désintéressées et qui se contentent d’un litron pour s’exprimer. Et c’est là qu’elle a entendu par hasard parler d’une fille blonde, bourrée d’euros, qui les partage sans compter avec tous les boit-sans-soif de la cloche joyeuse et que l’on nomme Nadia la folle. Un peu perturbée en effet, elle ne s’arrête jamais de parler et il est pratiquement impossible de lui donner la réplique. Même en dormant, son discours se poursuit en sourdine. Drôle de maladie ! Ses copains d’infortune, ont tout essayé pour la faire taire, mais hélas ! Et si encore ce qu’elle raconte avait un sens ! Enigme. … Hospitalisée par nos soins dans les services du professeur Weisenberg, celui qui sauva la célèbre folle de Chaillot, elle fait des progrès à trois phrases en moins par jour et mettra ainsi un an ou deux à s’en remettre. Le non moins célèbre prof. interrogé a décelé dans son sang les traces d’une molécule inconnue à ce jour dans son service. Les policiers en blouse blanche ont enfin identifié la redoutable mixture. Nadia a été empoisonnée par le perfide Stroems et remise en circulation dans Paris. Voilà une preuve supplémentaire. Cependant nous attendrons encore quelques jours avant de procéder à des arrestations. Ce qui nous manque, dans le dossier d’inculpation, pour qu’il soit en béton armé, c’est le cadavre d’Aïcha. Pour ne pas habiter trop loin du Sentier, Rita occupe actuellement un petit studio dans la tour Mont Parnasse. Ecœurée par les pratiques homosexistes de la secte, elle me fait le vilain coup de l’amour romantique. On se croirait dans Le lys de la vallée et croyez moi c’est dur pour moi d’avaler ça. Je n’ai jamais pétitionné pour l’abstinence et je ne peux pas lire plus de deux pages du grand Balzac. La violenter n’est certes pas la bonne solution, le guiliguili ne donne aucun résultat, seul un bouquet de violettes ou un poème la comble de bonheur et je ne sais plus si tout mon attirail est encore opérationnel. Ce doute m’envahit, me taraude l’inconscient, disloque mon référentiel, transforme ma sérénité congénitale en vortex psychologique. Que vous dire de plus ? Je vous parle un peu de Rita pour vous la garder bien au chaud dans mon récit. Figurez-vous qu’elle a aperçu sortant de la porte des sous-sols, dans la tour même, le sosie du gourou, l’inquiétant et sinistre Michelon celui qui règle le déroulement des cérémonies sataniques. Il va falloir tirer au clair ce fait à première vue insignifiant. Vous connaissez ma manie. Il faut chaque fois que j’enfile des escaliers qui descendent pour aller voir, pour me dégourdir les jambes, pour chercher dans les bas fonds ce qui ne se montre pas sur les seuils. Une fois de plus, guidé par je ne sais qu’elle intuition malsaine, je m’enfonce dans des boyaux, garnis de fils, de tuyaux, de gaines, puis viennent les rats, les araignées, les portes rouillées, coincées qui mènent on ne sait où.
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Au fur et à mesure de ma descente aux enfers, je devine que ces souterrains me rapprochent du Merdier Verdoyant. Dans la dernière foulée une immense cavité voûtée en pierre de taille reçoit cinq escaliers en pente douce qui remontent probablement vers les caves de certains immeubles très anciens. Je choisis celui qui débouche au centre et quelques échelons de plus me mènent dans une salle basse où une faible ampoule s’allume à mon passage. Le sol en terre battue sent fortement le champignon pourri, le rat mort, l’eau croupie, et j’éternue trois fois tel un âne enrhumé qui vient de renifler une ânesse en rut. Les dernières marches en ferrailles profondément rouillées aboutissent à une trappe en bois lourd ornée de tartouilles en fer forgé. Je soulève, dos courbé et dans l’effort je jure le Christ, les saints et les apôtres, espérant ainsi l’aide du diable pour émerger enfin dans un couloir étroit, fermé au bout par une porte blindée en inox. Là, je sais où je suis juste au niveau de la cellule où Nadia était emprisonnée. Je rebrousse chemin, car mon passe partout cette fois-ci rechigne et se coince.
De retour au bureau, je retrouve ma Jacotte qui profite en ce moment du caprice romantique de sa rivale Rita. Je la baise affectueusement pour rattraper le temps perdu. Tant pis pour l’autre idiote ! Puis je bigophone à Polo qui râle car son divisionnaire l’a traité de flic budgétivore, abusif, qui gaspille les moyens mis à sa disposition pour des résultats minables.
- Viens au bureau, j’ai ce qu’il te faut pour regrimper dans les sondages.
- J’arrive, je cours, je vole et me range devant ta porte dans cinq bonnes minutes.
Quand Polo va vite, bonjour les débats qui n’ont pas de sens ou n’en finissent pas. Toujours est-il, qu’il hésite quand je prétends qu’Aicha n’est pas bien loin dans une sorte de catacombe secrète, en tout cas peu fréquentée mais profonde et mal éclairée.
- Cette fois je ne demanderai rien à mes chefs. L’insuccès ne m’est plus permis, dussé-je piocher moi même à en perdre le souffle, dans l’obscurité et la chaleur moite des sous-sols.
- La question posée avant tout est de trouver dans la ville une pioche, une pelle, et munis de ces deux outils qui font désordre dans Paris, de passer inaperçus. Aurais-tu oublié comment on retrousse ses manches, pourquoi on crache dans ses mains avant de commencer et avec quoi on s’étanche le front ruisselant de sueur.
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Mon ami n’a pas été élevé à la campagne. Il me regarde ahuri et me demande si le fait d’être classé au tennis facilite le maniement de ces deux instruments de jardinage.
- Ne t’inquiète ! Il faut un commencement à tout. Il suffit que tu déterres une main, ça se passe comme cela dans tous les films à la télé. Après tu pourras appeler l’équipe scientifique et pendant qu’ils finissent le chantier, nous irons respirer l’air frais et boire à la santé chancelante de ton chef hiérarchique.
Au préalable, il nous faudra épier les allées et venues dans ce passage et mettre en garde à vue momentanément ses usagers éventuels. Nous avons ainsi épinglé, Michelon qui semble l’emprunter assez fréquemment. Les jeux sont prêts. À la lueur d’une pile Wonder qui s’use même à l’envers, dans les ombres dansantes et les éclaboussures de terre, Polo manie à mon grand étonnement, avec une dextérité peu commune, la pioche qu’un ami de banlieue nous a prêtée. Je peine avec la pelle et je me sens plus à l’aise avec ma guitare, mon flingue ou les miches à Rita dans mes mains délicates.
La main tant attendue se tend soudain, le petit doigt pointé. Ca y est enfin ! Nous remettons tout en place, la menotte, la terre remuée, et la remontée au royaume des vivants se termine à la brasserie Mont Parnasse où nous buvons au succès de l’opération main noire. Pour demain Polo échafaude un plan audacieux : pendant que l’équipe des découvreurs de cadavres et des releveurs d’empreintes fouilleront les tripes souterraines du quartier, nous, à porte et ciel ouverts nous cueillerons les coucounettes déjà déguisées pour la messe crépusculaire, au moment précis du sacrifice, lorsque Stroem en furie menace de pourfendre la victime expiatoire.
Pour Aïcha, l’autopsie nous dira exactement si l’outil meurtrier était l’épée ou le goupillon qui a tué sans pardon pour la jouissance morbide d’un troupeau de tarés, d’enculeurs bâtards, de sinistres fripouilles. Pour ce crime, la présomption d’innocence et tout le blabla juridique des juges ne peuvent en atténuer l’horreur.
Puis nous changeons de plan car les arrestations réussies se font au petit matin quand la ville dort. Tard dans la nuit, le sanctuaire a dégueulé tout son beau monde sur le trottoir humide du boulevard. PVS et ses douze apôtres restent à demeure dans l’antre du diable. A six heures du mat, une impressionnante souricière est mise en place par Polo qui est redevenu en un clin d’œil l’incomparable commissaire, le premier flic de France, le Fouché du siècle, le grand manitou des menottes, enfin le Zoro de la crime. Coté souterrain, une nasse à fines mailles ne laissera pas filer les dégourdis qui voudront se faire la malle par le soupirail de la tour. En fin de nuit une équipe de spécialistes a gratté et extrait une Aïcha bien amochée, tout juste bonne pour la table à découper des chirurgiens légistes.
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L’assaut sera engagé sous peu. Polo donne ses derniers ordres par mégaphone et réveille ainsi tout le quartier, se prenant à n’en pas douter pour le muezzin de la mosquée de Paris. Avertis on ne sait pas comment et par qui, trois journalistes fouille-merde circulent, questionnent et se rapprochent de la vedette du moment. Polo leur fait en douce un petit signe de connivence et à six heures tapant donne le signal de la curée. Sachez une chose, que Polo n’a pas le feu vert de son patron, qu’il brave les tiédeurs de la préfecture de police. . Mais si le résultat s’avère positif, il pourra pavoiser. C’est à croire que dans sa hiérarchie, il y a ceux qui n’osent s’attaquer aux sectes, ou alors vous le pensez sans doute avec moi, il y a aussi ceux qui pédo-surfent sur la toile. Quel monde ! …. La porte de la secte infernale, s’ouvre enfin sous les martèlements et les injonctions policières. C’est le moment pour PVS de gommer toute espérance sur le seuil de son temple satanique. Pénétration, suspense, attente silencieuse, quelques passants se figent, l’événement se fait attendre ! Puis, tandis qu’une civière ouvre la marche, portant la dépouille d’Aïcha, les flashes des journaleux mitraillent les douze apôtres entravés comme des bêtes récalcitrantes qui suivent deux par deux, la mine allongée, le dos cassé, cachant leurs visages pales et tout surpris d’être hués par cette foule matinale. Tout ce qui roule sur le boulevard ralentit pour un furtif coup d’œil. Ceux qui auront déjà vu, reverront avec intérêt à la télé ce soir, le fait divers amplifié et diront à leurs amis « j’ai vu, c’était génial ». Actuellement, pourquoi le dire encore, tout est génial ou super. Ces deux mots clés résument le fond de conversation de la plupart des gens. … Mais revenons à nos moutons galeux. Ils vont grimper dans les fourgons bleus de la police nationale, poussés sans ménagement par des mains de flics, chiffonnant au passage les robes de chambre du matin, bousculant les parures, les perruques, les moumoutes et bigoudis de ces messieurs-dames alpagués au saut du lit. Quelle misère !
Autant ne pas trop insister sur les agissements incontrôlables de Polo, qui s’adressant aux journalistes, a oublié qu’il leur parlait dans le mégaphone encore branché, inondant le quartier encore mal réveillé, de son enthousiasme tonitruant. Moi j’ai honte pour lui, il n’est pas sortable ! Ce matin sa mégalophonie, vraiment surprend, étonne, s’étend, détonne, présentement déconne. Je lui tape sur l’épaule discrètement, et j’éteins l’amplificateur ; il reste soudain sans voix et son discours se perd dans la foule des badauds d’ou monte un rire, vite amorti par les applaudissements. Il se ressaisit, et en réglant son pas et sa démarche, il pénètre dans le temple où une enquête sérieuse va être rondement menée sous ses ordres. En retrait j’assiste impassible au succès de mon ami qui ne m’a même pas regardé et m’en veut d’avoir coupé le son au milieu de son triomphe.
Chapitre XIII
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Les jours suivants, nous avons fait labourer toutes les galeries convergeant sous le sentier merdoyant. Cinq cadavres rabougris, tristes à pleurer, de jeunes femmes nues assassinées d’un coup d’épée en plein cœur, viennent étoffer le dossier déjà accablant de PVS. En plus, un dépôt d’armes impressionnant a été mis à jour dans les catacombes du repère.
Depuis ces arrestations, Polo a reçu des félicitations forcées de la part de ses chefs ; moi je me contenterai des menaces de mort, venant tout droit de Sienne, accompagnées d’un petit cercueil en bois de pin, orné de dorures et de poignées démesurées qui semblent indiquer que mon décès est proche. J’ai fermé le bureau qui a été saccagé une fois de plus, une fois de trop, et Jacotte est partie à la campagne. Il va falloir rendre visite à Carla, pour programmer la lessive complète du Sentier italien. Cependant je me sens un peu seul dans la tourmente. Rita qui n’a pas froid aux yeux, c’est sûr, pourra partager l’aventure. Mais cette fois ci le danger s’affirme. Il va falloir recruter parmi les compagnons d’antan, rangés des voitures mais nostalgiques, les amis de mes années folles où dans ma jeunesse j’étais du côté des voyous à Marseille.
- Polo, peux tu me faire recruter une fois de plus par la DGSE pour une mission en Toscane, en invoquant la reprise du trafic d’armes en Europe.
- Je suis bien noté en ce moment mais je ne te promets rien.
- C’est dommage que Nadia soit sur le flanc.
- A propos, j’ai plutôt une bonne nouvelle. Elle a enfin cessé de palabrer toute seule et va beaucoup mieux, sa langue ne vibrionne plus, et elle serait plutôt plus muette qu’une carpe. Tu devrais lui faire visite avec un bouquet de fleurs et un gros ananas qu’elle réclame sans cesse.
- Elle est donc encore perturbée la pauvrette !
- Au CHU on pense que sa préoccupation est tout à fait normale. Les fleurs et l’ananas signifient le retour parmi nous, la preuve qu’elle s’intéresse enfin aux petites choses de la vie. C’est bon signe !
- Je pense aussi que le prof a oublié un détail important. Ce qui la remettra à cheval une bonne fois pour toute c’est une longue chevauchée d’amour dans un grand lit douillet avec un mec à la hauteur.
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- Je te vois venir grand saligaud, Casanova de chambre d’hôtel, abuse-malade, trousseur de femmes seules et naïves.
Dois-je contacter mon vieux copain de Marseille, Constantin Ciacarellu ; C’est le plus vilain hirsute de la création. Lui dire qu’il est barbu c’est lui faire une fleur. Disons qu’il a la joue et le menton, poilus filasse, et lorsqu’on le regarde bien en face pour converser, il mâchonne en bavant humide, les mèches décolorées de son abondante moustache et vous oblige plutôt à scruter l’horizon. C’est franchement insoutenable !
Nadia, elle, se porte mieux depuis qu’elle s’est fait culbuter sur son lit d’hôpital par le brancardier de service. Elle a coïté si fort que la voilà requinquée pour l’action, érostabilisé coté libido, fin prête pour tourmenter les saligauds, les voyous, les pédophiles, pour paralyser les trafiquants et passeurs négriers, et momifier les assassins. Gentil programme !
Constantin a dit « oui tout à fait ». Nadia nous accompagne. Rita n’envisage pour le moment que la perspective d’une lune de miel, troisième refrain, en Toscane. Polo a ramé dur pour n’obtenir que des ordres de mission non écrits de la DGSE, mais seulement la promesse d’une extradition vers la France, pour nous en cas de bavure et le concours du meilleur avocat du barreau de Paris pour éponger nos entorses à la légalité. Autrement dit, il ne faut pas faire de faux pas mais il faudra ménager la chèvre transalpine, le choux de Bruxelles, l’oncle Sam et pourquoi pas le vice-roi des Indes. Ne bousculons surtout pas la sérénité des bureaucrates des services d’intervention ! Voilà constituée l’équipe branquignole capable du pire. En route pour les guerres d’Italie !
Afin de passer inaperçu, Napo mon cousin passa le col du grand Saint Bernard armé jusqu’à la ceinture. Nous nous contenterons d’envahir la botte par Vintimille. Je frise les deux cents à l’heure en passant la frontière. La Maserati de Constantin filoche tel un missile SSBM, suivie de l’alpine racle bitume de Nadia qui a horreur des américaines. Dans son ancienne Cadillac, on la prenait trop souvent pour la fille de Rita Evorte celle du fameux bal des sirènes. Rita, la mienne somnole pour ne pas déranger, dans le profond siège baquet de ma Mercedes carrossée, ne vous l’ai-je pas déjà dit, par Farina pour le dernier carnaval de Nice. On ne risque pas de passer inaperçu, mais plutôt pour des frimeurs pleins les fouilles. À nous donc la dolce vita ! Nous avons choisi d’agir à visage découvert, mais grimés. À Sienne nos ennemis ne pourront pas nous reconnaître et ils auront des surprises, c’est promis !
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A Sienne, nous débarquons chez Carla, mais dans la banlieue de la Cité ou elle se retire de temps à autre lorsque son compagnon de plume et de plumard va visiter ses éditeurs. Au centre d’un vaste vignoble elle possède une gentilhommière miniature et discrète, mais pouvant nous accueillir tous en vrac à l’improviste et sans façon. On ne pouvait rêver mieux comme quartier général pour mener les sales besognes qui vont endeuiller la racaille et creuser la tombe d’un certain parrain omnipotent et indéracinable par les moyens légaux.
L’idée vient de Nadia qui projette de se faire le Seppo, de le séduire, de l’entortiller par la braguette et le pousser dans une entreprise meurtrière qui nous évitera la cague molle dans les mains. Lui suggérer de prendre la place de son vieil oncle Don Meschino Pardini, le tonton qu’il avait salué un certain soir à l’arrivée du car des clandestins, est une idée géniale. Vieux routier du crime et de l’embrouille maffieuse, le croulant fort respecté par les anciens ne se doute pas que les jeunes loups lui font le bras d’honneur lorsqu’il tourne le dos et lui volent la moitié des ressources de la famille. Notre partenaire est sûre de son coup. Vedremo !
Je ne vous dis pas la joie de Carla, lorsque nos bolides freinent et stoppent bruyamment au bas du perron, dans un nuage de poussière qui montant jusqu’à elle nous la révèle plus vaporeuse et plus en beauté que jamais. Je me précipite lui faire une bise coquine pour rendre un peu jalouse ma Rita qui ne s’est pas encore bien décoincée.
- Carla, ne fais pas trop attention à mon ami Constantin. Pas présentable assurément mais d’une efficacité redoutable dans l’action.
- Je lui ai vu brouter sa moustache pendant quelques secondes.
Dans l’escalier une rigolade à secousses annonce Nadia et Constantin qui traînent à deux un gros sac de camping trop lourd pour un seul homme, unique bagage de notre camarade barbu, probablement plein d’armes, d’explosifs, de cordages et de toutes autres sortes d’engins épouvantables. Courbés en deux par le rire et la charge, la belle et la bête pénètrent dans le salon raffiné, communiquant à chacun un fou rire contagieux. Les présentations sont faites : Nadia, Tino, Carla, on se serre les pinces à l’américaine.
- Mes amis, installez vous ! Les chambres sont à l’étage. Moi, je cours à la cuisine où Marta va nous préparer un petit réveillons-nous au champagne.
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Ce qui surprend alors que nous y sommes, c’est l’extrême délicatesse avec laquelle notre ami Constantin se tient à table. Il nous dépasse d’une demi toise et vu d’en bas il a fière allure, la fourchette en bataille. Quel appétit ! Carla qui devine les choses de l’amour propose à Rita une salade d’aileron de requin qu’un ami japonais lui a recommandée. Nadia boude la cuisine italienne et n’y tenant plus demande un hamburger fait main avec un tube de ketchup, une serviette en papier et pour clore, un cure dent en plastique alimentaire. Marta me regarde en coin, hausse les épaules et disparaît dans sa cuisine. On attend tous le dénouement ! Elle revient, triomphante au bout d’un long quart d’heure avec une boule de pain mou dégoulinante qu’elle présente sur un plateau d’argent. En regardant Nadia manger goulûment cette chose, Tino dégoûté, la regarde bien en face et ne peux s’empêcher de grignoter sa moustache un court instant. Un ange passe et n’y tenant plus un fou rire nous prend tous et nous secoue sur nos chaises. Au dessert il serait temps de parler sérieusement. Ca nous arrive !
- Carla, nous n’allons pas te compromettre, ce serait trop dangereux pour toi. La seule chose que tu peux faire pour nous c’est d’organiser une fête dans ta demeure seigneuriale où sera invité Seppo le bel italien qui plait paraît-il à Nadia.
- Je suis d’accord à condition qu’elle loge à l’hôtel Gagliari car il ne faut pas qu’elle se fasse repérer ici. Ces gens là sont trop dangereux et il faudra jouer serré avec le Seppo. Ils tuent comme ils transpirent au moindre soupçon et même quand ils sont sûrs de rien. Doumé occupe-toi des bouteilles, je vais chercher les cigares de mon défunt mari pour notre ami Constantin.
- Merci, Carla, j’adore le tabac cubain et ça me rappellera mes combats auprès du Ché. C’était la belle époque ! Les révolutions naissaient dans les pacoules et on les achevait dans la capitale à la présidence ou le nez dans le ruisseau.
Les conversations vont bon train, au salon, mais la fatigue du voyage commence à se faire sentir. Constantin baille, se lève et monte se coucher sans un mot en emportant la dernière bouteille de champagne qui traîne encore sur la table. Les filles se quittent et nous ne saurons jamais ce qu’elles ont pu se dire en se riant de nous. L’hôtel des Montefrolo est ouvert et éclairé, ce soir ; le tout Sienne bien pensant, collet-monté, élégant et fêtard a été convié à une réception chez la comtesse. Dans la ville on a vite oublié son vieux mari mais tout ce beau monde attendait que, le deuil achevé, les réceptions chez Carla reprennent. Membre honoraire du sentier verdoyant, elle a invité les dignitaires du temple et les anciens amis du comte s’empressent d’y amener les demoiselles de la famille ou leur jeune maîtresse. Un gargantuesque buffet à gogo offre à l’assistance toutes sortes de fruits exotiques, des boissons qui tuent, des gnama-gnama africains, des rat loukoums libanais, des poissons confits, des foies gras de canards migrateurs gavés au manioc de Korogo ou truffés d’ails germés de Manille. Avez-vous goûté un oignon chinois, une fesse de mangouste, ou un simple capuccino au sucre candi ? Vous pourriez chez Carla, les déguster, vous pinter la gargamelle, danser avec ou danser contre, et mieux encore essayer la secousse du pingouin , la plus répandue, la seule danse qui agite encore les rêves parties actuelles. Le fêtard bipède a pourtant été conçu le sixième jour pour la lambada lubrique, le frotti-frotta langoureux du tango, la distinction manchabalesque de la valse viennoise, ou la vulgarité populaire de la java. Dans une décennie, le monde entier dansera figé, la carmagnole standard, bras tendu vers le ciel, la fesse plate, les miches en boutons de culotte, animée par des sono-machines-orchestres anglo-saxonnes, façon Beatles.
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Dans un recoin discret, derrière un grand lampadaire torsadé et vieux d’un siècle, qui marche encore à l’ampoule à charbon du génial Edison, Nadia se laisse peloter par un Seppo impulsif et dominateur. Le pauvret, il ne sait pas encore dans quelles pattes américaines il vient de tomber. Il faut dire que Nadia, lorsqu’elle s’éjecte de son blue-jean, en robe de soirée, vous damnerait un chanoine, à travers la grille de bois, en venant seulement à confesse. Avant la fin de la soirée, les deux accouplés s’éclipsent par les cuisines, discrètement, non sans piquer au passage quelques gâteries, à croire que le Seppo a manqué de sucreries dans son enfance. Ces deux là vont disparaître pendant quelques jours, se gaver d’amour et parsemer une zizanie pas possible dans le clan familial du vieux Pardini. Pour les beaux yeux et dans les bras d’une blonde américaine, Seppo est bien parti pour conquérir l’Italie de la pègre persuadé d’époustoufler sa compagne qui se fait passer pour une trop riche héritière qui s’ennuie, malgré les nombreux et juteux puits de pétrole de son cher papa. Il faut dire que Nadia a une mère italienne et baragouine tant bien que mal, assez pour se faire comprendre par le jeune et fougueux Seppo. Lui, il veut maintenant la marier, mais le vieux Don Meschino, qui lui a servi depuis longtemps de père s’y oppose formellement.
- Mon neveu, tu épouseras une napolitaine de notre milieu, habituée à la violence, à la mort, aux deuils trop fréquents et surtout qui saura se taire, se taire, tu m’entends.
- Je vous entends, mon oncle, mais j’aime Nadia et c’est partagé.
- L’amour ! Tu parles ! C’est bon pour les bourgeois qui tremblotent et ont peur de la vie, qui se branlicotent la bombonne pour se persuader avec des mots, qu’ils existent.
- Mais mon oncle, cette fois ci je ne suis pas sûr de vous obéir. J’épouserai Nadia quand même.
- Tu veux mais ne peux. Je t’exclurai de la famille et tu sais ce que cela signifie. Allez, va baiser au diable avec ton américaine.
Ils ont quitté le grand mas de don Pardini, mains dessus, bras dessous en pestant contre l’entêtement du vieux scoubidou, cette caricature de parrain sénile.
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Chapitre XIV
Comme aux temps des rois, le poison est resté l’arme sournoise, la tisane absolue, si elle ne laisse aucune trace dans le gras double de la victime. Mourir empoisonné à notre époque n’a rien de choquant quand on pense à Tchernobyl, à Seveso, à la Hague, aux pesticides qui tuent à feu tiède les doryphores, les abeilles et les humains. Seppo, devenu le confident du professeur Ceccaldi lui rend souvent visite au laboratoire du sentier. Celui-ci le traite comme son fils. Ayant vécu en moine toute une vie pour approfondir dans la solitude ses recherches un peu folles, il éprouve pour le jeune homme un sentiment ambigu. Allez savoir ! Seppo a pu ainsi apprendre l’existence et les propriétés stupéfiantes du curaro-lasure et détient les dosages, et le mode d’emploi d’un poison mortel ne laissant aucune trace dans les tissus ou le sang. Pour bien faire, Nadia a interrogé discrètement Rita qu’elle sait experte en lasurologie. Le fin dosage est prêt pour expédier le Meschino en l’enfer des scorpions, celui pour lequel Dante aurait oublié quelques rimes. À elles deux, elles ont préparé un cocktail incolore et sans goût qui, agissant à retardement et à dose homéopathique, provoque un suintement hémorragique interne promettant, à la stupéfaction des médecins médusés, une mort lente, nauséabonde et franchement dégoûtante. Tandis que Seppo attend l’occasion de liquéfier son oncle, Nadia elle, a momentanément disparu pour ne pas envenimer la dispute familiale et endormir la méfiance du vieux phoque. Ca va bientôt pleurnicher dans sa chaumière.
Mes chères lectrices, mes assidus lecteurs, nous voilà enfin là où mon récit s’attarde mollement, là où le suspense enfle suffisamment pour vous tenir en haleine, et vous donner l’envie d’aller plus loin. Imaginez un moment, une grande librairie parisienne où d’une plume d’or je signerais des dédicaces bien tournées et des remerciements d’être venus si nombreux.
- Monsieur Doumè Nico votre œuvre sera lue sans faute par tous.
- Mon cher Pivot, je suis nul en dictée, mais cent fautes c’est une exagération.
- Monsieur le Ministre de la culture que nous savons ennemi de la langue de bois, je brûle de savoir si mon récit est tout bon ou franchement mauvais ?
- Vous atteindrez que vous le vouliez ou non, la postérité, la gloire. Le prix Nobel de littera-pure et le plébiscite des éditeurs vous hisseront aux sommets de l’art littéraire d’avant garde.
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- Or, vous savez, moi je ne désire qu’une seule chose, c’est de passer un moment à la Télé dans le charivari de Sébastien, ou encore être reçu à l’académie française. Rien de plus ! Mais si ! Mais oui ! Tout à fait ! Mais bon !
A toute la presse réunie je révèlerai tout, je confesserai même aux journaux catholiques mes aspirations profondes, mes croyances, mes doutes et mes interrogations. Ca y est la poubelle déborde et il serait temps de revenir à mes deux gentils assassins, Seppo par ambition et Nadia par simple nécessité de police.
Parlons-en de cette nécessité ! Pourquoi expédier aux allongés, un vieux parrain devenu moralisateur sur le tard car gardien de la tradition maffieuse familiale ? Il faut bon gré mal gré rajeunir les cadres dans toute entreprise moderne. Il faut faire le ménage avec ménagement, sans bousculomanie intempestive. Une petite maladie à retardement, lente et pernicieuse rappelant les fièvres hémorragiques africaines que l’on connaît mal, suffit à éliminer le gêneur sans trop faire de vagues, sans réveiller la curiosité investigatrice des juges italiens. L’affaire a été rondement menée en un mois. Ci-gît Pardini Don Meschino au cimetière de Sienne entre le comte Montefrolo et son cousin Monseigneur Ragazaccos archevêque de Cargesiras enterré avec sa bague à baiser. Tout du beau monde qui vécut en marge du bon populo honnête pauvre et con. Seppo hérite du domaine de son oncle et devra s’imposer à la famille pour rester le capo, le grand manitou d’une lucrative activité de tueurs à gage, spécialité de la famille Pardini. N’est-il pas aussi le tireur patenté du sentier Siennois et ainsi notre valet d’atout pour la poursuite de notre jeu de massacre. La présidence de la congrégation du Sentier revient après de longues palabres et peut être quelques exécutions sommaires à un certain Conpasta Vermicello que Carla a souvent invité à ses réceptions pour répondre aux quatre volontés de son mari, le comte. C’est ainsi qu’elle découvre après sa mort, par bribes, quelques aspects cachés de ses fréquentations douteuses et pourquoi pas maffieuses.
Seppo a fermé, la grande demeure et nous en profiterons pour installer en catimini une machine infernale dans ses caves qui sont aussi profondes et mystérieuses que celles du Vatican. Et c’est là qu’intervient l’ami Constantin qui a dans son sac de quoi faire sauter un petit bout de planète. Dans le gros bagage qu’il traîne depuis le départ, il a ce qu’il faut. Il a même l’allumette électronique qui lui permettra à distance de casser la baraque le moment venu. Un grand feu d’artifice au milieu d’un forum maffieux, en pleine nuit, dans la campagne toscane, à l’heure des ombres furtives, des conciliabules et des compromis secrets, ça fait désordre mais le spectacle sera uniquement réservé aux insomniaques et aux somnambules récidivistes.
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En attendant la pulvérisation totale de la grande baraque, j’ai mis mon nez dans toutes sortes de placards et de remises. À l’étage dans une sorte de bibliothèque à tiroirs, j’ai découvert la plus prestigieuse collection de cassettes pédophiles jamais réunies dans un même lieu. Je préfère ne pas vous donner le détail de ce déballage intime. Au cas où vous me poseriez la question, je vous répondrais que ce commerce me dégoûte et que les amateurs de ces spectacles dégradants sont aussi méprisables que ceux qui en profitent. Partisan de la peine de mort violente ou par immersion comme on tue les chatons, je ne regrette pas du tout l’agonie pernicieuse du grand père Pardini. Un salaud de moins à faire figurer dans les statistiques de la grosse délinquance. Non, non ! Ne me faites pas de morale ! Dans une pièce voisine, le matériel du photographe de la famille d’Angleterre ferait triste figure au milieu de cet atelier dernier cri où les boites à images numériques, sont télécommandées par des flashs à étincelles où les objectifs sont virtuels ou radarisés selon la sensibilité, l’ouverture du diaphragme, la luminosité et le talent du photographe. Celui là aussi, si possible, nous lui ferons un avenir. Les défenseurs des droits de l’homme pourraient évidemment nous chercher des poux, mais ils achètent peut être eux même des cassettes pornos pour leurs longues soirées d’hiver et en général ceux qui protestent ne sont pas toujours bien débarbouillés.
Dans un carnet d’adresses, mille destinations sont consignées avec soin. Je confisque l’objet.
- Constantin, je crois bien que nous avons mis le nez dans un trafic douteux.
- Ces CD sont expédiés dans le nord où les gens biens s’emmerdent le dimanche, à des revendeurs belges spécialisés.
- Le nettoyage ici d’abord, ensuite nous irons exercer nos talents à Bruxelles, le phare de la nouvelle Europe. Tu parles !
- J’ai appris par Nadia que Seppo avait convoqué dans la grande baraque les cousins, la tata Magali pour le service, les tontons flingueurs et même l’oncle curé Pardini grand argentier de l’évêché qui fréquente le beau monde mais aussi la truandaille lorsqu’il s’agit de regarnir le tronc.
- Et au sentier, sont ils invités au repas d’adieu ?
- C’est pour bientôt, vendredi soir au crépuscule. Un buffet à gogo est prévu pour treize personnes. C’est Nadia qui sera la maîtresse de maison. Ca complique pour la mise à feu. Il faudra qu’elle s’éclipse juste avant le lancement de la fusée.
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- Mais non, c’est simple ! Il suffit qu’elle appelle sur le portable que voilà un numéro codé, qui fera tout sauter, les gus et la baraque.
- Constantin, viens que je t’embrasse, tu es le plus grand, le plus con, le plus faramineux. Qui t’a appris tout ça ?
- Sur internet. Tu cliques, tu copies et tu colles. C’est l’école de la rue sur écran de lumière ! C’est la mémoire en tranches de la pensée unique, du savoir populaire, de la cacophonie médiatique mondiale. Tu y lis Le Monde, le Figaro, tu écoutes un opéra de Verdi, un sermon du Saint Père, sur l’euthanasie ou l’avortement sans douleur. Tu apprends comment on tue, comment on se suicide dans l’allégresse, quel poison convient pour ta belle mère, la recette d’une bombinette atomique et même celle des pâtes à la bolognaise.
- Eh bien ! En voilà des merveilles !
Notre conversation à bâtons rompus promet en effet de tout rompre dès vendredi soir dans l’entreprise Pardini and Co.
C’est enfin le jour j et nous avons décidé de rester encore quelques jours pour ne pas éveiller les soupçons ? Seule, Nadia regagnera Paris cette nuit même, et nous y attendra chez Jaja.
A la ferme la grande salle voûtée, lambrissée à hauteur de lucarne en lattes massives de sycomore, abrite pour un soir, les plus venimeux tueurs et trafiquants d’Italie. Les meubles sont là depuis un siècle au moins, les murs à leur base ont un bon mètre d’épaisseur. La table de ferme est recouverte de boustifaille campagnarde et de bouteilles de vins pétillants. A croire que les ritals apprécient plus les bulles que la finesse des grands crus. Enfin, ce soir ils boivent, sans le savoir, le verre du condamné. Seppo avec les talons hauts de ses santiags, tapote le vieux plancher, nerveux, préoccupé, râleur, car Nadia ne lui manifeste pas une attention particulière devant la famille réunie. Il faut dire qu’elle n’est pas encore acceptée par la tribu, son accent et son italien intriguent les invités et puis elle appréhende le moment où elle devra expédier au diable toute cette choumarelle en état de péché mortel. Tino lui est inquiet, car à cause de la lourdeur exagérée de la bâtisse il a été obligé de multiplier la puissance de l’explosif. Il a peur du bruit et dit qu’il ne faut pas réveiller brusquement le bourgeois qui dort sur ses deux oreilles d’enfoiré.
Pas fier d’avoir envoyé Nadia seule au casse tripes, avec son petit portable en bandoulière, Tino mâchouille sa moustache en attendant. L’inquiétude le ronge et je me demande s’il n’est pas un peu amoureux de l’américaine.
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Le moment est proche. Les femmes ont rejoint les cuisines ; Embués dans les épaisses fumées de leurs cigares, les hommes, qui n’oublient pas de se disputer pour tout, se répartissent les prébendes, les quartiers de prostitution, la gérance des bars appartenant à la famille, les exploitations de racket auprès des commerçants de la ville, les cercles de jeux clandestins et les contrats sur X. Nadia, profitant de la situation, s’en va aux toilettes, et disparaît par le cul de la maison. Rejoindre sa voiture garée dans un chemin éloigné, n’est pas une mince affaire, car ses talons aiguilles et les ronces qui jalonnent sa fuite ne lui facilitent pas la tâche. Assise enfin dans son Alpine, elle hésite un moment et sans l’ombre d’un remord elle se décide à téléphoner. C’est dans les caves qu’une minuterie se met alors en marche pour le bouquet final. Dans quinze petites minutes elle sera déjà loin et l’explosion sera imminente.
Dans la nuit sereine enfin, un véritable séisme, éclair fulgurant, lame de fond sonore, écho de fin du monde, ébranle la cité et sa banlieue et va plonger dans la perplexité les bons habitants de Sienne qui ne croient plus à l’apocalypse, mais qui penseront plutôt le lendemain, à un simple et meurtrier règlement de comptes entre bandes rivales.
Le Vésuve, l’Etna, des crachouillis de tuberculeux ! Une première explosion sourde contenue par les murs fortifiés de cette très ancienne ferme, une deuxième salve qui a du projeter la lourde charpente et le toit dans le champ voisin, et enfin le bouquet final des dix bouteilles de gaz butane qui éventrent ce qui reste de la bâtisse ! Un perfectionniste, notre Tino ! Au dessus du brasier les âmes des disparus hésitent encore. Vers le haut, vers le bas ? Ca c’est la bonne question. Qu’en pensent les curés, les médecins, les bourreaux, les assassins, les juges et les militaires qui ne savent pas non plus où ils expédient leur petit monde. Les sorciers de jadis auraient pu vous répondre. Les druides dit-on en savaient long sur la question mais depuis que la dernière serpe d’or a été transformée en petite monnaie, le voile s’est refermé sur le sujet. Je voudrais bien vous en dire plus, mais mes séjours en Afrique noire, où la magie a la même couleur, ne m’a rien appris et la mort des salauds ne me contrarie guère. Nadia a passé la frontière et disparu pour un temps de notre scénario. Nous avons décidé de rester sagement dans la résidence dorée de Carla, en banlieue à l’autre bout de la ville. Les jours s’écoulent paisibles. Les nuits sont chaudes et Rita me joue plein pot, le rôle de la bergère apprivoisée, et nous n’avons nullement besoin de compter les moutons pour nous endormir au petit matin. Carla, elle, vit l’amour passion avec son poète, qui n’a plus rien édité depuis qu’il la connaît tant leur histoire s’écrit sans plume au fil des jours. Si je devais vous conter une belle histoire d’amour elle serait tout simplement la leur. Mais là, le talent que vous me connaissez serait en panne. Le véritable amour c’est inénarrable ; les mots et les musiques n’existent pas pour en parler. Constantin a le vague à l’âme depuis que Nadia nous a quitté vite fait. Il fume sans arrêt, se gratte les doigts de pieds au bord de la piscine et lit des bandes dessinées qu’il complète à sa façon au crayon gras. Ca fait peine à voir. Il ne nous reste plus qu’à attendre que les choses se tassent pour repartir en guerre. Le calepin récupéré dans la ferme explosée n’a plus de secret pour nous et nous tisse la trame d’une nouvelle équipée en Belgique.
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Voilà, nous y sommes ! De passage obligé, nous entrons à Paris par la place d’Italie et la rue de l’Hôpital qui s’encombre chaque jour de la Saint Glinglin sans qu’on ait jamais su pourquoi. Les villes respirent et vivent à leur façon. Celles du sud se réveillent tard. Au nord plus il gèle la nuit, plus tôt les besogneux déambulent à l’aube pour l’usine ou la gare. À l’heure de la sieste notre bolide se gare enfin devant mon enseigne près de la Maserati de Constantin qui a brûlé les étapes. La porte est entr’ouverte. Son rire de crapaud enrhumé fait duo avec celui de Nadia, plus cristallin à l’octave au dessus. Ces deux là sont faits pour s’entendre.
« 2 cœurs, passe, trois piques, contré »….Quand une partie de bridge commence on ne sait jamais quand dans la nuit elle se terminera avec bâillements, écrasements de mégots, explications vaseuses du dernier pli perdu. Tino, Jaja, Polo, Nadia autour de la table distribuent, battent les cartes, annoncent, jouent sans hésitation, et comptent leurs points à chaque tour. Des euros en fin de parcours changeront de poche. Voilà tout !
- Oh ! Polo ce n’est pas toi le mort cette fois-ci ?
- Grand couillon, te voilà de retour. Jaja joue avec moi, elle passe à tous les coups, fait une morte acceptable et ce qui m’étonne c’est qu’elle me porte chance. Tous les deux c’est l’harmonie, la complicité, l’entente cordiale, l’unisson, l’atout cœur, le tandem, la main dans la main. ..
- Et quoi encore ? Tu me les gonfles à l’hélium, amigo. Arrête ton cinéma de pandore à la sauce poulaga. Jaja est ma secrétaire, mon adjointe, mon associée un point c’est tout.
Elle baisse les yeux, et je comprends alors que Polo a profité de mon absence pour me faire cocu en somme. Je vous avouerai que cela m’arrange car j’en ai marre que Rita soit interdite de séjour au bureau. Elle se glisse alors, discrète, et jette un coup d’œil sur le dernier pli de Polo.
- Mon cher Polo vous jouez comme un dieu, celui qui tire à l’arc, celui qui tire les cartes, qui engendre l’amour et fait gagner ou perdre au jeu.
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Contente de son compliment, elle repère la machine à café de Jaja et prépare sans se gêner, un ballon de café pour tous. C’est sa manière à elle de se faire accepter.
Tandis que la partie se poursuit sans moi, je jette un petit coup d’œil sur le bureau. Jaja pour se faire pardonner ses incartades avec Polo le traître, m’a préparé un dossier lourd sur les réseaux pédophiles en Europe. Sur Internet elle a appris beaucoup sur le sujet. Figurent dans le dossier des listes de photographes, des adresses d’orphelinats, de boites postales bidon et des noms de libraires revendeurs à Anvers. Elle a pu grâce à Polo, interroger Von Machose, dans sa prison ou il survit et a transformé les douches collectives et sa cellule à quatre lits en mignon bordel de pédés, où même certains gardiens viennent se rincer l’œil par le petit fenestron de surveillance. On tolère, car ces jeux innocents rompent la monotonie chronique du pénitencier et maintiennent le moral des prisonniers. Elle a pu obtenir ainsi des adresses et cet enculé de VPS a tout vomi sur le trafic honteux en échange d’un allègement de peine hypothétique. Il ne se doute pas du danger qu’il court.
Jaja et Polo cette fois-ci veulent à tout prix faire partie du convoi et nous laisserons au bureau son cousin journaliste, qui nous arrive du Kosovo et a besoin d’un petit coin bien calme pour rédiger ses articles. Il témoigne et dénonce à grand renfort de films insoutenables les massacres, les viols, le génocide banalisé, qui sont encore possibles dans notre vieille Europe fatiguée et décadente.
Y avait longtemps que j’attendais un signe. Une certaine Videcoq de Lanoix s’est présentée ce matin à l’heure du café crème. Jaja l’a fait poireauter un long moment devant un Lavazza réchauffé d’hier. J’entrouvre enfin ; effrontée, la Jacotte me rappelle que je suis son patron chéri, que je dois donc donner l’exemple et que l’exactitude était jadis la vertu des rois. La cliente impatiente interroge d’un œil furtif sa montre en platine iridié et soupire. Présentation : Madame De Lanoix Séraphine !
- Nico, enquêtes et investigations. Que puis-je pour vous ?
- Mon neveu Gérôme 15 ans a disparu depuis un bon mois. J’ai déclaré sa disparition mais j’ai eu honte de tout avouer au commissaire, puis-je compter sur votre discrétion ?
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Et là tenez vous bien ! Elle me balance en vrac toutes les perversions de son époux, ses fantasmes, son penchant cochon pour le voyeurisme pédophile. Il reçoit d’Anvers régulièrement des CD et des cassettes pornos.
- Horreur ! Sur l’un d’eux j’ai cru reconnaître le petit Gérôme en tenue de gala-gala montrant son pile et face, flanqué de fillettes en tutu.
Elle a conservé le papier rose du dernier colissimo déposé à Anvers à la poste centrale.
- Rappelez-vous ! Les emballages sont-ils toujours colorés et de mêmes dimensions ?
- Tout à fait, nonobstant, c’est bien ceeeela. Le facteur lui apporte son colis tous les Vendredi.
Elle me refile alors un chèque à faire pâlir un guichetier de banque suisse et me redemande beaucoup de discrétion.
- Mon époux a les idées brouillées et j’exige de vous une extrême délicatesse. De toute façon la disparition de Gérôme semble le contrarier assez car il est fortement épris de son mignon neveu. Le petit est si craquant !
Ouh ! la la…La noble dame prend congé en oubliant de saluer Jaja qui marmonne cachée derrière son ordinateur.
Nous voilà de nouveau réunis au grand complet pour préparer notre prochaine invasion de la Belgique.
- Polo, peux-tu nous dire ce qui se trame sans nous à Sienne en ce moment ?
- Un certain Cancellieri appréhendé par la police anti maffia est accusé d’avoir pulvérisé à l’explosif une bande de saligauds napolitains dans une ferme toscane.
- Comme d’habitude ils le relâcheront vite, faute de preuves.
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- A croire les policiers italiens, il animait une secte riche et très influente, et le soir de l’explosion il fut le seul de la bande à s’en sortir car il n’était pas au rendez-vous. Quelle idée a-t-il eue, de se balader en ville avec un paquet de TNT dissimulé dans le coffre de sa voiture. Cette fois il est cuit.
- Constantin, petit cachottier, non content de casser des fermes, tu caches tes surplus dans les taxis de tes méchants ennemis.
- C’était une idée de Nadia. Elle n’est pas géniale notre américaine ?
Départ cette nuit vers trois heures du mat. Polo doit contacter son collègue belge au commissariat central d’Anvers. L’enquête cette fois-ci régulière, doit en collaboration avec l’inspecteur Lordurhin retrouver la trace du neveu disparu. Polo est seul habilité à contacter ce fin limier mais avec la ferme intention de s’en dépatouiller à la première occasion. Lorsqu’il s’agit de réseaux pédophiles la police belge hésite, bafouille, se perd en conjectures, et avance ses investigations avec une extrême prudence.
Le premier jour on rame dans les rues de la ville à la recherche d’un hôtel pas trop cher, avec parking souterrain fermé pour mettre nos véhicules trop voyants à l’abri. Nous utiliserons seulement deux voitures louées par Constantin sous une fausse identité. Des Clio merdiques, neuves d’apparence mais pourries au dernier stade feront l’affaire si nous voulons passer inaperçus. Le policier belge, rencontré ce matin par Polo, cheveux clairs et clairsemés, tête de têtard têtu vissée sur un cou démesuré, n’a pas l’air bien futé et ne risque pas de nous aider ou de nous freiner, car il ne sait pas s’il marche dans ses pompes ou s’il pédale dans le caca helvétique. Il est long, il est maigre, ses épaules étriquées, ses jambes rachitiques le laissent flotter à l’aise dans un complet râpé. Il exige un rapport journalier de nos investigations et toute intervention tapageuse doit faire l’objet d’une entente préalable. C’est ce qu’on appelle la coopération de la poulagaille européenne. Nous le laissons le cul sur son fauteuil, lisant les derniers exploits des coureurs helvétiques dopés dans le tour de France. Cependant, avec son aide désabusée, nous avons obtenu l’installation d’une caméra cachée dans le hall de la poste centrale d’Anvers. Il a oublié de nous demander pourquoi. L’objectif pointe sur le guichet des envois en colissimo et nous saurons mercredi ou jeudi qui enregistre les paquets roses, et qui doit les recevoir. Mis d’abord de coté par la préposée ils seront quand même expédiés un peu plus tard. Polo qui marche sans bruit en semelles alvéolées, suivra de loin le retour de l’expéditeur. Voilà une enquête bien amorcée en terrain mou.
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Ca y est ! Jacotte et Polo, aussi passionnés l’un que l’autre pour la débusque et la filoche, ont repéré un livreur de colis roses qui les a conduit dans une librairie du centre ville près de Notre Dame d’Anvers. On ne les associe plus à nos flâneries sur les rives de l’Escaut. Tino et Nadia font un couple heureux et passent leur temps dans des chambres d’hôtel quand l’envie les pousse. Ils se promènent, baisent quand ça leur chante et rient en cascades pour un oui ou pour de bon. Ce qui les a le plus impressionnés ce sont les quarante sept cloches accrochées dans le campanile de la cathédrale qui pique le ciel bas de Belgique à cent vingt trois mètres au dessus. Rita m’a traîné dans un coin sombre de la basilique pour admirer « la descente de croix » du grand Rubens qu’on n’était pas surpris de trouver là. À vrai dire le temps maussade de ces contrées du nord nous attriste et la peinture flamande n’a rien de réjouissant. Je préfère une bonne choucroute belge, avec des saucisses monstrueuses, de la bière à gogo ou un plat de moules frites. Ce soir, assez tôt dans la soirée car c’est l’heure du soupé belge, Polo nous invite au frais de la cagnotte française, à déguster une bouillabaisse du cru, que l’on nomme ici «le waterzooï ». Je ne savais pas que les helvètes préféraient la bière au vin. Non contents d’en produire trois cents variétés ils en inondent l’Europe et ne laissent jamais votre verre vide à table. Vous avez remarqué que ces gens du nord ont tendance à l’embonpoint.
Dans un bistrot de ruelle, garnie d’un bouquet de tulipes du pays voisin une nappe ronde nous a réunis autour du plat national. Les poissons comme ailleurs ont beaucoup d’arrêtes mais ici en plus ils ont le ventre mou. Ca ne vaut pas la rascasse de Marseille. Quand Polo parle on oublie ce qu’on mange et ce soir il a beaucoup à raconter.
- Dans la librairie tu as le choix. Tu peux lire le journal en anglais, en flamand, en allemand et même en français. Ici ils les parlent toutes mais mal. Et puis là est le grand sujet de discorde. Dans leurs discussions les mots forcément s’entrechoquent.
- C’est toi qui invite mais ce n’est pas une raison pour nous contrarier la fourchette. Les belges on s’en frotte le bigourdin. Dis-nous plutôt si la Jacotte et toi ça marche du mieux de dieu.
- La jacotte et moi nous allons plutôt choisir le « hocherpot »mélange de viandes et de légumes. Le poisson ça m’arrête, ça m’écaille la langue, ça me fait chier autant que tes questions idiotes.
Il est difficile de faire déjanter Polo mais il ne rate jamais l’occasion d’une réplique sifflante. Et de nous expliquer que les craniques sont des pains au raisin, que les couques sont des brioches et que les belges comme Hergé sont les champions de la bande dessinée.
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- Tu as vraiment la curiosité malsaine du parfait touriste.
- Et si on se cotisait pour lui offrir un appareil photo jetable avec un tour de cou en élastique.
- As-tu visité le musée royal des beaux arts ? Quand ça le prochain carnaval traditionnel ou tu n’auras pas de mal à te faire repérer, tant tu représentes le parisien fort en gueule et partout chez lui ?
- Basta ! Vous me couinez dans les oreilles. Parlons sérieux quand même.
- Parle, crache la dernière trouvaille qui vaille.
- Ben voilà, avec Jaja nous avons atterri dans le quartier des diamantaires, en pistant le livreur de la librairie «Au livre d’or ». Un gros carton a disparu dans la cage d’escalier d’un immeuble rupin abritant deux ateliers de taille. Mais le plus insolite, c’est la réapparition du petit livreur en costar de ville, style Van Der Merch le plus cher des couturiers de la place. Ensuite, ce monsieur a délicatement posé son cul dans un coupé Merco grand standing. Trace perdue dans la ville.
Jaja n’a rien dit mais je comprends qu’elle me réserve un bon tuyau, quelque chose qui a échappé à son Polo chéri. Ce n’est pas parce qu’il la baise qu’elle a cessé de travailler pour son patron préféré. Pendant que Polo téléphonait à Paris, elle a contourné l’immeuble et avec son flair d’épagneul breton, elle a découvert un studio Photo, fermé, anciennement en faillite. Revenue à l’entrée elle a demandé au concierge entre deux poubelles si le local n’était pas en vente, apprenant ainsi qu’il servait encore d’entrepôt et était accessible par l’entresol. À l’étage au dessus, une école de danse accueille régulièrement de très jeunes enfants. Par contre les ateliers des diamantaires sont inaccessibles, les portes du dernier étage sont en blindages d’acier et les verrous électroniques filtrent le personnel. En bas près de la loge du gardien figure sur la plaque d’accueil « Ateliers du sentier » qui appartient, tenez vous bien à un certain Pardini Marcello. Serait-ce un parent du Parrain siennois mort au champ d’honneur ?
- Mais madame c’est monsieur Pardini qui vient de sortir. Vous savez un homme généreux, pas fier, et si drôle parfois.
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Je la pense heureuse, la Jaja mais ses cachotteries envers son compagnon de lit et de tous les jours me laissent rêveur. Ne va-t-elle pas, me revenir le cœur gros, désenchantée, car Polo ne me semble pas assez attentionné et marche dans les rues un peu devant elle. Mauvais signe ! Rita elle aussi, a remarqué.
- Elle ne t’a pas oublié complètement. Tu colles aux femmes, mon gros chat.
Alors là, quand une nana vous balance, messieurs, des tirades de ce goût là, le paon déploie sa queue, il parade, se gonfle, rougit son jabot, et risque l’hypertension.
- Je voudrais me tromper, mais Polo a une nature de célibataire indécis.
Ce Marcello Pardini nous étonne. Un tel personnage qui change de look et de chemise entre deux portes ça intrigue. Polo a pu se procurer en Italie son curriculum au grand banditisme et le nom de son épouse belge. Madame dirige un orphelinat et ainsi œuvre dans le pédagomicrocosme des établissements privés du royaume. Oh !oh ! Les vertigineuses déductions de Jacotte qui a bien fagoté son dossier sur la pédophilie nordique, semblent dégouliner sur une sordide réalité. Décidément notre équipe tombe toujours sur des merderies pas possibles. Les dernières pièces du puzzle sont enfin réunies. La librairie qui expédie des livres et des cassettes, le sieur Marcello qui a un pied dans l’univers bouché des diamantaires, l’épouse qui fricotte avec les mômes de l’orphelinat, le cours de danse en vases communicants avec le studio photo voisin, sont des coïncidences troublantes. Jaja tourne à trois mille tours. Elle sait qu’elle a tapé juste, dans le couvain de la ruche.
Il va falloir se transformer en sentinelle aux quatre points cardinaux de la ville, pour épier, surprendre, visionner, photo cibler les milles et une diableries de cette équipe de tournage qui va se voir décerner le César des crapules. La librairie, le studio, le cours de danse seront visités la nuit par Constantin qui sait caresser les serrures récalcitrantes. Rita et ma pomme nous feinterons pour entrer chez les petits orphelins en exhibant un faux dossier d’adoption fournit par notre collègue Lordurhin qui commence à s’intéresser aux méthodes astucieuses de la police française. C’est parti mon kiki pour faire des vagues dans le marécage ! Savez-vous que la pédophilie est un vice de vieux cons, de gens biens, de riches reclus, de nantis sans amours, de sexonautes tristes, de branle mou malades, de salopards sans âme. .etc…j’arrête là l’insulte ! C’est dégueu.à vomir ! Et tout ce beau monde vous côtoie journellement en zieutant par en dessous les faits et gestes de vos gamins. Oh ! Misère. Il y a aussi ceux qui vont plus loin, abusent, font disparaître, assassinent, martyrisent … Pour eux le supplice de la roue moyenâgeuse devrait être remis à la mode, dans les stades le dimanche à la mi-temps des matches de foot. Le public applaudirait sans retenue. Ce sont nos dirigeants politiques qui s’inventent des causes à défendre devant leurs électeurs, comme l’abolition de la peine de mort, alors que le populo veut un bout de la corde du pendu qui porte chance. Et puis s’en fou ! Et puis merde, les salauds à la trappe !
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Drôle de paroissien ce Pardini burlesque ! De temps à autre il reprend sa casquette, son bleu de travail et sa camionnette garée devant l’immeuble chic et court la ville d’une librairie à l’autre, déguisé en livreur de cassettes, de micro-disques et diffuseur de livres cochons. Pour faire plus vrai il va jusqu’à bosser une heure ou deux au « Livre d’Or » et semble s’amuser lorsque certains parents accompagnent leurs enfants pour l’achat d’une bande dessinée, ou quand un vieux sournois s’avise en cachette de bobonne, d’acheter un CD porno, qu’il visionnera tout seul sur sa télé perso, quand elle va à la messe ou au marché aux fleurs.
Jaja le suit nuit et jour et le plus souvent sans son chéri qui enquête désormais seul en vain et de travers. Le couple se distend, se disloque. À dix contre un qu’il éclatera bientôt comme ballon de foire !
- Qu’as-tu découvert, Sherlock ?
- Avec Constantin, nous avons visité le studio photo.
Polo outré énumère, étouffe et crache ses mots.
- C’est un vrai plateau de présentation télé avec caméras, chambre d’écho, sonorisation, éclairages intermittents, continus, flashés, voilés, diffus ou aveuglants à la demande.
- Et quoi encore ? Déballe !
- Les placards débordent de tutus, de mini- strings, de petites culottes trouées, de sièges moulés en plastique coloré pour les poses-expositions, d’un fatras d’objets mignons, de voiles et de dentelles, de parures d’enfants nus, de perruques et de masques.
Un musée de la perversion ! Polo s’assoie, cache son nez dans ses deux mains jointes et reste un moment immobile et sans voix.
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- Honorable colère, digne ressentiment,
Je comprends ton dégoût, mais calme ton tourment.
- Tu n’aurais pas par hasard, une poussée de fièvre classique, toi qui parle pourtant et toujours à tort et en travers, sans retenue comme la corneille jacassante.
Parler pour ne rien dire, la dérision, le persiflage ça évacue le dégoût, la déception l’envie de vomir. Avec Polo nous utilisons souvent ce laxatif verbal, ça soulage vraiment.
Jaja a attendu son départ pour venir se confier à son gentil patron. Maintenant quand elle me parle j’ai l’impression qu’elle mouille sa culotte. Oh ! là, là ! Comment répondre à ce dilemme ? Rita ? Jaja ? …et qui encore ? Seule la sénilité plus tard me sortira d’embarras. Elle a sûrement quelque chose à me dire.
- J’ai fait le guet devant l’immeuble. Sans l’ombre d’un doute, le gardien de l’immeuble et son patron sont complices. Je les ai bien observés.
Le Pardini, il faut le révéler, a trempé jadis dans le trafic du diamant volé, subtilisé dans les mines nationalisées par les chefs d’état de certains pays désolés d’Afrique ? Chargé de tailler et de commercialiser ces petites merveilles peu encombrantes, il a fait fonctionner la pompe à finance personnelle de ces dictateurs de merde, sans oublier de se sucrer la tirelire au passage. Et c’est ainsi qu’il est passé maître dans le commerce honnête du diamant Anversois. Mais depuis que ses commanditaires ont plié bagage et quitté la scène internationale son fond de commerce s’est étiolé. Comme pour toute PME en difficulté, il a diversifié, licencié, restructuré, délocalisé, etc.. En un mot il a pédophilisé son entreprise.
Ce matin Polo s’inquiète mais pas plus que ça. Il n’ose parler mais se décide enfin et en se retournant brusquement vers nous, il cacafouille ces quelque mots :
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- Jaja a découché, ce n’est pas dans ses habitudes.
- Qu’en sais-tu grand couillon, c’est maintenant que tu nous dis cela. Hier soir elle m’a parlé d’une planque devant l’immeuble. Elle a glandé l’après midi dans un petit bar en face et y a échangé quelques banalités avec le gardien. Ils ont dû la repérer. Faut se manier le cul, bande de ploucs.
Pas contente du tout la Rita. Elle n’accepte pas la tiède attitude de Polo et le temps qu’il a mis à nous mettre au courant.
- C’est un cloporte annelé ton ami le flic, un vrai poulet de batterie tout juste bon à battre de l’aile quand ça va mal. Regarde le, il a honte et se fou pas mal de Jaja. Je sens ça. Il parle comme s’il avait égaré son clebs. Le chien c’est lui.
Polo insulté, ne réagit pas. Il hausse les épaules et sort en grommelant. Sans notre ami blessé, nous partons tous les quatre bien décidés à faire saigner l’adversaire. Constantin a eu une idée géniale. On enlève en premier le gardien poubellier et on accompagne le sieur Pardini dans tous ses déplacements en catimini et à tour de rôle pour noyer la sardine. Ses périples nous mènent chaque soir chez sa chère épouse à l’orphelinat. C’est un petit manoir de belle époque, en briques roses du siècle passé.
Le rapt a eu lieu à l’aube, lorsque le concierge a poussé ses trois poubelles sur le trottoir. Pour bien faire nous avions emprunté à la casse une benne à ordure réformée et nous avons cueilli Prosper qui ne s’y attendait pas. Constantin avait tout manigancé avec un ancien pote à lui, jadis mercenaire au Zaïre et actuellement ferrailleur dans la banlieue d’Anvers. Sous un amoncellement de tacots, d’épaves, de camions éventrés, il a aménagé un local souterrain et insoupçonnable qui peut servir à l’occasion de planque sure. Séjour de rêve pour notre prisonnier ! On lui a promis du pain rassis sec et dur, un peu d’eau croupie et l’obscurité totale pour l’aider à réfléchir.
- À ta santé mon cochon ! On repassera demain si on y pense.
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Prosper enrage dans son boyau souterrain et obscur depuis trois jours. Pale, dépigmenté comme un ver de terre, il demande grâce et consent à parler enfin. Pour le récompenser il aura droit à quelques heures d’éclairage au néon. D’après ses dires Jaja serait droguée à mort et prisonnière dans une dépendance du manoir, au fond du parc, loin des regards indiscrets. Constantin se frotte les mains. Il adore s’introduire dans les lieux interdits ou à risque, les résidences privées, les coffres forts secrets en bravant la loi, mais toujours pour la bonne cause. Vous avez peut être remarqué que nous agissons sans mettre Polo dans la confidence. On le boude ce tordu, ce pauvret ! Triste figure ! Remord peut être ! Pèteux sans doute.
Madame Pardini reçoit dans son bureau-living notre couple, bon chic bon genre mais stérile, désireux d’adopter, porteur d’un volumineux dossier en onze exemplaires, qui ira grossir les rayons d’archives de nombreux ministères. Les décisions se feront attendre et les promesses se perdront dans les procédures, les entraves administratives les rejets et les interdictions. Quelque soit le pays, l’administration est là qui veille au grain. Au grain de sable qui coince ! Rita va pouvoir occuper un bon bout d’heure Madame la directrice. Et pendant ce temps là, Constantin pourra récupérer Jaja, certes dans un état lamentable mais entière, la porter recroquevillée dans ses bras et disparaître dans le terrain vague proche.
Je n’ai pas oublié que De Lanoix me paye pour retrouver son cher neveux Gérôme qui a probablement quelque part fêté son quinzième anniversaire ou rejoint le paradis des victimes, des mal partis, des pas de chance. Prosper, lui, a inauguré hier un délire léger mais inquiétant. Il lui arrive de parler, dans le désordre de ses phrases inachevées, de Madame la directrice, de Marcello, des orphelins qu’il semble connaître par leurs prénoms, et puis de Gérôme. Il en dit beaucoup de bien. « Ce petit est vraiment dégourdi. Il a de l’avenir, du punch, de la séduction, du génie dans la débrouille et le sérieux des jeunes précoces qui veulent apprendre vite » Que veut-il nous révéler ce taré ? Il va falloir lui redonner un peu de soupe, et l’inculper pour l’enlèvement et la séquestration de Jaja. Tout cela entre nous restant secrets de police. Je ne pense pas Marcello assez con pour s’affoler et compromettre ses activités illicites par des actes précipités. Constantin a laissé en place une mise en scène qui prouve que Jaja n’a eu besoin de personne pour s’évader car apparemment la porte a été forcée de l’intérieur à l’aide d’un bout de fer à béton qui traînait dans la cave parmi d’autres ferrailles. Tino met toujours la cerise sur le gâteau ne laissant rien au hasard, ni la moindre trace de son passage. La disparition du gardien restera donc la seule source d’inquiétude pour cet enfoiré de napolitain. Il me reste à retrouver Gégé le petit neveu génial de son tonton chéri.
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Prosper sous les verrous ne nous gênera plus. Le sieur Pardini brusquement absent, est l’homme invisible de notre histoire à dormir debout et je le soupçonne d’être en tournée dans un pays voisin. Par contre j’ai repéré Gérôme qui se montre souvent en compagnie d’enfants. Dans la soirée il se pointe chez des particuliers et n’en sort que tard dans la nuit, au retour des parents. Le jour il garde aussi des gamins à domicile, les emmène au square, aux cours de danse, dans les musées de la ville ou au cinéma. Il doit se faire une cagnotte en touchant des petits sous par ci, par là. Mais aussi en saute-ruisseau livreur de tous les libraires du réseau il distribue et souvent prend le train pour des livraisons dans des bleds de province. Son passe-partout c’est son sourire juvénile et sa dégaine d’adolescent bien élevé. Il risque pourtant s’il devenait soudain inutile de finir la bouche ouverte dans les eaux polluées de l’Escaut. Il va falloir surveiller cela de plus près. Pendant ses périodes de relâche il crèche à l’orphelinat et semble être le confident de Madame la directrice. Il lui sert le thé, lui fait la lecture dans le jardin et je me demande si cette gourde n’est pas tombée sous le charme diabolique de ce grand gosse. Je l’ai pisté jusqu’à une petite bourgade, tranquille, éloignée des circuits routiers importants. Une petite route en lacet s’en éloigne bordée de peupliers et de chênes centenaires. Couronnant la colline un très ancien château abandonné, mais à peu près entier et ouvert aux quatre vents, domine la vallée loin des habitations. Que porte-t-il dans une grande musette ? Gérôme file en moto et arrivera en haut probablement avant moi. Je me dissimule sous la futaie. Une heure plus tard il quitte les lieux. À moi d’aller fourrer mon nez là où il ne faut pas. J’ai passé une bonne partie de la nuit à chercher je ne sais quoi dans un labyrinthe de pierre, des escaliers branlants, des couloirs interminables.
Rien ! Découragé, je m’endors dans ma tire, recroquevillé, déçu. Attention le réveil de la nature, l’aube à l’orée de la forêt c’est merveilleusement grandiose, mais le mien de réveil, naît aussi péniblement que la métamorphose d’un cafard dans un coin sombre d’une cuisine mal tenue. Qu’en dites-vous ? Cette comparaison mérite un coup d’insecticide. Cette phrase je l’ai écrite malgré moi, tant pis pour vous je ne l’effacerai pas. Bref ce matin j’ai regrimpé dans les éboulis, enjambé les marches manquantes et comme je m’y attendais, un détail a figé mon attention et j’ai tilté alors sur une brèche du mur dissimulée derrière un tas de planches pourries dressées contre la paroi humide couverte de salpêtre et de toiles d’araignées. En fin de descente l’escalier de pierre s’élargit sur une vaste crypte. Je suis dans le noir le plus total. Heureusement pour moi ma petite loupiote passe-partout me sort d’embarras. Le sol de terre battue, a été remué par endroit. Flotte dans l’air un relent de viande boucanée, une odeur de massacre, une aigreur qui picote le fond sensible de ma gorge. Je toussote et me vient sans que j’y prenne garde une envie de vomir. Je n’ai jamais encaissé l’acre odeur de la mort. J’émerge enfin et je respire un grand coup pour effacer cet écœurement tenace qui m’a fait fuir. Dans la crypte sont entassés une vingtaine de petits sacs de ciment que Gérôme a du déposer à chacun de ses voyages. Si j’ai bien compris le nouveau scénario, ils ont projeté la fermeture discrète de la brèche, évitant ainsi d’attirer l’attention d’un promeneur égaré, ou d’un braconnier en vadrouille. Nous surveillerons pour savoir quand et par qui ? Gérôme ne se rend pas compte du danger car le trou risque de se refermer sur son cadavre en fin de séquence. Il en sait trop et comme son âge pousse aux caprices, il n’inspire à ses employeurs qu’une confiance fort limitée.
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Il y viendra, et pour confondre le napolitain il faudrait à son retour le suivre jusqu’au seuil du vieux château et le coincer dans la crypte pendant les fêtes de Pâques, au pain sec, sans eau, et après lui avoir confisqué ses habits du dimanche. De quoi lui faire attraper une grippe des sous-sols, lui faire vivre à mourir un vrai calvaire chrétien, dans l’obscurité, et l’air empesté de la crypte. Méthodes nazis, me direz-vous ? Avec les salauds pas de pantoufles, on y va à grands coups de bottes ! Tu vois ma jolie, à fréquenter les criminels on devient comme eux. L’envie forte te pousse d’abord, mais il faut savoir freiner ; alors feu vert au début, rouge-stop avant le dernier soubresaut de la bête. C’est délicat mais franchement efficace ! Voilà ce qui attend notre insouciant Marcello qui ne sait pas qu’on sait, qui ne sait pas qui c’est, et qui va se heurter à plus malin que lui. Je boucherai le trou la truelle à la main et pour les échanges une petite lucarne à hauteur de nez invitera tôt ou tard notre pénitent à aller à confesse.
La nasse a bien fonctionné. La crypte a avalé le monstre. Ils sont venus, ils sont tous là, Marcello, Gérôme, et Célestin le chauffeur guetteur capable d’occire vite fait tout promeneur indiscret. C’est jour de pluie, les curieux seront rares, et j’ai commencé avec Constantin à emmurer le napolitain et son esclave en slip. Il faudra laisser fermenter le bouillon pendant quelques jours. Nous feintons un retrait. Ils vont se croire seuls, abandonnés par les hommes et par dieux. Tiens, ils l’avaient oublié celui là. Les prières, de celles qu’on apprend dans son enfance, leur reviendront en mémoire. Le signe de croix, pour un italien surtout, lessive l’âme plus blanc que neige. Ca donne à réfléchir de se retrouver du mauvais coté des victimes.
Gérôme ne comprend pas trop ce qui se passe autour de lui. On l’a mis de coté bâillonné, sanglé dans la Clio de Constantin. Est-il vraiment coupable ? Les juges « rond de cuir » jugeront rondement avec indulgence pour l’âge mais avec fermeté pour les délits. À priori Gérôme n’est pas un criminel, mais aurait pu le devenir. C’est ça la bonne éducation dans ce milieu. Constantin fulmine et crie dans le trou avant de partir.
- Oh ! Le rital, tu parles ou on te laisse. Notre travail ici prend fin. On est payé pour retrouver Gérôme. Le reste on s’en fou. Nous reviendrons peut être t’entendre Samedi Saint, pour ta résurrection. Prépare tes aveux, ou tu auras droit à un requiem, pas celui de Mozart mais plutôt celui des crapules.
À tour de rôle nous veillerons sur la planque. Une petite auberge du village, nous permettra de patienter quelques jours en simples touristes. Nous visiterons la ferme d’élevage des bisons d’Amérique, des musées de province, et des tables d’hôte qui nous feront connaître l’âme de ce pays séduisant. La bouffe des campagnes, c’est le révélateur. C’est dans l’assiette que l’intimité d’un peuple se montre à nu, la bière aidant. La Belgique offre en outre à ses délinquants des prisons modèles, de vrais palaces trois étoiles avec télévision couleur. Pour le moment le beau Marcello en slip mûrit doucement à l’ombre et sera bientôt près à dégoiser, à trahir tout le petit monde grouillant de son juteux trafic. Pas besoin de lui marteler la tête à coup de bottin, comme cela se fait seulement dans les séries policières et les polars. Il suffit ici de patience et de longueur de temps, de visites de plus en plus espacées pour délier les langues, pour faire craquer ceux qui s’acharnent à respecter l’omerta bien connue. Au bout d’une semaine, Marcello ressemble au comte de Montecristo sorti de son sac et la lourde bâtisse a pris l’air sinistre du Château d’If. Il va parler, c’est sûr et après on lui offrira une civière et un court séjour au Samu pour le remettre en forme.
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Une vraie cellule bien douillette l’attend avec mobilier de moine trappiste et peine incompressible. Les assises pour les meurtres d’enfants ça ne pardonne pas.
Je vous l’avais bien dit. Tout en vrac il avoue raconte, en rajoute, compromet tous ses complices, ses clients, son épouse, son chauffeur et son chien. Son trafic s’étend dans l’Europe entière, telle une hydre à plusieurs têtes.
Le commissaire Lordurhin avec sa tronche de fausse couche surgit de tous les cotés, et on dit de lui qu’il ne badine pas avec la loi. Ce sont les paysans du coin qui ne comprennent pas ce qui se passe au château. Sur la grande esplanade, devant ce qui reste d’un perron flanqué de deux lions de pierre, se bousculent les journaleux, les inspecteurs, l’équipe scientifique, les gendarmes en tenue, le juge d’instruction qui ne sait pas encore par où commencer. Avant leur arrivée, en compagnie du policier Constantin a rouvert la brèche, et passé le pantalon, la chemise et les menottes à Marcello, pas rasé depuis huit jours et pleurant sa misère. Le chauffeur Célestin à moitié mort de soif réclame une bière qui ne vient toujours pas. Gérôme en secret a été confié momentanément à Jaja qui restée en ville, se remet doucement de ses dernières secousses. Le commissaire a fermé les yeux et préféré le soustraire à l’enquête. …….. Dans les housses refermées, quatre corps d’enfants martyrs. … C’est l’écœurement général ! La caravane repart laissant sur place les villageois abasourdis, qui commenteront pendant longtemps l’événement à leur manière.
Mais toutes les révélations de l’assassin qui concerne le réseau pédophile français n’ont pas été restituées aux policiers locaux, car Polo est jaloux du succès de son collègue belge et tient à retirer quelques marrons du feu à son retour à Paris. Il compte bien utiliser à son profit tout ce qu’il sait. Un dernier épisode dans la capitale nous attend et nous quittons enfin le plat pays avec soulagement. Pendant le retour Gérôme insouciant, raconte dans le détail ses voyages, regrette Madame la directrice, qui lui a donné plus qu’il ne demandait.
- Vous allez la condamner, Martha ? Tu sais Constantin, elle est belle. Je ne savais rien avant elle. Douce, parfumée, toujours à quatre pattes sur son lit, je l’ai baisé super bien, à la queue leu leu, en lui tenant les fesses bien écartées. Et ses petits cris, ses soupirs, oh là là ! Quelle musique !
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- Dis petit, tu fantasmes après coup, tu n’as pas honte Galapias. Tu ne vas pas raconter tout cela à ton oncle chéri.
- Celui-là c’est un tordu. Il a toujours essayé mais, bernique ! Je suis parti à temps. Tu dis que je fantasme, oui d’accord, mais à l’endroit. S’il remet ça encore je le défonce. Et puis je vous révèlerai certaines choses que j’ai gardées longtemps pour moi. Le tonton croyez moi, c’est une saleté à cueillir dans un papier-chiotte.
Gérôme, on va te ramener à ton oncle mais on a besoin de toi pour continuer le nettoyage. Promets de ne rien dire à quiconque. C’est dangereux pour toi. OK !
Pendant le voyage du retour on croyait que Polo et Jaja seraient dans la même voiture. Et bien non ! Jaja est renfrognée, assise derrière Rita, dans ma tire, toute seule. Que s’est-il passé ? Elle ne nous le dira pas. Polo revenu seul à Paris, a disparu pendant une semaine entière. C’est un malheureux né. Quant à Jaja il nous l’a gâchée, elle qui aime tant la rigolade, l’aventure, les copains et la baise improvisée. Il va reparaître, mais on sait pourquoi. Devinez mes louloutes. Il a toujours besoin d’un plus petit que lui. Pour entretenir ses amitiés, polo possède un bon élastique.
Chapitre XV
En Belgique tout avait été prévu, organisé par Marcello, qui actuellement supporte difficilement son incarcération. Madame la Directrice a pris pension à la prison des femmes. Les complices, libraires, photographes, en tout une brochette de vingt six salopards, sont bons pour le trou. C’est fou d’avoir supprimé les bagnes et les travaux forcés. Chaînes aux pieds, en rang par trois, rejoindre le bateau en partance pour une colonie lointaine était une gâterie pour les condamnés qui récoltaient les quolibets et les crachats pendant la traversée de la ville. Dissuasif ? Peut être ! Il se pourrait qu’on remette au goût du jour ces pratiques d’un autre âge car de plus en plus nos prisons de pays civilisés rivalisent avec le club Méditerranée. La peine de mort aux oubliettes ! Casser du caillou sur le talus des routes n’est plus un scénario à la mode. Tant pis, on doit respecter le récidiviste, remplacer les matons par des nounours en peluche, donner à tous les condamnés l’espoir d’une sortie honorable, d’une réinsertion dans la société qui pardonne, qui absout, qui déconne. En hésitant on parle bien pendant les élections présidentielles, de rétablir la peine de mort pour sanctionner les viols et les meurtres sadiques. Paroles vite oubliées, au nom de la générosité humanitaire, du respect des droits de l’homme. Ces cromagnons là, sont-ils encore des hommes ? En notre beau pays nous avons aussi, des violeurs, des trafiquants de filles et d’enfants venus de l’est ou d’Afrique, des friqués pédo pratiquants qui encouragent, se taisent et alimentent ce commerce de fripouilles.
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Le tonton Delanoix depuis le retour de Gérôme, revit, affiche sa joie, mais n’a pas encore osé. Il tournicote, autour du petit, mais le garçon le méprise ouvertement et le remballe pour peu, au moindre mot et maintenant lui fait peur. J’ai offert le chèque de la vertueuse épouse, à Jaja qui a besoin de renouveler sa garde robe. Un peu triste, devant Rita, elle m’a fait la bise de l’amitié. Le train train parisien reprend et malgré mon intarissable compte en banque j’espère une nouvelle enquête et je m’emmerde. N’en doutez pas, l’aventure me guette au coin du boulevard. Gérôme maintenant qui a été à bon école épie son tonton et le soupçonne d’avoir investi dans le pédo-trafic et même de diriger une équipe de gus sans scrupule, de rabatteurs et de violeurs d’enfants.
- Doumè, je n’exagère pas mais je crois que Tonton Delanoix, tripatouille lui aussi.
- Précise. Que sais-tu ? Il nous faut des preuves pour agir.
- Je l’ai surpris à un rendez vous avec Max le Belge, un truand international notoire, qui était très lié avec Marcello et Martha Pardini.
- Si tu veux qu’on oublie avec Polo, ton séjour suspect à Anvers il va falloir nous aider. Tache de suivre discrètement ton oncle dans tous ses déplacements.
- Ok ! Je crois que je vais aimer ton métier. Tu m’embauches, si j’ai bien compris. Je vais apprendre vite.
- Ne fantasme pas trop et surtout attention à toi. Tu le sais maintenant ce sont des dangereux.
Et voilà bien engagée une traque qui va faire des remous dans les eaux sales du beau monde parisien. Je ne vous dirai pas tout, car certains détails me laissent la plume sèche, et j’ai peine à raconter tout ce qui touche à l’enfance malheureuse. J’adore pourtant étaler les turpitudes, les fantasmes, les bizarreries, les dérobades, les lâchetés, les perversions délirantes de mes semblables, tant qu’elles ne font de mal qu’à eux même. Mais si je rencontre encore dans ma vie mouvementée quelques amis surs, et toutes celles qui m’adorent, je ne manquerai pas de vous les présenter en toute vérité et même en braille.
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Gérôme qui se paye une petite gueule de fille n’a pas eu de mal à se métamorphoser en jeune étudiante. Une perruque, une jupe longue jusqu’aux pieds, un blouson large et pendouillard ont créé l’illusion. Tonton Ducoq n’y verra que du bleu et n’ira nulle part sans avoir son neveu aux fesses. On sait ainsi qu’il se rend régulièrement dans un ancien gymnase désaffecté, boulevard Rouvignole. Il en est le proprio et l’a reçu en héritage de son grand père qui fut jadis maître d’arme et champion de France d’escrime. Un porche à l’ancienne, très large, débouche sur une vaste cour intérieure pouvant servir de parking à une bonne dizaine de véhicules.
Children Protect, une association de protection de l’enfance dont le siège social est à Londres, qui recrute ses avocats à Paris, nous a fait part de ses soupçons et sollicite une enquête discrète sur des réunions suspectes qui font se côtoyer des vieux croûtons et de jeunes enfants, passifs, menés par la main, abrutis, souffreteux ou tout simplement drogués. De sa cuisine, une voisine a cru entendre des cris de détresse, à des heures tardives en se penchant sur son vide ordure qui vous le savez bien colporte les bruits du haut en bas d’un immeuble. Malgré l’existence de ce vaste parking, chaque soir, douze clients, pas plus, enfilent le porche, un par un, à une heure ou les passants se font rares sur ce boulevard tranquille. Nous avons visité avec Gérôme très excité, en plein jour, en passant par la sortie, celle qui donne dans l’autre rue parallèle. Le local sans fenêtre, en lumière artificielle, climatisé comme une discothèque, étale des divans profonds, des fauteuils à bascule, des estrades basses, moquettées pour des mini spectacles dégradants joués par des enfants. A l’accueil un sas permet aux visiteurs d’enfiler une cagoule qui les rend méconnaissables. Ils entrent par Rouvignoles, payent, assistent ou consomment et ressortent un par un, dans la rue Saint Gapour, sombre, étroite, courte et oubliée des habitants du quartier. Elle permet seulement, aux égoutiers d’accéder aux boyaux nauséabonds souterrains des sous sols parisiens, et aux pédocroques furtifs et coupables de quitter cette succursale de l’enfer, sans être vus. Comment des hommes peuvent-ils marcher droit dans la rue, indifférents aux regards des autres, sans aucun remord, après avoir abusé d’enfants sans défense vendus parfois par leurs propres parents. Ils rejoignent leur véhicule garé plus loin, et pour certains, le chauffeur en casquette ouvre la porte. Tonton, repéré chaque fois par Gérôme, vient fermer son antre honteux. Nous savons maintenant que chaque visiteur est filmé dans le sas avant l’enfilage de la cagoule. Plus tard Delanoix s’en servira probablement pour faire chanter sa clientèle choisie. Plus l’enquête progresse, et plus le personnage noircit à l’usage. Pur génie du mal, il fait de l’ombre au diable en personne. Il urge d’enfermer tout ce beau monde et de sauver ces gosses si c’est encore possible.
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- Gérôme, je sens ça, tu as enfin découvert ton oncle ?
- Non, ce soir je ne rentrerais pas, j’ai peur de ce monstre. Ma tante Séraphine ne se rend pas compte qu’elle vit depuis fort longtemps avec un vautour de grande envergure.
- Un véritable assassin charognard, un tueur d’innocence, une fripouille d’apocalypse, une perversion satanique de la nature ! Nous allons refiler le dossier à ce con de Polo.
De retour, au bureau, Jacotte me saute au cou, m’apprend que Rita s’absentera quelques jours pour aller embrasser sa mère dans sa pacoule bretonne. Vous me connaissez, je capitule une fois de plus, et ma pauvre Jaja qui n’avait plus connu l’extase avec Polo, monte en joie, s’échauffe progressivement la zifounette et enfin s’éclate le jouissif comme une bête folle. Ca fait du bien, vous savez !
Polo qui n’ose plus pointer sa face de rat musqué, au bureau à cause de Jaja qui boude, part en guerre prématurément contre la pédomanie parisienne. Il marche sur des œufs pourris, avec mille précautions, car il ne veut pas bousculer les gens biens, ceux qui envoient leurs vielles frippes aux secours catholiques mais sont de fervents violeurs d’enfants. Face au dilemme il a eu besoin d’un ordre venu d’en haut pour agir. Fallait-il sacrifier quelques jours encore ces enfants martyrs et poursuivre l’enquête en dénonçant, oh ! Scandale, tous ces pédosades sans âme, ou délivrer vite fait, leurs pauvres victimes en fermant prématurément la moitié la plus juteuse du dossier ? Pour moins d’éclaboussures, ça te fait sourire, ils ont choisi le deuxième scénario. Gérôme, Rita et moi nous suivrons la piste jusqu’au bout car Children Protect nous encourage et semble bien renseigné sur un important trafic international de prostitution juvénile.
- Doumè, tu connais mon oncle. Il a un huitième sens. Depuis hier il s’apprête à filer à l’anglaise et je crois avec fric et bagages dans le sud-ouest, mais j’ignore la destination précise.
- Dès son départ, avant l’arrivée de Polo, fouille bien tout autour de toi et joue la surprise avec ce grand couillon …. Tu ignores tout de la maison de rendez-vous. Epluche tous les papiers dans sa bibliothèque.
- Ok, boss, je fouille, je tomberai des nues lorsque Polo le magnifique apparaîtra et je ne saurai pas, mais pas du tout, où est tonton.
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Celui-là doit être aux abois. Le torchon brûle ! Il devient le malfaiteur le plus recherché de France. Brouiller les cartes, en éliminant les éléments peu sûrs de son réseau de prostitution demeure désormais l’objectif prioritaire. Comment faire pour savoir ce qu’il mijote et où il va poser son sac ? Eh bien ! On le sait. Polo mène une enquête dans le cadre du S.S.S.S. Il nous a appris que les collègues du nord lui avaient transmis un dossier assez ventru, plein de détails sordides sur les agissements de Max le Belge. Ils savent eux, qu’il se rend à Carcassonne et ils le soupçonnent d’être le nettoyeur de la secte mondiale du Long Sentier Protosolaire, une congrégation diabolique, voué au culte du mal et de la destruction. On y pratique aux quatre coins du monde, des suicides collectifs, des sacrifices rituels, des crucifixions même dans des décors naturels impressionnants ou chargés d’histoire. Les temples de Sienne et de Paris n’en étaient que des succursales mineures. Mais Polo ignore que tonton Delanoix est le Grand Maître pour l’occident de cette secte diabolique et se demande où il peut bien se cacher. Il a averti ses collègues de Carcassonne de la venue du Belge mais n’a pas daigné se déplacer. C’est le vrai flic Parisien qui évite de se rendre en province car il ne sait pas s’y faire respecter … Parisien tête de chien ! Il ignore tout de la complicité de Max et de tonton Delanoix. Et puis, le zèle chez lui dépend sans doute des phases de la lune et sans mon aide il marche avec des pataugas, à pas lourds et sans lacet. Essaye, dans un chemin caillouteux, tu verras !
L’association Children Protect quoique anglaise a ses antennes en France. Ils mettent à notre disposition un appartement confortable en plein centre de La Bastide Saint Louis, au pied de l’église St Vincent, rue Armagnac. Cocote Rita, coco Gérôme et moi, et moi, car j’en vaux deux, nous visitons à l’arrivée dans la cité médiévale le château comtal et la basilique St Nazaire et par le Pont Vieux nous regagnons notre repaire. Petite famille en villégiature, nous passerons inaperçu, indétectable car le petit déguisé en jeune fille de bonne maison ne risque pas de rencontrer son méchant tonton. Mais par quel bout de ficelle faut-il commencer ?
J’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours ! C’est une vielle chanson qui me chatouille souvent les cordes vocales, et dans les moments d’inaction je déprime. Vigilance, attente et longueur de temps, font mieux que cris de bête ni que rage. C’est mon grand père qui m’enseignait ce genre de sornette à la veillée. Tu vois, je noircis du papier pour rien car je ne sais pas du tout, du tout, ce qui va se passer. Un catastrosinistre va avoir lieu incessamment dans la région. Une intuition m’asticote, me dénoue les synapses, me gélifie le thermostat et quand j’ai froid, le frisson chez moi est signal de danger.
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Tu veux savoir, comment on sait ? Dans la farfouille de tonton, Gérôme a fait une trouvaille. D’abord intrigués, puis tireurs de langue au chat, il nous a fallu un temps pour deviner, que ce baudrier en cuir décoré de deux stylets vénitiens plantés dans un cœur rouge et or, surmonté d’une croix celtique, était l’attribut du chef. Trouvée dans le double fond d’une penderie, mêlée à de longues cagoules de velour noir, une seule brodée et de couleur mauve porte les signes de la connaissance et du pouvoir : une cornue fumante et l’orchidée vénéneuse. Ces deux symboles figuraient bien sur la médaille que le grand maître de Sienne avait épinglée un soir de deuil sur la noble dépouille du comte Montefrolo, le défunt époux de Carla. Tonton, père spirituel du Sentier Protosolaire, il ne manquait plus que ça !
Polo hors confidence encore une fois n’est pas là où il faut. Et pourtant à Paris tous les juges et les flics anti-ceci, anti-cela, se prennent pour des cadors mais arrivent toujours après la fête en roulant les mécaniques. Les cons ! Depuis, dix jours ont passé et rien ne vient dénouer la monotonie de notre attente. Le petit s’est fait un copain, étudiant, boutonneux et plus myope qu’un taupe sénile, un peu poète, qui lui dégoise des vers d’amour timide, mais qui heureusement sait garder ses mains car Gérôme, lui, a gardé ses jupons. . Rita me fait visiter la cité médiévale. D’une brasserie à l’autre, ou dans des auberges accueillantes nous traînons notre insouciance sans plus songer à tonton ou Max le Belge. Je n’aurais pas pu vivre en flic fonctionnaire avec une hiérarchie au dessus et des uniformes en dessous et peut être, comble de l’horreur avec Polo comme chef. On attend ! Rita commence à regretter Paris. L’impatience nous gagne. Fausse route ou pas j’ai décidé de m’incruster dans la région. Et puis, enfin, un bon matin ….
- Gérôme, va chercher, veux-tu, les journaux.
- Doumè, ne fantasme pas. Tu attends quoi ? Que les carcassonais se décarcassent pour te distraire. Tu veux du son et lumière dans cette ville de merde où les gens parlent avec un accent d’opérette espagnole.
- Allez, va chercher la gazette et prends en même temps les croissants.
Gérôme déboule enfin essoufflé, le journal froissé à bout de bras. Il renifle, s’étrangle et me tend le papier quelque peu chiffonné mais encore lisible. En gros titres s’étale un scénario rocambolesque. Ca y est, nous y sommes ! « Suicide collectif et rituel au château de Puilaurens à cinquante kilomètres de Carcassonne ».
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Habileté ou connerie du journaleux, tout est bon pour fabriquer du sensationnel. Les cathares, leurs croyances, le refus du sacrifice rédempteur de Jésus, le message nouveau, l’homme simple apparence terrestre, le bien, le mal, Lucifer, l’hérésie, le rejet du symbole de la croix, tout remonte en force pour raconter une fois de plus, la mille et unième peut être, la croisade des albigeois, thème hautement touristique, producteur de visites guidées des châteaux de la région. Y a bon banania, pour les petits budgets communaux. Ce château là se voit de loin à sept cents mètres d’altitude, il touche le ciel. Quoi de plus normal ? On y monte par un chemin botanique, donc parsemé de fleurs et de plantes endémiques engraissées au sang des victimes suppliciées de Simon de Beaufort. Mille excuses si je présente en vrac quelques bribes archi-banales de cette lamentable histoire. J’ai puisé bêtement dans la une de la gazette régionale.
La fière enceinte carrée où subsistent les vestiges de la tour de la Dame Blanche se prolonge sur ses flancs par un chemin de ronde élevé sur courtines crénelés. Quelques pierres descellées gisent au pied de la haute muraille. Un gazon fou a envahi cet espace fermé et là dans ce décor hanté, assis appuyés a de lourdes pierres disposées en rond, les yeux ouverts tournés vers les étoiles, six illuminés ont rejoint parce qu’ils le voulaient bien ou qu’il le fallait bien, le vrai paradis, car la vie sur terre n’était pour eux que sarabande de damnés. Deux couples adultes et deux enfants innocents dans des chasubles cousues d’or seront ainsi maintenus en place assez longtemps pour faciliter les investigations d’une cohorte de policiers et de reporters.
En fin de matinée, enfin et en hélicoptère, Polo débarque avec toute son équipe et fait immédiatement évacuer les curieux trop nombreux qui risquent d’effacer des indices. Il a été nommé grand et super directeur du S.S.S.S et en m’apprenant la chose, il s’étonne de ma présence en ces lieux.
- Félicitations ! Ils te devaient bien ça.
- Explique moi quand même ce qui t’a conduit à Carcassonne ?
- Le dossier que tu m’as fait lire à notre retour d’Anvers. Je trime en outre pour « Children Protect »association de recherche des marmots disparus.
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- Tu vas bosser un peu pour moi aussi. A nous deux comme toujours on va carburer à l’acétylène.
- Dis, Polo, les yeux gonflés et grands ouverts des suicidés ça ne te rappelle rien ?
- Les premières victimes de Vannia Pini, rectifiées au spasmo-lasure présentaient bien la même grimace. Qu’as tu appris de plus sur cette secte du Sentier proto….de mes deux ?
Je ne lui révèle pas encore le rôle probable de tonton Delanoix dans cette mise en scène macabre. Polo possède un dossier fourni sur le Belge et c’est tout. Il est urgent d’identifier les six rigolos qui ont été choisis pour l’ultime voyage.
- Le capharnaüm de Mélodius à Paris et la vieille garde de Sienne quoique moins dangereuse, appartenaient à la même maison mère. Ce qui se passe en ce moment dans la région amorce un grand nettoyage ou Max le belge joue le rôle de la vedette.
- Existe un lourd dossier sur ce Max. mais en Belgique il n’est pas exclu qu’il soit plus ou moins protégé, toléré par on ne sait qui dans les coulisses du pouvoir.
De temps à autre Polo fait preuve de perspicacité. C’est rare mais ça arrive. Il a remarqué la jeune fille qui traîne avec nous. Voudrait savoir où il l’a déjà vu ? L’ai-je convaincu en lui affirmant que Rita avait une nièce ?
A cinq heures de l’après midi, un coup de bigo nous replonge tous deux dans une étouffante stupeur. Au Château de Quéribus cette fois ci les visiteurs du dimanche ont découvert sans le faire exprès, une brochette de six suicidés, disposés en rond. Deux couples et deux enfants. La même mise en scène, la même grimace ! Le décor a changé plus spectaculaire, plus sinistre encore car les victimes sont maintenues assises autour du pilier central de la haute salle gothique, têtes renversées, sur le coté, la bouche grande ouverte et les yeux révulsés. Ils attendent là, empaquetés dans des linceuls noirs, recroquevillés, pitoyables, depuis trois jours. Heureusement à plus de sept cents mètres d’altitude le vent insoutenable sifflant dans les fortifications en chicanes a maintenu une température de congélateur dans toute la pesante bâtisse. Il est temps d’évacuer le troupeau désordonné des touristes qui se souviendront beaucoup plus du fait divers et oublieront complètement, c’est sûr, le décor, la visite guidée et hautement culturelle du château, la relation des luttes religieuses atroces, des massacres passés commis au nom de dieu, à dire vrai l’essentiel de l’histoire de France. À ce sujet notre paisible et beau pays en a lourd sur la conscience. La mini purge de Max et tonton Delanoix, c’est du micro génocide artisanal à coté de la croisade des Albigeois. À croire que certains lieux poussent au crime, à la démesure meurtrière, à la ratonnade sectaire. Quel dieu peut pardonner des trucs pareils ?
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Visiter ces vestiges d’une époque révolue ou les serfs se déplaçaient à pince comme des chiens sans chaussettes, relève de l’exploit olympique. Polo souffle dans les montées abruptes, et s’encroqueville les jambes sur les marches usées par le passage multiséculaire des croquants, des spadassins en armes et des lourds chevaux de combat. Je peine moi aussi mais ça ne se voit pas. Polo quand il le peut, montre toujours son désarroi ou sa fatigue atavique mais en réalité, c’est plutôt le surhomme surtout lorsqu’il parle de lui.
Un doute me tisse une toile d’araignée dans le creux leu leu du crâne et quelque chose me dit que tous les châteaux de la région sont remplis de suicidés, de repentis, de volontaires pour le dernier voyage ou de gens qui gênent tonton et Max. Pourtant indécis au début, Polo consent à demander à la gendarmerie la visite dans un grand rayon de tous les châteaux du coin sans oublier celui de Puivert qui fut le rendez vous des troubadours et qui par son immense basse cour nous rappelle les joutes et tournois des bouillants chevaliers. C’est en souvenir des troubadours du Pays d’Oc que furent sculptés huit chanteurs poètes dans l’immense salle des musiciens. C’est dans ce décor plutôt accueillant, que le jeune gendarme Duquon plus finaud que ses aînés, tombe enfin en arrêt devant une statue de gratteur de luth apparemment plus vraie que les autres. Catalepsie et stupéfaction du militaire ! La nouvelle nous parvient vers six heures du soir. Sur le qui vive nous voilà partis pour aller compter ceux qui s’acharnent à mourir. Celui là n’est pas mort en sinistre compagnie. Huit musiciens de pierre l’accompagnent silencieusement. Il est ficelé sur une haute colonne de marbre blanc, au flanc de la salle voûtée, la main sur le cœur. En levant le petit doigt, Polo d’un geste délicat déplace la main crispée et découvre ainsi une petite tache rouge auréolée, preuve que le suicidé a été trucidé, vite fait sans anesthésie. En voilà un qui ne chantera plus. Quoique maintenu debout par une cordelette passant sous ses aisselles, il pendouille lamentablement accroché, ramolli, pitoyable, incapable d’achever sa chanson de geste.
La nuit nous surprend dans ce craque-misère et nous décidons de rentrer à Carcassonne. La gendarmerie mènera l’enquête. Demain il fera jour sauf pour Max le Belge qui fait ainsi le treizième mort sur la liste des témoins gênants. Interpol a rencardé les gendarmes qui ont transmis le curriculum complet du personnage à Polo. C’est lui cette fois qui s’est fait nettoyer par plus grossier que lui. J’ai mon idée et une fois encore je laisse à Polo le plaisir de la découverte. Tonton Delanoix à mon avis a bien fait le ménage. Il peut quitter l’abattoir sans soucis, car rien dans l’enquête ne révèle pour le moment sa présence en ces lieux.
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Jamais une enquête n’a été aussi décevante pour l’as du SSSS, aidé pourtant par de valeureux gendarmes futés qui trouvent, dénouent les énigmes les plus merdiques et décrochent les pendus. Bêtes et disciplinés, ce n’est pas moi qui le dis mais la rumeur ils ont prolongé leur mission, en profitent pour visiter gratuitement tous les châteaux de la région, sur la route qui va de Pau à Carcassonne, de là au Pyrénées et d’ici à plus loin.
Ce n’est pas une première. Ce genre théâtral du suicide collectif nocturne a été maintes fois mis en scène par des sectes connues et respectées. Cette fois ci on peut dire que le réalisateur a fait son apprentissage cinématographique à Hollywood, que le décor médiéval, gratuit, grandiose, en un mot génial est celui d’un professionnel de la pellicule et qu’il a opéré la nuit sans projecteurs, sans caméra, au candélabre et j’oubliais sans pitié. Il a même pour la fraise sur le gâteau, flingué son assistant de production en fin de parcours. Dans le dernier épisode de la série une dispute inopinée a tourné au vinaigre. Et voilà le principal témoin de ses coupables activités effacé des listes de tonton Delanoix.
- Polo, que penses-tu de tout ce big-mic-mac ?
- N’en pense pas plus, n’en pense pas moins.
- Eh ! Ducon donne moi ton opinion et je t’indiquerais peut être une bonne piste. - Toi tu sais quelque chose que j’ai peut être deviné.
- Ecoute, chère loque, il te faudrait interroger Marcello Pardini avant son procès. Il a des choses à t’apprendre sur Delanoix, celui que tu as laissé filer dernièrement.
- C’est lui l’âme damnée de tout ce cirque cathare. J’en avais l’intuition.
- Je t’ai un peu aidé, non ! Alors, je te propose un marché : tu abandonnes les accusations concernant Gérôme et en échange je grimpe avec lui à Anvers pour interroger Martha Pardini. En lui portant des oranges il saura la pousser aux confidences, crois-moi.
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Il est certain que Polo n’a pas compris tous les pourquoi. Le petit, avant de quitter Paris avait été entraîné par Martha de passage chez le tonton et n’avait pas hésité à la suivre complètement subjugué, amoureux fou pour la première fois de sa vie. L’épouse Delanoix me chargea par la suite de rechercher le fugueur, faisant ainsi la première grande bourde. Depuis Tonton a brûlé son disjoncteur et va sûrement disparaître pendant un temps. Une longue traque s’annonce. Si je me trompe vous pourrez toujours attendre la fin du récit pour me chicoter virtuellement le bout des doigts comme jadis à l’école. Attendez l’hallali ! Le vieux cerf se cache au fond des bois ! Nous allons le débusquer, ce cornu.
De retour à Paris je fais le point avec Jaja qui m’a rappelé soudain un détail perdu dans ses archives obscures. Rita, lorsqu’elle bossait pour Mélodius, avait bien déniché dans la sainte bibliothèque du sentier la liste complète des temples de la secte, de Paris à Moscou, de Dunkerque à Monrovia, de ficelle en aiguille, et par monts et par vaux, tant qu’à tanguer à la fin tu te casses …… Excuse le dérapage ! Quand je reprends mon récit au retour des vacances de neige, c’est au milieu de la phrase que l’accident a lieu et je panique, j’escarbelle, je bavafouille, je disportionne et j’encalamine ma plume un tant soit peu rouillée, souillée, mouillée. Ca y est ! Ouf ! Cependant, néanmoins et si ce n’est, le choix sera cornélien. Par où commencer ? J’oublie souvent que ma Jacotte, intuitive pour deux, solutionne pour quatre et conclue puissance dix.
- Genève, capitale du secret bancaire qui blanchit les cagnottes frauduleuses, protège la corruption, encourage l’évasion fiscale, et ben voilà où se cache tonton Delanoix.
Jaja, une fois de plus a parlé vrai.
- On dirait que tu en veux spécialement aux maffieux russes, aux barons des cartels, aux seigneurs des congrégations chinoises et aux gourous. N’oublie pas que nous roulons nous aussi sur un compte numéroté.
Depuis 1934 cette loi du secret bancaire a plus rapporté que la vente des coucous-pendules, du chocolat Nestlé ou des petits-suisses. Vous me suivez ! Ce pays neutre et minuscule s’est enrichi sur le malheur des autres. Les droits de l’homme et la faim dans le monde, il s’en tape et aurait dans ses coffres quelque chose comme trois mille milliards de dollars. Et si on allait fouiller un peu par là.
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La famille Pardini éliminée, le local de Sienne a rouvert ses portes et le curé Jean Vitus Baldachini cousin germain de Carla a racheté le tout pour y installer une imprimerie de livres de messe, de bibles en couleur, de catéchismes et de missels destinés aux enfants bien élevés de l’aristocratie italienne. Encore une chance pour nous ! En aidant son pieux cousin curé Carla a pu récupérer certains papiers délaissés par les anciens occupants, à la barbiche du saint homme qui habite pour un temps l’hôtel particulier de Montefrolo. Une comtesse, un abbé, quoi de plus normal, quoi de plus moral ?
On a tendance à croire que les fripouilles, les truands, les tueurs sont des êtres intelligents, précautionneux lorsqu’il s’agit de préserver leurs arrières. Détrompez vous, ces sacrées canailles en général laissent traîner des indices compromettants et oublient sciemment des petits détails de rien qui risquent de perdre surtout leurs complices ou leurs chefs. Rivalités, blessures d’amour propre, jalousies de femmes expliquent peut être ces petites lâchetés. Tant et si bien que Carla a pu glaner une adresse en Suisse qui vaut de l’or américain, un authentique numéro de téléphone à Genève. Au dernier jour de la secte ont été délaissées les poubelles, des fringues aux poches profondes, des marques de cigares, des pubs de boites à la mode.
Chaque fois qu’une enquête s’achève Jaja n’oublie jamais de ranger les archives ou présenter des notes de frais exorbitantes à nos chers clients. Jaja championne du tiroir caisse a la manie du bas de laine car ses parents étaient vignerons dans une pacoule reculée des Corbières. Elle sait pourtant que nous sommes riches à faire des jaloux, à boire du champagne tous les jours au petit déjeuner, à rouler sur jantes spéciales et pneus Michelin renforcés nylon. Et quoi encore ? Tu m’imagines, reprenant le collier avec un smic pour horizon mensuel, une préretraite pour avenir et une camionnette pourrie pour la bougeotte en ville. C’est impensable ! Et c’est pourquoi Jaja n’oubliera jamais de réclamer encore et encore. Epousez donc une fille comme elle et la maison de la cuisine au grenier sera bien tenue.
Présentement, je pars avec Rita dans mes bagages pour visiter Genève. Je ne te dirai pas tout sur nos amours et nos ripailles. Tu connais ça. Ce n’est pas toujours racontable et c’est de sa faute à elle. A l’arrivée à part les canards qui se mouillent à longueur d’hiver la plume au cul dans les tourbillons du lac, tout le monde courait sur les berges pour se mettre à l’abri de la bise noire, ce vent hyper glacé qui vous gélifie la nuque et le reste, qui vous pousse enfin à acheter à la hâte une casquette en laine digne des bateliers de la Volga. L’hôtel Rich nous accueille, ouf ! Attendons des jours meilleurs.
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Nous attendrons dans notre suite ou aux bars et salons de l’hôtel trente six étoiles, vieux style, uniquement fréquenté par des étrangers de passage pour affaires évidemment, des congressistes, des tripatouilleurs financiers, des courtiers en diamants, des spéculateurs fonciers, des promoteurs internationaux, des diplomates arabes ou africains, des dictateurs en cavale. Là, tu as le choix des conversations, le meilleur champagne, droit au caviar de la Caspienne super polluée, et si l’un de ceux là veut une fille légère et court vêtue, il peut sonner et obtiendra aux enchères et en heure tardive une mousso métis, une geisha bridée, une bohémienne aux cheveux sombres ou une arienne blanchâtre aux yeux clairs et blonde. Mes moyens permettent le séjour mais je ne me sens aucune affinité pour ce monde là qui parade et me fait gerber. Rita par contre fait son effet sans le vouloir dans ce décor luxueux. Elle m’étonnera toujours, elle attire, elle flamboie et laisse sur son passage une traînée d’émotions cachées. Les hommes admirent muets, les femmes l’envient. Moi et moi et moi, je joue la discrétion, bon chic bon genre, pour dissimuler ma dégaine maladivement policière.
Impensable que Jaja ne se souvienne à tout moment que j’existe loin d’elle quelque part. Elle bigophone chaque jour et cette fois ci elle nous rappelle une adresse précise qu’elle a pu dégoter dans des annuaires informatiques sur le net. Dans la rue Jules Clément, en plein quartier protestant de Genève elle nous révèle l’enseigne d’un artisan fondeur qui confectionne des médailles, des sceaux, des blasons en or massif. Sortent de son atelier de véritables petits chef-d’œuvres. Dans les papiers récupérés par Carla aux archives oubliées du temple siennois, Jaja fouille merde a retrouvé une facture, partiellement brûlée, portant encore le numéro de téléphone de l’artisan.
Il s’agissait aux temps des vaches grasses d’un achat de dix médailles en or, aussi grosses que des soucoupes, commandées par le Grand Maître du Sentier. En tant qu’expert collectionneur au service de la secte, sous le nom de Godelshmit David, je me présente un matin à l’échoppe et je demande le sieur Giacomo sans lequel ne peuvent naître ces petites merveilles. Il est bien là dans l’arrière boutique devant son fourneau, rougeoyant lui aussi. On me prie d’attendre la fin de l’opération délicate et j’assiste ainsi à la coulée dans un moule réfractaire, recouvert aussitôt plein, d’une lourde forme métallique gravée, qu’un levier permet de mettre en place. Enfin Giacomo se frotte les mains, essuie la sueur de son front et s’aperçoit de ma présence.
- Vous venez d’assister monsieur l’expert, à la naissance d’une médaille unique coulée selon une technique ancienne abandonnée depuis la Renaissance. Je suis le seul artisan au monde à les confectionner ainsi. Elles sont donc rares.
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- Et très chères ! Une de vos œuvres, a été créée dans vos ateliers pour le Grand Maître Menefrego di Cambio. Celui ci l’a épinglée sur la noble dépouille du comte Montefrolo de Sienne qui l’a malencontreusement emportée dans sa tombe. Nous désirons offrir en souvenir, à la comtesse Carla, une réplique de cette médaille. Est-ce possible ?
- Tout est possible pour les gens de votre qualité. À qui dois-je confier l’objet qui je pense sera prêt vendredi 13 dès midi ?
- C’est simple ! À la même adresse que les précédentes commandes.
- C’est noté. Au plaisir Monsieur Godelshmit.
J’ai remarqué au passage que deux portes et un sas protègent l’antre de l’alchimiste. L’adresse des précédentes, c’est justement ce que je voudrais découvrir. Giacomo n’a pas rechigné pour la livraison. Je parie ma chemise en lin confection, prête à porter signée Cardin que le point de chute en question se situe dans cet austère quartier des croyants réformés. Pour bien faire il faudra surveiller et suivre la livraison vendredi après-midi. Suspense, attente fébrile, et dubitatif cogito suspicium !
Vendredi est venu avec son lot d’embrouilles. Le piège a fonctionné mais l’envoyé spécial, comme prévu rebrousse chemin avec son avis de livraison refusé. Un privé minable, nommé Piquemolle, suisse jusqu’au bout des doigts, l’a bien reçu dans son bureau étroit, mais a refusé la commande car il n’a pas procuration pour assurer la transaction. . On va pouvoir s’entendre. Je pousse la porte. Rita me suit. Je m’installe sur une chaise bancale et je lui offre une cigarette. Refus ! L’homme enroué tousse, pousse une épaisse paperasse sur son bureau crasseux, s’avachit pour mieux m’observer par en dessous, et desserre ses dents pourries. Je lui demande un tuyau sérieux bien payé et la proposition semble lui convenir.
- Je vous charge, si vous acceptez, de retrouver toutes les adresses successives à Genève ou sur les bords du lac, de la secte du sentier depuis 1995.
- C’est faisable mais une telle enquête demande réflexion, beaucoup de frais et présente en outre un réel danger. Ces gens là ne plaisantent jamais.
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Pourtant je devine qu’il sait déjà.
- Cette avance vous convient-elle ?
Je lui tends un chèque qu’il escamote sans le regarder vraiment mais son œil torve a vite compté les nombreux zéros alignés. Depuis fort longtemps il n’en avait plus vu d’aussi gros de si près. Avant de le quitter je lui donne rendez-vous au bar des Cygnes sur les berges du Rhône mardi prochain. Je pense tout à coup à Giacomo qui va se l’accrocher au cul, sa médaille. Rita perplexe, me demande où je vais ainsi.
- Je vais à la pêche aux moules moules molles. Il en sortira bien quelque chose. De toute façon nous n’avons pas le choix.
- J’ai l’impression que ton collègue a déjà la réponse prête. Il n’a pas hésité en acceptant ce job.
J’ai trimbalé Rita, autour du lac. Lausanne, centre d’affaires et de congrès, Evian eau minérale et casinos, Thonon boutiques, Ivoire village médiéval couronné d’un imposant château, retour enfin à Genève. Une journée pleine à flâner au soleil cette fois-ci et sans la bise noire, avec à l’horizon le Mont Blanc, toujours visible majestueux et lointain. Le rendez-vous au Bar des Cygnes a marqué la semaine. Je la tiens mon adresse. À Iverdon sur les bords du lac de Neuchâtel, Piquemolle avait adressé le résultat d’une enquête et cela remonte à cinq ans, à une certaine Monique Delanoix, antiquaire spécialisée dans la récupération du mobilier des demeures riches du siècle passé que les héritiers ne peuvent plus entretenir. Cachée dans son bric à brac de luxe, elle a tissé sa toile sur la région et guette telle une araignée ventrue et venimeuse ses victimes désargentées. On a tourné et viré dans toute la ville et fait tilt sur la fameuse boutique car la rue avait été débaptisée récemment. La Monique porte chignon, est aussi vieux-jeu que sa marchandise et accompagne mollement Rita qui farfouille dans son cafouche. Moi sur le trottoir je feins de m’impatienter en tournant le dos à la vitrine, mais j’ai repéré à droite du magasin le porche d’un immeuble de grand standing où j’ai pu lire la liste des proprios, entre autres Delanoix Monique et Pardini Martha. La première est la demi-sœur de tonton et l’autre, vous le savez bien fréquente assidûment la royale prison belge.
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L’étau se resserre ! Il nous reste à vérifier si Tonton se cache dans cet appartement. En attendant deux Pizzas ont été livrées à onze heures chez les Delanoix. Si tu n’es pas trop branque, tu as pigé toi qui m’a lu jusqu’ici. Je n’ai pas besoin de te faire une esquisse. Tu me suis ! Le Meussieur est bien là et doit sortir la nuit, emmitouflé, craintif, pour promener toutou, lui interdire la crotte sur la chaussée car en Suisse même les chiens de compagnie sont civilisés. C’est un pays heureux où, dans les caniveaux le cacacanin fait désordre. Tout le reste est permis surtout lorsque qu’il s’agit d’or, de platine ou d’argent. À nous de guetter la sortie furtive du tonton macoute.
Dans Iverdon, petite ville sympa avec son casino fermé, ses vastes places boisées au bord du lac, les faits divers sont rares et Tonton vit là caché pour échapper à la police gauloise. Il ne sait pas ce salopard, que nous sommes à ses trousses et que j’ai fait appel à Polo qui projette de l’enlever à la barbe de ses collègues étrangers, histoire d’éviter les trop longues procédures d’extradition.
- Dis moi commissaire, te rends-tu compte de l’énormité de ton projet ?
- Tu me connais, je suis aussi têtu que la vielle mule de Pie douze. Je ferrai ce que j’ai décidé, et que tu feras avec moi.
- Et tu finiras ta retraite dans les prisons de la République pour le rapt en bande organisée, d’un honorable protestant helvétique.
- Va te chier le pantalon, grande asperge, coulot de Bab el Oued, vermifuge de ventre mou, trembloteur de vache molle, et puis merde !
- Oh ! L’ami pourquoi t’énerver ? Je balise ton idée de l’enlèvement. Ainsi tu en sais tous les risques. Je suis comme vingt culs et je galèrerai avec toi.
Convaincu, d’accord, mais inquiet. En fouinant dans cette rue, j’ai repéré l’entrée d’un parking souterrain qui boyaute dans un immeuble de bon standing, bon fric, bon genre, peu habité, non loin de la boutique. Là nous attendrons la nuit prochaine pour escamoter le grand gourou du Sentier qui effectivement promène chaque soir, au bout d’une laisse son chienchien renifleur. Dix coups à l’horloge de l’hôtel de ville nous annoncent l’heure de la promenade nocturne du tonton bourgeois. À son passage une rapide bousculade libère le chiot et l’entrée du parking nous avale vite dit, vite fait. Coincée dans ma Merco garée au plus profond, dans la zone d’ombre, Rita d’un coup de seringue bien ajusté, ramollit pour quelques heures notre invité. Le dosage du merdico-lasure injecté va le maintenir apparemment éveillé, mais à l’état de légume inoffensif. Il peut marcher, se laisser guider, dire peu de chose en une seule fois et sourire aux anges en cas de rencontre douanière.
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Pour passer de Suisse en France deux solutions s’offrent aux fraudeurs : traverser le lac à la nage d’une rive à l’autre, ou tout simplement quitter Genève pour aller visiter Ferney-Voltaire dont chacun en France a entendu parler. Alors, le poste de douane ne sert pas à grand chose et vous passez en faisant un petit signe d’amitié aux douaniers qui peuvent quand ça les démange, visiter le coffre de votre véhicule pour s’assurer qu’un tic-tac suspect n’est autre qu’un coucou et non une bombe à retardement. Nous sommes passés dans ma Merco sans emmerde car, ici les gabelous en général, respectent les fortes cylindrées et le touriste friqué. Je roule vers Paris en emportant dans mes bagages un Polo rayonnant, la Rita pressée de regagner la capitale et ses plaisirs, et le légume qui n’a pas l’air de vouloir se délier les méninges. Sa grosse tête brinqueballe de travers dans les tournants serrés et Polo à coté lui distribue des baffes pour qu’il aille s’appuyer ailleurs.
À six du mat, la jauge d’essence est au plus bas. Je stoppe en dérapage chez Total pour refaire le plein. C’est le moment pour Rita d’un petit pissou longtemps retenu et d’un achat de pains au chocolat. Et puis l’envie d’un café chaud pour tous nous vient en même temps. Cependant le légume resté à bord dort comme un bébé phoque repu, attaché par les menottes à la poignée de la porte arrière.
Répondant à la question posée par Rita qui me demande si j’ai bien retiré les clés de la Merco, je me tâte les poches, j’hésite, je merdoie, et bondis au dehors pour à peine apercevoir le cul rouge de mon bahut qui se tire au loin. Il m’est arrivé maintes fois de tâter l’enflure de ma connerie ; Là vraiment je m’assois sur le bord du trottoir, le cul au sol, et je me dis que j’ai mérité aujourd’hui un oscar pour mon dernier scénario intitulé « Ciao, cours-moi après ! ». Lorsque Polo apparaît un cyclone d’imprécations se déchaîne ; Suivent des souhaits de sodomie violente, une comparaison audacieuse avec les rats d’égout, les cancrelats, le bouc cornu et l’hyène puante. Il est assis à coté de moi sur le trottoir la tête dans les mains et pendant que je peste contre moi même, il pleure.
- Ma carrière foutue. Je tenais là, l’arrestation du siècle ; tu te rends compte ; tu me les coupes à ras pour les jeter aux chiens. Oh, l’enculé !
- Pleure, ça te soulagera. Tu peux demander ta mutation à la brigade du vol à la tire. Voyez, je retrouve toujours mon besoin de persifler.
- Rita, as-tu gardé ton portable ?
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Je crois qu’il vaut mieux téléphoner à la compagnie de gendarmerie. Il y a de fortes chances pour qu’ils arrêtent les voleurs basanés sur la route de Louviers. Ont bien étés aperçus par le pompiste deux jeunes voyous en blouson de cuir et santiags, en faction devant la station feignant d’attendre le car, les mains dans les poches et le regard en dessous. Nos grands hommes politiques lorsqu’ils veulent bien nous parler de l’insécurité appellent ça la petite délinquance, si petite à leurs yeux qui voient loin, que cela ne mérite pas la prison. D’ailleurs elles sont si confortables et si pleines qu’il est impossible de faire pour, de faire mieux.
Il ne nous reste plus qu’à attendre, qu’à se taire pour ne pas se gâter le sang ou se fâcher. Mais Polo remet ça.
- La cécité si je mens. Tu es le plus lamentable privé que je connaisse, privé de tout, d’amitié, de compassion, d’intelligence, privé de couilles.
- Calme toi Polo, on va le récupérer ton gourou baladeur. Loue une voiture et rentre à Paris. Je me charge du reste avec Rita.
Ainsi dit, aussitôt fait. Je me ressaisis tout seul. Pendant que je réfléchis une main se pose sur mon épaule.
- Je vous emmène à la gendarmerie de Louviers ? Mon employé tiendra la caisse qui ne risque rien à cette heure-ci car elle est encore vide.
- Merci ! Je vous revaudrai ça ! J’atterris chez les cognes en pleine action. Ils ont déjà dressé un barrage routier plus loin et sont sur le point d’arrêter les fuyards. Une heure passe, rien ! Les voilà de retour penauds, désabusés et pourtant il n’y a qu’une route traversant la région. Mais le plus ancien des trois qui semble bien connaître les environs, parle de la piste de terre qui mène au couvent où vivent en communauté, quatre curés de choc, qui s’éparpillent chaque dimanche dans les villages pour célébrer la messe, accompagner les morts, baptiser les nouveaux nés et confesser les vieilles taupes de sacristie qui ont très peur d’arriver l’âme souillée au paradis des mégères. Allons-y !
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Je me demande si le jeune gendarme désigné pour nous y conduire se rend compte du danger. Je l’avertis à temps car souvent l’insouciance de son âge fait des victimes. C’est pourtant lui qui le premier aperçoit ma Merco garée derrière un fourré. Mille précautions d’approche s’avèrent inutiles. La voiture volée est bien là, mais gourou a disparu. La poignée pourtant solide a été démolie à l’aide du cric, jeté non loin de là. L’oiseau s’est envolé emportant ses menottes. Où sont-ils passés, ces trois macaques du diable ? Je reprends mon volant en remerciant la maréchaussée. Nous voilà devant la porte du monastère campagnard. Un moine en robe surgit d’un petit réduit adjacent et nous accueille froidement prétendant que le couvent ne s’ouvre qu’aux déshérités, aux clodos, aux malades et pour bien faire aux sans papiers. Notre dégaine franchement bourgeoise nous en interdit l’accès. Il est temps de sévir. J’alpague le trop bon moine par le col crasseux de son habit et je lui crie entre les deux oreilles qu’il vient de faire rentrer un dangereux malfaiteur mécréant de surcroît, dans son havre de paix. Ca fait tilt ! Dans l’état ou se trouve le tonton Delanoix, j’ai tout de suite pensé qu’il ne pouvait se cacher qu’ici. Il a demandé asile et vu son désarroi, les âmes charitables lui ont offert une hospitalité expéditive. À cause de ses menottes aux poings les moinillons lui ont donné à boire et proposé la liberté. Ce qu’ils ne savent pas c’est que seule Rita peut lui réamorcer une vie normale d’un léger picoti de seringue. Il erre probablement sur la lande et une compagnie entière de gendarmes et de chiens sera peut être capable de le retrouver sain et sauf.
Chose faite ! Hier j’ai livré le paquet bien enrubanné à Polo qui m’a embrassé sur le front. Il va pavoiser une fois encore et indisposer sa hiérarchie qui n’aime pas, mais pas du tout les déploiements de gendarmes et la mise en cabane des hommes de religion car il existe des lois en béton qui protègent les croyances, même les plus farfelues. Au fur et à mesure que le dossier de l’instruction avance, Polo découvre un vrai cactus qui va donner des démangeaisons en haut lieu. Il ne s’attendait pas du tout à trouver des listes de clients pédophiles aussi compromettantes pour des personnages connus et respectés, dans les pages cachées de tonton Delanoix. Que faire de tout ce déballage. Sachant que Polo se montre en général très scrupuleux dans la préparation de ses dossiers, le juge d’instruction et même le procureur ont demandé l’avis de leur haute hiérarchie. Pigeon vole ! Torchon brûle ! Ils ont trouvé la parade ces grands commis de l’état. Bien que Polo ne sache pas trop si c’est du lard ou du cochon salé, il a demandé un temps de réflexion lorsque la promesse d’une promotion inespérée lui a été proposée en échange de son silence. Les listes en question sont allées se perdre dans un coffre fort, on ne sait où, et notre ami nommé directeur à la préfecture de police, se sent depuis dans la peau du grand Fouché.
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Il va me manquer. Devenu homme de grande décision et de bureau, je ne pourrai pas lui rendre visite sans remplir un formulaire à l’entrée. Me voilà privé d’un partenaire irremplaçable. Les mois ont passé. Au début il venait souvent me dire bonjour à l’agence, loucher un peu sur les rondeurs provocantes de Jaja qui ne peut pas retenir son fou rire lorsqu’il paraît. Puis les visites se sont espacées et je pense de plus en plus à délocaliser. Dans le midi les cocus sont légion, et j’exercerais mes talents pour des filatures minables.
Avec Rita, Polo, Jaja, Nadia, Vassi, Fatou et Constantin j’ai connu les frissons de l’aventure. Excuse moi si je te plante là, lectrice assidue ; je suis fatigué, mais fatigué de courir le monde après je ne sais quoi, de raconter mes tribulations policières, mon exaspération, mon exagération, mes tergiversations ….. Ciao ! ………………
Fin
Mon histoire se mord la queue. Me voilà redevenu le privé des cocus. C’est la fin mais l’envie d’écrire demeure forte. La dernière page me sera destinée. Pourquoi pas ? Je me fais un e. mail égoïste, un post scriptum perso, une missive aller retour pour ma pomme, pour moi et moi et moi. Tel un message de la BBC gaulliste pendant la der des der « Ici Londres, un français parle à un français ». Je brûle de me raconter à moi même. Et puis il semble que ce genre littéraire n’ait jamais vu le jour. Quand une idée géniale comme celle là surgit dans le vide ordure culturel largement entretenu par la télé nationale ou privée, il est naturel de se faire apprécier seulement par ceux qui ne lisent jamais ou par soi même. . Où vais-je ainsi ? D’inepties en vaines bavasses, d’avance je sens que je suis en train de perdre le fil de mon vaseux discours. S’adresser à soi même, en voilà une idée ! Pourtant certains prétendent que se serait la preuve indiscutable d’une intense vie intérieure. Alors inspiré par je ne sais quelle muse inconnue, agaçante et perverse, je continue d’écrire quelques lignes pour m’affirmer que je pense, donc je suis. Tiens tiens, une réminiscence ! Mes nounous anglaises, je m’en rappelle m’on seriné Shakespeare. Je me dis qu’il vaut mieux sinon me taire, à coup sur en dire peu et écrire beaucoup aujourd’hui pour me relire demain. Quand le poète ou le musicien prétend œuvrer pour les autres, je nie farouchement. L’un versifie pour son plaisir, l’autre pianote pour son émoi. Le public payant claque des mains, s’en fou et puis s’en va.
Enfin, enfin je me défile, je m’escamote, je me dis oui ; je me crie non, ma plume est sèche, je tire la chasse, ma langue est rêche, je pars à chute, je pars ailleurs, c’est par ici …..Ouuuuf !
Si dans cette histoire un fou se reconnaît, qu’il vienne me le dire entre quatre z’yieux. C’est une pure fiction, si pure que je me demande encore où je suis allé chercher ce cacafouilleux récit. J’écris ce dernier chapitre pour me mettre à l’abri des mauvais coucheurs, des pisses froid, des enquiquineurs souffreteux qui râlent à tout propos, et me liront en diagonale.
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